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21.12.03

Tout est signe ostensible - sauf le voile

Que l'école en finisse avec le voile, le piercing et l'allégeance aux marques! A mon sens, le rétablissement de l'uniforme serait la solution républicaine et démocratique, si l'uniforme ne renvoyait pas tant - hélas - à des totalitarismes passés et présents. Quoi qu'il en soit, Ase dénonce superbement comme une "hypocrisie de fond" de la Commission Stasi le fait de mettre dans le même sac à malices (celui des signes ostensibles) le voile islamique, et d'autres signes religieux juifs ou chrétiens, pour faire passer l'interdiction du voile.

"Serait-ce que les enfants français de famille chrétienne arrivent en classe couverts de couronnes d'épines, ou enserrés dans un cilice, ou déguisés en pénitents, ou chargés de croix aux dimensions réelles ?

Mais l'hypocrisie suprême du rapport consiste à désigner comme 'signe ostentatoire' le voile islamique, alors que, sans aucun doute possible, il représente autre chose. (...) Avec le voile, la burka ou d'autres défroques ignominieuses, les femmes musulmanes ne font pas une profession de foi, elles cachent leur "impureté" et montrent leur soumission à l'homme. Pour autant que l'on sache, aucun des "signes ostentatoires" chrétiens, juifs ou bouddhistes que le rapport se propose nébuleusement de supprimer dans les écoles ne possède cette nuance péjorative et misogyne (...). Ainsi les bien-pensants, au lieu de se limiter à réprimer les coutumes offensantes de la dignité humaine - comme peut l'être dans le même registre l'excision des jeunes filles africaines - profitent de l'occasion pour jeter de manière indiscriminée sur les religions - et spécialement la chrétienne, qui est celle qui emmerde le plus - l'ombre du soupçon."


Là où Ase fait vraiment mouche, c'est quand, après avoir démontré que l'assimilation du voile à des signes ostentatoires est à la fois fausse et en parfaite contradiction avec les principes humanistes et libéraux visés, il montre impitoyablement ce que sont les véritables signes ostentatoires quotidiennement arborés sous nos latitudes.

"Mais en rendant triviale la véritable signification du voile islamique, les assesseurs de ChIrak TM tombent dans leur propre piège. En effet, depuis quand faut-il interdire à un adolescent d'exhiber des "signes" d'identité, du moment qu'il ne soumet pas le prochain ? Pourquoi, si en réalité le voile n'était qu'un vêtement ostentatoire, faudrait-il l'interdire puisque sont admis d'autres signes bien plus choquants ? Pourquoi permettre que les gosses se tatouent avec des motifs d'un exquis goût de chiotte, ou se percent les bajoues, ou se laissent pousser une crête fluorescente, ou qu'ils portent des pantalons qui laisse apparaître la raie du cul ou des minijupes qui sont plutôt des ceintures qui couvrent à peine le nombril ? Nous le permettons simplement parce que les tatouages, et le piercing, et les coiffures, et les pantalons, et les minijupes ne sont qu'une acné juvénile, des exclamations de rébellion, des gestes de soumission à la mode... Des signes ostentatoires, en définitive, et rien de plus. Le voile islamique, en revanche, signifie autre chose, plus grave et effrayant. Aaahhh... Mais pour ne pas blesser les susceptibilités, il convient, au passage, de s'en prendre aux crucifix."

Mais la dérision constitue-t-elle une réponse? La tyrannie des marques (qui est autre chose que la tyrannie d'une mode ou d'un style) doit-elle être banalisée? Celle-ci représente une initiation toujours plus précoce et féroce au culte de la consommation et, pire, de la vénération du néant qui s'érige en symbole, que dis-je, qui prétend quasiment au statut ontologique d'hypostase: n'est-ce pas une forme d'endoctrinement, de lavage de cerveau? Les effets en sont certes infiniment moins dévastateurs qu'une éducation fondamentaliste, mais ils ne sont pas forcément à l'honneur de l'Occident libre et éclairé.

Alors qu'on en finisse avec le voile, mais qu'on en finisse aussi avec l'allégeance enfantine aux marques. Quant au piercing, il m'agace au plus haut point, car il relève aussi de ce marché de dupes: "sois toi-même, affiche ton unicité (en faisant) comme tout le monde". Pour autant, je ne le mettrai pas dans le même sac: comme le tatouage, il implique une démarche parfois créative qui consiste à payer de sa personne et pas seulement du porte-monnaie.

A noter que Ase ne mentionne pas un autre phénomène vestimentaire pseudo-transgressif: le string pour les 8-10 ans. Mais en a-t-on parlé en dehors de la Suisse romande? Après s'être beaucoup inquiétée, parfois à juste titre, sur la pédophilie et les abus sexuels, la classe moyenne consommatrice n'a pas bronché quand on (marchands, publicitaires et autres créatifs) s'est mis à hypersexualiser les pré-pré-adolescents comme jamais auparavant. Les quelques grincheux de service titillés par les journalistes ont rempli leur rôle qui est de rassurer et conforter la majorité dans l'idée qu'elle est du bon côté de la modernité. Mais j'oubliais. La poupée Barbie n'était pas davantage asexuée, proposant aux petites filles une variante unique de rôle sexuel, et des décennies de féminisme n'en sont pas venues à bout.

COMPLEMENT DE FRANCOIS BRUTSCH A 14H55: A noter que Genève, qui partage largement la laïcité militante de la France, interdit le voile aux enseignants et autres fonctionnaires (car ce serait une atteinte à la neutralité de l'Etat) mais pas aux élèves et autres clients des administrations.



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