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30.9.03

Ne pleurez pas sur la nouvelle victime du Monde

Or donc, le journal Le Monde a entrepris de virer Daniel Schneidermann qui, en ayant trop critiqué la Direction, a porté atteinte aux intérêts de l'entreprise de presse dans laquelle il travaillait - cf. l'article de Libération. Si je ne lisais pas sa chronique, je dois avouer qu'en revanche je ne peux m'empêcher de suivre son émission qui tombe juste au bon moment pendant le brunch du dimanche et qui constitue une alternative presque décente aux racolages de Karl Zéro. Il y a donc ambiguïté dans mon comportement.

Il reste cependant celui qui s'est fait homme de télévision prétendant être le premier à oser déconstruire la télévision, pour mieux succomber à ses vices. Le film de "Enfin pris" de Pierre Carles était des plus édifiants, donnant comme exemple la manière dont Schneidermann a utilisé son émission pour lyncher Pierre Bourdieu qui avait commis le sacrilège de tenter une analyse non complaisante du système, qui montrait comment Schneidermann en participe pleinement. Mais le film faisait tout aussi fort en faisant simplement parler les archives.

Avant qu'il soit à la télé, l'intrépide Schneidermann est un jeune homme impertinent qui malmène, bouscule et défie les figures du Pouvoir. Quand il a son émission, il devient seigneur et roi sur ses invités - sauf quand il s'agit de cirer des pompes, comme celles d'un Jean-Marie Messier. Il n'empêche : l'émission de dimanche dernier sur l'affaire Allègre / Baudis était plus que bienvenue. Il faut juste se résigner au nouveau code de politesse qui, mettant le rythme au-dessus de tout, accorde à un invité un temps de parole inversément proportionnel à l'intérêt de ses propos. Et que je te coupe et et que je t'interrompe. La muflerie de Schneidermann est encore ce qu'il a de pire.

29.9.03

Tribunal fédéral et naturalisations

Dans Le Temps d'aujourd'hui, le professeur Etienne Grisel revient sur les arrêts du Tribunal fédéral de juillet, sur lesquels je me suis exprimé ici. Il critique violemment les juges fédéraux -- mais à la mesure de l'abus de pouvoir qui leur est reproché.

For a good sexing up: try Belzébuth!

Voici ce qu'on a pu trouver dans Le Temps du 22 septembre 2003 (et sans doute ailleurs - mais à ceux d'ailleurs, on leur pardonne s'ils ne prétendent pas être un journal européen de référence).

"Belzébuth n'aurait pu rêver meilleur scénario. Tous les baptêmes,
communions, mariages et autres sacrements célébrés depuis 1998 dans
la petite Eglise San Vincenzo, prise comme décor pour le film
intitulé 'Le confessionnal', seront annulés. La petite paroisse de
Gioa Vecchio, dans les Abruzzes, a en effet été désacralisée pour
avoir servi de site pornographique. Les carabiniers viennent, cinq
ans après les faits, de mettre au jour la diabolique machination. Le
réalisateur du 'Confessionnal' avait demandé l'autorisation au prêtre
de San Vincenzo de tourner quelques scènes de mariage dans sa
paroisse. Persuadé qu'il ne s'agissait que d'une très innocente
cérémonie de noces, celui-ci n'avait pas hésité un seul instant à
concéder aux saltimbanques l'utilisation temporaire du lieu de culte.
Trompé par les scènes extérieures montrant des 'invités' attendant
les mariés, le prêtre ne s'était pas le moins du monde préoccupé
ensuite du déroulement des scènes intérieures, laissant le champ
libre à l'équipe du tournage.

C'est un amateur de pellicules 'hard' qui s'est récemment rendu
compte de la profanation après avoir loué la cassette du
"Confessionnal'. devant l'autel de San Vincenzo, un couple d'acteurs
- l'homme en habit de prêtre et la femme portant la robe de mariée -
se livrait à d'intenses ébats sexuels. Le fidèle en quête d'émotions
fortes a dénoncé l'affaire auprès des autorités. L'enquête a
rapidement permis de vérifier qu'il s'agissait bel et bien de
l'intérieur de l'Eglise de Gioa Vecchio. Le réalisateur, le
producteur et les acteurs sont aujourd'hui poursuivis pour offense à
lieu sacré. Mais, surtout, tous les rites célébrés depuis cinq ans
dans l'Eglise sont déclarés illicites. En vertu de l'article 1211 du
droit canon, A 'toutes les cérémonies célébrées après un acte
scandaleux, grave et contraire à la sainteté du lieu entraînent la
profanation du lieu lui-même'. Seul un décret épiscopal pourra
désormais réhabiliter les sacrements annulés et sauver la morale de
San Vincenzo."


Pourquoi impliquer ce pauvre Belzébuth dans ce qui est le gonflage d'un scandale, au nom de l'anticatholicisme primaire ? Mais, parbleu, parce que 'Belzébuth' est dans le Nouveau Testament le nom, (péjorativement) déformé et pouvant signifiant 'le seigneur du fumier', de Baal Zebub, qui est à l'origine un dieu philistin, plus précisément le seigneur des mouches - c'est donc lui, le seigneur du taon, qui a inspiré le journaliste du quotidien homonyme.

Des sacrements annulés ? Des bébés ou des adultes morts sans baptême effectif ? On les croyait au paradis ou au purgatoire et voilà qu'ils sont dans les limbes ou en enfer ? La doctrine catholique comporte bien des points déconcertants - mais de là à ce que des actes commis par des tiers qui n'ont rien à voir aient le pouvoir d'abolir, aient le pouvoir de faire que des gestes, des actes, des paroles qui engagent les humains - fidèles ou officiants - et Dieu n'aient pas eu lieu...

Que dit l'article 1211 du Canon (désolé, pas trouvé en français) ?

En gros : qu'un lieu sacré peut être profané par certains actes, que les actes de dévotion peuvent être suspendus jusqu'à ce que le mal soit réparé par la pénitence. En aucun cas, il n'est dit que cela annule des sacrements.

L'article suivant parle aussi des lieux qui peuvent avoir perdu leur caractère de consécration ou de bénédiction. Mais rien n'est dit sur la vertu intrinsèque des sacrements. C'est justement la caractéristique de l'Eglise catholique de croire à cette valeur intrinsèque et objective des sacrements (que même Dieu ne peut annuler, comme l'a critiqué Luther à propos des indulgences).

Quand on est un journal de référence, on ne se contente pas de se faire plaisir sans s'être renseigné préalablement. Mais l'occasion était trop belle de faire les malins au dépens de cette Eglise qu'on adore détester. Pour ma part, je suis bien placé pour avoir des états d'âme quand cette malheureuse Eglise (ou plutôt sa Curie) s'en prend aux couples de même sexe. Qu'on rie, qu'on se gausse, qu'on fulmine - mais qu'on le fasse à bon escient et pas sur la base d'informations un peu trop sollicitées, pour ne pas dire gonflées, c'est-à-dire, et c'est le cas de le dire, sexed up.

Félicitations quand même au fidèle en quête d'émotions fortes d'avoir eu la capacité et la présence d'esprit pour reconnaître son église pendant qu'il était censé se concentrer sur autre chose en visionnant la cassette. C'est donc quelqu'un qui est tant obnubilé par l'Eglise qu'il a besoin de l'associer au fantasme porno tout en ne supportant pas l'idée que le fantasme passe dans la réalité, ce qui est très sain et devrait donner de quoi méditer à plus d'un journaliste.

28.9.03

Qui a gonflé le dossier: démonstration logique du Sunday Telegraph

"Supposons qu'il n'y ait pas d'armes de destruction massive à déterrer dans l'Irak libéré; supposons même qu'un tel arsenal n'existait pas au moment où l'action militaire de la coalition a débuté en mars. Telle est l'hypothèse déjà retenue par la grande majorité du Labour qui va se réunir ce week-end à Bournemouth pour sa conférence annuelle. Une hypothèse qu'ils sont autorisés à faire. La question est de savoir si ils en tirent les conclusions correctes."

C'est ainsi que commence l'éditorial du Sunday Telegraph, qui ne partage pas la vision 'parano' qui veut que Bush et Blair aient "orchestré une grande mystification pour donner une justification morale à leurs ambitions impérialistes au Moyen Orient." En fait, on aurait dû davantage mettre l'accent sur soutien avéré de Saddam au terrorisme, sur les liens avec le Hamas, l'aide qu'il aurait pu leur apporter dans l'acquisition et l'utilisation d'armes de destruction massives.

Mais le point principal de l'éditorial est le suivant:

"Ceux qui se sont opposés à la guerre clament que l'échec à trouver des ADM ont fait paraître Bush et le Premier Ministre stupides. En fait, c'est Saddam lui-même qui a l'air stupide." En effet, par son attitude de non-coopération avec les inspecteurs onusiens de Hans Blix, il a tout fait pour qu'on pense qu'il avait quelque chose à cacher.

Et la cerise sur le gâteau:

"Un jour, il ressortira peut-être que l'argument des 45 minutes n'était pas un mythe forgé à Londres, mais à Bagdad par des généraux irakiens désireux de dire à Saddam ce qu'il avait envie d'entendre."

Qui amène cette conclusion d'une logique impitoyable:

"En fin de compte, si quelqu'un a bel et bien musclé (sexed up) le dossier , ce n'était pas Mr Blair ou Alastair Campbell : ce fut Saddam Hussein."

27.9.03

Pas en notre nom!

Reprenant une idée de Harry's Place (signalée par Norman Geras), ce blog participe à la contre-manifestation virtuelle contre les défaitistes (à Séville, d'où j'écris encore, leur manif est à 18h30, donc je suis dans les temps...).

Et puisque le thème de la manifestation est le rappel des troupes, j'en profite pour relayer la dénonciation d'une évacuation qui, elle, est en cours: celle des ONG, qui a hélas commencé par le CICR dans le sillage de l'attentat contre l'ONU. Comme le relève Martin Peretz (de la revue américaine de gauche New Republic) dans cette tribune, il s'agit d'un véritable acte de sabotage à motivation idéologique: les mêmes organisations laissaient leur personnel au Libéria quand la situation y était bien plus dangereuse. Mais elles ne veulent pas d'eau potable pour les Irakiens si c'est Paul Bremer qui ouvre le robinet... (Info de David Steven, qui la tenait de l'irrépressible Instapundit).

25.9.03

Dans révision, il y a rêve et vision

"Et... je n'investis pas dans cette histoire révisionniste." C'est ainsi que Nelson Asher d'Europundit qualifie sans détour la réécriture tardive de l'argumentation prêtée à Bush et à Blair à propos des armes de destruction massive. "Leur possible existence ou leur développement, aussi loin que je me souvienne - et je m'en souviens parfaitement bien - a été invoquée comme une raison parmi beaucoup d'autres."

Maintenant qu'il le dit, ça me revient...

Et ce n'est pas la moins intéressante des considérations consignées dans cette riche entrée du 20 septembre sur Europundit, laquelle vaut bien un clic.

Affaire Gilligan - Kelly

Toujours en vacances. Après la visite du Real Alcazar (palais royal), à Séville, nous décidons de passer à l'hôtel les heures chaudes du début de l'après-midi... pour tomber sur la retransmission en direct par BBC World de l'audience finale de l'enquête publique conduite par Lord Hutton! Pas question de sieste (du moins pour moi...).

Lord Hutton est seul sur une estrade. Sous lui une rangée de collaborateurs et en face d'eux le public (chacun son écran digital, comme au café Internet où je suis, mais c'est pour faire apparaìtre sur l'écran un document archivé sur le site à peine est-il cité); au premier rang, debout, à tour de rôle chacun des avocats des parties reconnues dans la procédure (y compris, en dernier, celui de l'enquête elle-même), pour une présentation de leurs conclusions après les témoignages qui, eux, n'ont pas été télévisés. Occasionnellement, Hutton interrompt, ce qui confirme l'idée qu'il s'agit au fond d'une conversation avec lui... A la fin Lord Hutton remercie tout le monde et conclut non pas par "je lève l'audience" mais "je me lève". De quoi clarifier ces aberrations que j'ai lues à plusieurs reprises dans la presse francophone voyant Lord Hutton président d'une commission, voire entouré de deux assesseurs, négation de la nature profondément individuelle de la responsabilité dans le système anglo-saxon.

Max Gallo l'avait prédit

Max Gallo dans Culture et dépendances sur France 3 (je cite de mémoire à cinq minutes d'intervalle) :

"Je fais partie du petit nombre de ceux qui ont dit : 'Nous allons gagner la guerre et nous allons perdre la guerre.' On voit maintenant que nous avions raison. Bien que Saddam Hussein ait été un dictateur sanguinaire et un bourreau, la situation actuelle des Irakiens est pire que sous Saddam."

Drogue : les Radicaux atypiques sont variés

Deux Radicaux souvent qualifiés d'atypiques (ou de gauche), parfois avec raison, se succèdent au Forum de la Radio Suisse Romande. Le premier, Pierre Maudet, étudiant en Droit, 25 ans, capitaine à l'armée, candidat genevois au Conseil national. Le second, Yves Guisan, médecin, 60 ans, conseiller national vaudois.

Pierre Maudet est interrogé sur une réforme du système pénal militaire que le Conseil national vient de voter, à savoir la conversion des peines d'arrêt en amendes. Au passage, on lui demande son opinion sur le vote prévu aujourd'hui en matière de légalisation du cannabis. Pour lui, il s'agit d'en finir avec l'hypocrisie et d'enrichir la mafia, ce qui est le propre de tout marché noir.

Pour Yves Guisan, la santé publique exige d'interdire les produits dangereux - auxquels on ne peut assimiler l'alcool, le vin n'étant ni une drogue, ni un produit dangereux, mais une substance gastronomique. Il faut donc mettre des barrières entre les produits et les consommateurs potentiels, surtout les plus fragiles. Les jeunes ont besoin de repères.

Ce point de vue, respectable et qui vise la cohérence, manifeste une insensibilité ou une incompréhension déplorable à l'égard des propositions de la Commission parlementaire qui s'est penchée sur la question. Pour la Commission, ce n'est pas à l'Etat, mais aux institutions concernées de prendre leurs responsabilités. Le cannabis continuerait d'être strictement interdit aux mineurs (comme l'alcool et le tabac), de même que l'exercice de certaines activités (comme la conduite automobile) en état de stupéfaction avancé continuerait d'être une infraction punie par le code pénal. Par ailleurs, ce serait aux établissements comme les écoles de sanctionner l'usage de drogue, cela se fait déjà pour l'alcool (et en principe le tabac). Quant aux adultes : on a vu qu'il était possible, dans notre société, d'interdire la fumée du tabac dans un nombre grandissant de lieux publics. Et les entreprises privées ont tout loisir d'édicter leur propre règlement en la matière. Donc, un libéral conséquent (une identité qu'Yves Guisan ne revendique pas systématiquement) défendra plutôt la position de Pierre Maudet, tout militaire soit-il.

L'ironie veut que le Conseil des Etats vienne d'entamer une processus pour dépénaliser et réglementer la distillation de l'absinthe. Mais pour le député médecin, cela n'a rien à voir. Si j'ai bien compris, la fée verte devient une sorcière toxique seulement quand on ne la produit pas de la manière conforme qui sera seule autorisée. Ce qui permet des analogies avec le cannabis : sa dangerosité provient d'une qualité changeante, engendrée par la prohibition qui exclut le contrôle de la production.

Ceci dit, qu'on dépénalise et réglemente la fumée du cannabis, mais qu'on la réprime alors d'autant plus sévèrement dans les trains et autres lieux publics - y compris dans les compartiments et espaces fumeurs - le potentiel d'incommandation de l'odeur n'ayant aucun rapport avec celui du tabac.

23.9.03

Mariage gay

Ajouté un complément à mon entrée du 4 septembre sur ce sujet...

22.9.03

Irak: Le Temps infâme

La résistance irakienne s'attaque aux "collabos"

C'est sous ce titre que Le Temps, le quotidien suisse de référence en langue française, rend compte de la tentative d'assassinat de Akila al-Hachemi, l'une des trois femmes membres du Conseil irakien de gouvernement provisoire.

A l'inversion orwellienne du langage, qui fait des partisans du dictateur déchu une "résistance" (sans guillemets) et des "collabos" de ceux qui participent à la mise en place d'une transition démocratique (pour la première fois, il y a en Irak une vraie liberté de la presse et des partis), Le Temps ajoute l'insensibilité politique: le journal brode sur l'éventuel rapport de cause à effet avec des appels lancés sur la nouvelle chaîne TV Al-Arabiya, sans souligner le fait que le sexe de la victime est aussi éclairant sur les valeurs défendues par les uns et les autres.

MISE A JOUR DU 25.9: Akila al-Hachemi est décédée de ses blessures aujourd'hui.

21.9.03

UE: Michel Barnier doit être révoqué

"Lors [d'une] réunion de juillet, la Commission s'apprêtait à demander à la cour de justice de Luxembourg d'imposer à la France une astreinte de plusieurs centaines de milliers d'euros par jour pour non respect des règles environnementales, en particulier la "Directive oiseau" de 1979 et les lois "Natura 2000" dans le marais poitevin. La veille de la décision, le commissaire Français Michel Barnier, dépourvu d'arguments pour défendre Paris, prévient M. Raffarin du sort qui l'attend. Le premier ministre téléphone à M. Prodi et lui propose de venir s'expliquer devant la Commission."

Et, fin août, Raffarin rencontre discrètement, à Bruxelles, Prodi et la commissaire chargée de l'environnement, Margot Wallström.

Cela est raconté en passant dans une intéressante page du Monde du 20 septembre sur les relations difficiles entre la France et l'UE.

Peut-être bien que dans l'affaire Alstom les arguments de politique industrielle doivent finalement permettre de trouver un compromis évitant le dépôt de bilan. Mais Prodi devrait révoquer Michel Barnier. Pour signifier clairement que la règle de l'indépendance des membres de la Commission, en particulier vis-à-vis de leur pays d'origine, doit être respectée.

Les torts clairement montrés de la BBC

Le bouquet minimal du câble genevois comprend BBC World (et BBC Prime, dénomination trompeuse pour une sorte de néant informe) - et donc pas les chaînes britannico-britanniques publiques ou privées... A noter que ces dernières sont regroupée sous le label ITV, pour Independant Television, ce qui est une forme de l'humour british, étant donné la culture d'indépendance dont la BBC se fait un point d'honneur par rapport aux Gouvernements, jusqu'à commettre des dérapages.

Or, si je devais m'en tenir à ce qu'on nous montre et à ce qu'on nous dit sur BBC World, ni Andrew Gilligan, ni la vénérable institution n'ont failli le moins du monde. C'est de bonne guerre - si on ose l'expression en pareil cas. C'est pourquoi, l'article d'Alasdair Palmer du Telegraph me semble particulièrement éclairant, en montrant le rôle déplorable qu'ont joué les supérieurs hiérarchiques d'Andrew Gilligan et les juristes de la BBC - des agissements dont la gravité dépasse, selon Alasdair Palmair, ceux du journaliste.

L'erreur principale est la suivante : "la BBC aurait pu investiguer les faits en une semaine, admettre ses erreurs, s'excuser ou au moins les retirer". Au lieu de cela, il y a eu une mobilisisation des plus hautes instances pour défendre l'histoire de Gilligan. Sans aucune démarche pour en vérifier la crédibilité. Pendant des semaines, on n'a pas demandé les notes qu'il avait prises lors de sa rencontre avec le Dr Kelly. Autre "erreur" flagrante : leur juriste Richard Sambrook a longuement nié que telle ou telle chose ait été dite à l'antenne avant d'avoir pris connaissance de la transcription des émissions.

La conclusion d'Alasdair Palmer est (faussement) naïve :

"And it has all happened simply because the BBC was more determined to protect its pride than the truth."

Mais la fierté de la BBC n'était-elle pas dans le service de la vérité ?

20.9.03

Melfrid a fait un coming in

Aujourd'hui qui est déjà hier, Melfrid s'en va-t-en guerre contre les "partagés", à savoir ceux qui lui disent "oui mais" à propos de son dernier coming in. Il a en effet rejoint Greenpeace. Dans l'entrée et dans les commentaires, Melfrid balaie aisément tous les arguments, assez timides, qu'on lui oppose. Le seul à propos duquel il entend se renseigner concerne l'unilatéralisme de Greenpeace à propos des essais nucléaires français, par comparaison au silence sur ce que faisaient Russes, Chinois et Indiens. Par rapport à d'autres silences reprochés à Greenpeace (nucléaire soviétique en voie de délabrement, hormones utilisées dans l'élevage U.S. et vache folle), même si j'aurais envie d'acquiescer à ces reproches, je dois reconnaître que la réponse de Melfrid relève du bon sens "Le principe de Greenpeace est de concentrer son action sur quelques campagnes choisies, sans prétendre à l'universalité. On ne peut pas tout faire. A d'autres organisations de militer pour d'autres causes et de remettre en cause le système à la racine." "Racine" est d'ailleurs le terme approprié pour qui invoque le vert.


19.9.03

Nouvelles constructives et encourageantes sur l'Irak

Johann Hari, journaliste à l'Independant, raconte l'enthousiasme de Yasser et Abtehale, des amis irakiens de passage à Londres. Il les a connus au cours de leur exil, ensuite ils sont retournés dans leur pays après sa libération. Très longue entrée, mais de nombreux passages en valent la peine, comme la découverte de la pluralité de la presse et aussi la pluralité des opinions dans un même journal (ce qui n'empêche pas qu'on doive créer des blogs pour pallier certaine uniformité et certain conformisme). Il y a aussi la description de l'état de peur dans lequel ont vécu tous les Irakiens qui explique leur difficulté à faire confiance et collaborer. Il y a les déceptions et les deuils impossibles à l'ouverture des prisons, quand certains proches (mari, fils, fille, frère, soeur) n'y ont pas été retrouvés. (Article mentionné par Andrew Sullivan.)

Toujours à propos de l'Irak : un excellent exemple de fisking (ramonage) exécuté magistralement par Michael Totten.

New Labour

D'un café Internet à la connexion lente à San José, Andalousie: je ne suis pas dans les meilleures conditions pour blogger.

Mais je vois dans Le Monde que ce soir passe sur Arte "Les années Tony Blair", de Peter Kosminsky. C'est une sorte de docu-drame, une fiction sur des faits (et le plus souvent des personnages) réels: Gould, le spécialiste des sondages et des focus groups, Campbell, le porte-parole...

Je ne doute pas qu'il ravira un public francophone si volontiers anti-Blair. Tout ce que je peux dire, c'est que lorsque ce film en deux parties est passé à la BBC l'an dernier il a fait un flop. Il était pourtant très attendu, qui n'aime pas voir ce genre de choses? L'audience a décroché déjà au cours de la première partie, et la deuxième partie a été nettement moins regardée.

18.9.03

A l'usage des sinophiles

Changement de décor : grâce à Instapundit, je tombe sur China Blog List, qui est, comme son nom l'indique, une liste de blogs ayant une relation avec la Chine. Sur la quarantaine de blogs annoncés comme étant régulièrement mis à jour, une minorité sont tenus par des Chinois en Chine. Autrement, la majorité des bloggers sont des étrangers qui résident ou ont résidé en Chine. Enfin, il y a les Chinois expatriés. On y trouve un peu de tout, du journal de bord aux commentaires (enfin, surtout des news) sur l'actualité chinoise et asiatique en général. Sur la demi-douzaine d'essayés, mon préféré est, tout bêtement, le premier de la liste, à savoir Leylop, une étudiante de Hangzhou qui écrit en excellent anglais - à côté d'un blog en chinois (n'ai pas pu vérifier si c'était le même contenu), le tout complété d'un album de photos et d'un photolog). A noter que certains blogs sont signalés comme étant bloqués (triste allitération) en Chine.

17.9.03

Jean-Paul II et Ratzinger sont ultraprogressistes

Melfrid le malicieux est tombé sur un catéchisme qui n'a pas 50 ans, dont il publie un extrait édifiant (c'est vraiment le cas de le dire). Je vous propose deux petits exercices de style :

1° Remplacer les mots "l'Eglise" par "la Secte" et chercher la différence.
2° Comparer l'illustration avec celles d'une publication des Témoins de Jéhovah ou des Mormons.

Bon, ne donnons pas dans l'anticatholicisme primaire. Les protestants ont aussi leur lot d'écrits glorieux. Cependant, dans la deuxième moitié du XXème siècle, si on met à part les fondamentalistes, ils sont plutôt tombés dans l'autre extrême, en édulcorant, en affadissant tout ce qu'ils pouvaient, au point de ramener la religion à un catalogue de bonnes intentions. Or l'on sait de quoi est pavée la route qui mène en enfer.

15.9.03

Mais l'inversion des termes est-elle vraiment salutaire ?

Ma dernière entrée a suscité un long message que j'ai glissé dans les commentaires. A lire l'émotion des premières phrases de cet ami d'habitude plutôt mesuré, on voit qu'un point vraiment sensible pour lui aussi a été touché. Comme il s'agit d'un ami, de cet ami-là, la réponse représente pour moi un défi plus singulier qu'on ne pourrait l'imaginer...

14.9.03

Inversion salutaire des termes du problème

"Ca a commmencé par un coup de foudre le 11 septembre 1989 et ça fait 14 ans que ça dure."

Le 11 septembre 2003, François, l'apprenti padawan, sortait du placard pour aller au devant de son lectorat. Depuis aujourd'hui (lire d'abord ici puis ), il s'est lancé et a entrepris de nous livrer son témoignage, assorti de réflexions tout en profondeur. Parmi lesquelles la suivante est capitale, et on ne la reprendra jamais assez :

"J’avais mis plus de dix ans à comprendre que je n’avais pas de problème, que je n’étais pas le problème. Si mes parents, et n’importe qui d’autre en l’occurrence, n’acceptaient pas mon homosexualité, c’était leur problème ! Et ce problème avait un nom, l’homophobie."

Et il y a cette autre réflexion, dont même les gais les plus libérés ne reconnaissent pas assez la pertinence :

Nous vivons dans une société "où sortir du placard ne va jamais de soi. Quand je lis çà et là que nous nous y serions enfermés nous-mêmes, je hurle. Ce qui est révoltant c’est que ce placard est une construction sociale qui nous est imposée et à laquelle nous sommes confrontés en permanence. J’ai dû encore en faire une en public il y a trois jours, quinze ans après ma première sortie ! Et tant qu’il y aura de l’homophobie en ce bas monde, je devrai continuer à casser les portes de ce placard..."

En ce qui me concerne, j'ai beau avoir de temps à autre l'occasion de m'exprimer ouvertement en public en tant que gai, cela n'empêche pas d'être plus souvent que prévu confronté au choix le dire ou ne pas le dire face à telle ou telle personne nouvellement rencontrée. Quand on fait part de cette problématique, on peut s'entendre dire - y compris de la part d'autres gais - "mais cela relève de la vie privée". D'accord ou pas d'accord ? A suivre.

Je n'en suis pas MAIS...

Le capitaine du navire.net n'aime pas les libertariens et il dit clairement pourquoi, en toute cohérence avec sa position de gauche. Curieusement, en revanche, il pense que "les libertariens envahissent un terrain vide, et qu’ainsi leurs idées prennent un poids tout a fait disproportionné par rapport à leur représentativité comme à leur valeur". Et de se poser la question : "où sont les blogues d’opinions altermondialistes, écologistes, anti-capitalistes, voire pourquoi pas socialistes, communistes ou centristes?"

Pour ma part, je ne suis toujours pas libertarien. Et je ne suis pas si sûr qu'ils occupent autant de place que le navire leur en crédite. Quoi qu'il en soit, en parfait désaccord avec le navire, je les apprécie - justement pour le fait qu'avec eux, on est confronté à une pensée qu'on n'a (pour l'instant) pas trop l'habitude de trouver dans les médias écrits ou audiovisuels.

Un exemple de libertarien plaisant à lire et instructif : melodius dans sa contre-attaque du navire.

13.9.03

D'Allende à Lula

A l'heure ou trop de commentateurs ont tenté d'opposer les deux 11 septembre, ou de faire de 2001 une sorte de revanche de 1973, Le Monde, en association avec EL Pais, a marqué le trentième anniversaire du renversement de Salvador Allende d'une manière intelligente: et quel contraste, en effet, entre le temps d'Allende et le temps de Lula! Tous deux à la gauche de la social-démocratie (le parti membre de la deuxième Internationale, c'était le petit parti radical au Chili, et c'est le parti de Henrique Cardoso, prédécesseur de Lula, au Brésil), tous deux valant beaucoup mieux que nombre de ceux qui se réclament d'eux. Je me souviens avoir suivi avec espoir et inquiétude l'expérience chilienne, comme précédemment le Printemps de Prague, avec la même fin... Le monde évolue, Lula est à la fois plus réaliste, plus habile et mieux accepté.

Ce supplément "L'autre Amérique - le continent latino de A à Z", qui avec un peu de chance restera disponible en accès gratuit sur le site, contient même un bilan nuancé du gouvernement de l'Unité populaire qui a dû faire grincer bien des dents politiquement correctes.

Cela me fournit une bonne transition pour annoncer que je pars 15 jours en vacances en Espagne... On verra si je trouve des cafés Internet et suis d'humeur à blogger!

11.9.03

La tarte aux pruneaux fait office de madeleine

Cette année, le Jeûne genevois (le jeudi qui suit le premier dimanche de septembre -- impossible à programmer sur un agenda électronique!) tombe le 11 septembre. J'apprends dans la Tribune de Genève que, contrairement à ce que je croyais, il a été institué en 1567 suite à l'"annonce d'une répression contre les protestants de Lyon", et non pas, comme je le croyais, en réaction à la nouvelle du massacre de la St-Barthélémy cinq ans plus tard, soit en 1572.

Au-delà de la signification religieuse (pénitencielle, entre autres, mais pas seulement), n'avait-on pas là un magnifique exemple d'une manière absolument sobre de commémorer un événement tragique, d'une manière dépourvue d'affectation de montrer sa solidarité avec les victimes ? Une manière de faire qui prêtait moins à la récupération politique, commerciale, ou médiatique en général ? Voilà qui est le propre des vertus calvinistes, dira-t-on. Pourtant, le jeûne collectif est une pratique qui remonte à l'Ancien Testament et qui a aussi eu cours en terre catholique. C'est ainsi qu'"en 1831, la Haute Diète décide d’instaurer un Jeûne fédéral commun aux catholiques et aux protestants et Genève polémique pour savoir si elle doit conserver le sien." La décision définitive de Genève a été prise il y a 40 ans seulement : "en 1963, le Jeûne genevois devient définitivement un jour férié officiel voté par le Grand Conseil, pour des motifs plus politiques que religieux. Les autres cantons fêtant le Jeûne fédéral."

Sécularisation oblige, tout ce qu'on a gardé de cette institution, c'est la tarte aux pruneaux mangée traditionnellement ce jour-là. Avant de nous en donner une recette, la Tribune rappelle sans autre forme de commentaire qu'"en 1970, le Jeûne genevois faillit devenir une "Journée de la paix" mais la proposition fut balayée". A l'époque, le pacifisme plus ou moins bien pensant, qu'il vienne des objecteurs de conscience et anti-militaristes de tout poil ou des chrétiens (de gauche), était assez mal vu en Suisse, étant assimilé (parfois avec raison) au communisme et à tout ce qui venait d'URSS. Aujourd'hui, tout ce qui est mal vient des Etats-Unis.

9/11

Moi je ne suis pas vraiment de l'école sentimentalo-commémorative. Plutôt à penser, avec Christopher Hitchens (cité par Harry's Place), qu'en ce jour il faut se barder d'une résolution de fer pour ignorer les défaitistes et autres masochistes culpabilisés et poursuivre, contre la terreur liberticide, la contre-offensive démocratique: elle ne fait que commencer.

Mais Norman Geras a quand même une brillante entrée sur son blog: "What a fucking great country".

10.9.03

Les atypiques ont tort. Forcément.

Avec Blogorrhée et Gombrowicz, j'ai compris comment on peut être incompris.

A la base, il y a le grand classique des péchés contre la logique : ne pas être d'accord avec une idée de votre interlocuteur équivaut à  être d'accord avec l'idée contraire. Ce raisonnement erroné peut encore dégénérer en une agravation de votre cas : vous êtes alors carrément assigné au camp opposé de votre interlocuteur.

Provocateur, éternel contradicteur ou avocat du diable, ultramodéré ou ultracentriste : telles sont les identités qu'il faudra assumer et non pas celle d'ami, de chercheur de la vérité. L'intéressant, c'est qu'une telle posture n'est pas l'apanage d'un seul camp : je ne suis pas libertarien.

Libre-échange et développement (suite)

J'avais mentionné cette étude qui dénonce le protectionnisme l'UE comme un obstacle au développement du tiers-monde. Oliver Kamm relance le débat, et comme toujours son argumentation est solide et ne fait pas de compromis. Lisez tout si vous savez l'anglais!

Deux conclusions inconfortables:
- Le protectionnisme des pays pauvres eux-mêmes est un obstacle bien plus grand à leur développement que le protectionnisme des pays riches.
- C'est donc le libre-échange lui-même qu'il faut défendre, partout, sans chercher une vaine alliance avec les tiers-mondistes autour d'un ennemi commun qui serait le protectionnisme des riches. "L'ennemi principal", pour qui se soucie de développement, ce sont bien les altermondialistes qui attaquent l'OMC.

Crumb trail, un blog consacré aux questions d'écologie et de développement (en anglais), qui critique également l'étude du Centre for a New Europe, a un complément ici.

9.9.03

Revel

A signaler: le tour d'horizon politique toujours roboratif de Jean-François Revel, dans une interview publiée hier par Le Figaro. Elle est même disponible en traduction anglaise sur le blog Europundit où j'ai trouvé cette info!

Parfois on entend leur point de vue sur nos ondes

Rendons pour une fois hommage à Forum de la RSR. Hier soir, l'un des invités était Kenneth Weinstein, directeur du Hudson Institute à Washington, un think tank néo-conservateur. On peut ne pas goûter leurs idées, il n'empêche, ce n'est pas tous les jours qu'on permet à leurs représentants de s'exprimer plus de trente secondes sur nos ondes bien pensantes - l'auditeur boudait d'autant moins son plaisir que cet invité-là maîtrise très bien le français if you please. On a même pu découvrir qu'un tel personnage, a priori affreux, cynique et méchant, était capable de critique de ce qui avait été fait (ou pas fait, ou mal préparé) par son pays en Irak. Ce qui rendait d'autant plus crédible son exposé et sa défense du projet des néo-conservateurs pour le Moyen-Orient.

7.9.03

La mesure des choses (humaines)

Malgré quelques invraisemblances et une présentation de Lyon à  la limite parfois du cliché et de la carte postale (par le biais d'une photographie au demeurant fort belle), le film Le coût de la vie vu hier réussit bien son pari : nous présenter une série de personnages en prenant comme unique base narrative leur rapport à  l'argent. Grâce aux émotions que nous procurent l'ensemble des personnages, tous attachants, le film produit un effet paradoxal : nous rappeler que ce rapport à  l'argent, dont nous avons tendance, tour à  tour, à  survaloriser et à  nier l'importance, est d'abord un rapport humain à une réalité d'humains.

6.9.03

David Kelly n'est pas Daniel Ellsberg

Un héros mort pour avoir dénoncé la guerre en Irak? L’image a probablement cours dans certains milieux qui ne suivent l’affaire que de loin; ils croient peut-être que le Dr Kelly a tenu à faire connaître au monde un secret dont il était le dépositaire: la manière dont le gouvernement britannique est parti en guerre en agitant un faux prétexte (la menace d’armes de destruction massives susceptibles d’être activées en 45 minutes). Ce serait au fond Daniel Ellsberg, ce collaborateur du Pentagone communiquant au New York Times, en 1971, des documents révélateurs sur la guerre du Vietnam.

Mais l’image ne tient pas. On connaît maintenant suffisamment bien l’état d’esprit de David Kelly avant le déclenchement de la guerre: les membres de sa famille ont témoigné devant Lord Hutton avoir réalisé, après sa mort, qu’il les avait chacun individuellement convaincus qu’il n’y avait pas d’autre issue! Et The Observer a publié dimanche dernier un article posthume (mais d’avant-guerre) du Dr Kelly qui dit précisément qu’après 12 ans d'échec des sanctions et des inspections, seul un changement de régime est de nature à écarter la menace à plus long terme que représente Saddam Hussein.

A plus long terme... Le Dr Kelly, et d’autres avec lui parmi les spécialistes, n’accordaient pas grand crédit à l’information parvenue aux services secrets britanniques par une source en Irak selon laquelle la menace pourrait même être plus pressante que cela. C’est à partir de ce genre de divergence (dont les esprits de formation scientifique ou technique sont plus particulièrement portés à exagérer l’importance, et à se sentir dépossédés dès lors que leur cher objet d’étude entre dans le domaine public) que la BBC et les adversaires de l’intervention en Irak ont bâti la rumeur du mensonge délibéré là où il n’y a, au pire, qu’une exagération destinée à convaincre – ou tout simplement la conviction que, face à une telle information, on ne peut pas prendre le risque qu’elle se révèle exacte!

La suite est connue: la manière dont Kelly s’est senti utilisé par la BBC pour attaquer le gouvernement et par le gouvernement pour attaquer la BBC et défendre sa crédibilité, la perte d’estime de soi qu’il a pu en ressentir, les craintes (fondées ou non) sur sa pension de retraite alors que sa femme est malade... Les Daniel Ellsberg, eux, sont des militants qui, confrontés à des monstres froids, ne se suicident pas: 32 ans plus tard, ils en font encore un livre.

Juges et politique

En marge de l'exécution de Paul Hill (assassin d'un médecin pratiquant des avortements et de son garde du corps), Oliver Kamm formule une intéressante réflexion sur la manière dont l'intervention de la Cour suprême des Etats-Unis aurait nui au développement normal du débat, et serait responsable de la tension actuelle entre les camps des pro-vie (quoique...) et des pro-choix.

Sa thèse est que l'arrêt de 1973 par lequel la Cour suprême a estimé que le droit individuel à l'avortement était protégé par la Constitution fédérale a empêché un débat politique Etat par Etat, avec des législations différentes, tel qu'on la connu en Europe (où, au final, les législations sont proches les unes des autres). L'absolu judiciaire a empêché tout mûrissement politique de la question.

Food for thought. La tension entre les niveaux du fédéralisme, d'une part (quand faut-il qu'une question soit réglée à l'échelon fédéral plutôt qu'à celui des unités constitutives? la réponse "lorsque j'ai la majorité" n'est pas admise...) et entre pouvoir judiciaire et autorités politiques, d'autre part, sont une des grandes joies de la vie intellectuelle américaine, allemande ou suisse... et va prendre une importance grandissante en Europe.

Un blog européen

La blogosphère compte désormais un blog à plusieurs mains consacré aux questions européennes. Anglophone.

Globalisation : l'UE tue des bébés

En prévision du sommet de Cancun de l’OMC, les altermondialistes se déchaînent; l’UE est dorénavant une de leurs cibles parce qu’elle participerait au grand complot libre-échangiste. Et pourtant: un think tank européen dénonce l’inverse en publiant (en anglais, communiqué complet déjà en italien) une étude provocante: "Les barrières commerciales de l’Union européenne tuent". Précisément 6'600 personnes par jour, soit 275 par heure ou une toute les 13,5 secondes, principalement en Afrique. Car tel est le résultat direct de l’enrichissement dénié aux pays du tiers-monde par la politique protectionniste de l’Union européenne.

L’info est relayée par l’un des auteurs, Stephen Pollard, sur son excellent blog (en anglais). Mon opinion sur le sujet n’est pas véritablement fixée: mon réflexe est libre-échangiste; en même temps je ne peux m’empêcher d’en voir les effets pervers sur le plan environnemental tant que les externalités écologiques ne sont pas prises en compte. Je n’aime pas trop la notion de souveraineté alimentaire, au relent vert-brun d’autarcie et de méfiance vis-à-vis de l’étranger, mais j’ai de la sympathie pour le mouvement "slow food" et l'idée de "manger local" ...

Mais ce qui me paraît mériter d’être mieux connu, c’est que, contrairement au monde francophone, le monde anglo-saxon compte une vigoureuse phalange libre-échangiste de gauche et tiers-mondiste, à côté du protectionnisme écolo/de gauche, du libre-échangisme de droite et du protectionnisme de droite. C’est ainsi que l’un des ministres du gouvernement Blair a démissionné il y a quelques semaines pour lancer une campagne en vue de la réforme de la politique agricole commune dans une perspective tiers-mondiste.

5.9.03

Réalité démocratiquement contraignante

Je croyais qu’il revenait au seul Parlement de décider de la composition du Gouvernement. Cette année, il y a pour une fois un certain suspens, pour ne pas dire un suspens certain. La formule magique (introduite en 1959) pourrait être révisée. Ce qui n’est encore qu’une hypothèse, dépendra, avant tout, du nouveau rapport de forces qui résultera des élections d’octobre prochain,. On peut imaginer que cela donne lieu à des tractations entre partis. Mais en dernier ressort, ce sera aux députés de trancher.

Ce n’est toutefois pas ainsi que certains journalistes appréhendent la réalité de nos institutions. Dans le journal de 18 h de la Radio Suisse Romande, on demande au secrétaire du Parti Radical Démocratique son avis sur la question après l’avoir dûment informé, comme la chose la plus naturelle du monde, que le changement est des plus sérieusement envisageable, étant donné les résultats d’un sondage. D'une voix lasse, il relève l'énormité mais sans s'y attarder.

La confusion entre sondage et démocratie directe relève déjà d’une triste banalité, mais je n'avais pas encore eu la "chance" d'être témoin d’un pareil flagrant délit - le sondage d'opinion équivalant à une réalité advenue à laquelle les politiques sont sommés de se plier.

Du bon usage de l'objectivité vis-à-vis des E.-U.

Dans les titres du journal de la Radio Suisse Romande de ce matin, on rapporte les déclarations de Donald Rumsfeld pour qui, même s'il y a des difficultés, la situation en Irak va en s'améliorant. Pour rétablir l'équilibre défavorable aux Etats-Unis, de tels propos encourageants doivent être compensés. C'est pourquoi ils sont immédiatement suivis d'un MAIS aux Etat-Unis, les unités spéciales de l'armée dont la mission est d'annoncer les décès de soldats à leurs familles seraient en manque d'effectifs. Cela permet de faire d'une pierre deux coups. On rappelle la réalité indéniable que cette guerre coûte la vie de soldats, et on le fait dans un registre émotionnel, en évoquant la douloureuse tâche de l'annoncer aux familles. Ainsi, on a emmené l'auditeur très loin de tout bilan qui pourrait présenter la situation sous un jour moins sombre.

4.9.03

Affaire Gilligan-Kelly

La presse britannique d'aujourd'hui est pleine des "révélations explosives" de la veille, lors de l'enquête publique conduite par Lord Hutton sur les circonstances de la mort du Dr David Kelly, et je ne doute pas que les médias francophones vont suivre: deux fonctionnaires du ministère de la défense (l'un d'entre-eux, par surcroît d'intensité dramatique, demeurant anonyme) ont fait part de leurs états d'âme au moment de la compilation du fameux dossier de septembre 2002, notamment à propos des célèbres "45 minutes". Mais si l'on veut bien s'en tenir à l'essentiel, ces témoignages ne font que confirmer a contrario la fausseté du "reportage" qu'Andrew Gilligan prétend fonder sur le témoignage du Dr Kelly: si tant de monde avait un avis sur la question, c'est donc bien que ce n'était pas une adjonction externe de dernière minute comme Gilligan le prétendait sur l'antenne de la BBC (pour préciser dans une première version, plus reproduite directement ensuite mais jamais corrigée non plus, que le gouvernement en connaissait la probable fausseté, puis, dans un article de presse ultérieur, que son auteur était Alastair Campbell, responsable de la communication de Tony Blair). Un chef d'oeuvre de manipulation dégoupillé, comme par hasard (une semaine après la rencontre Gilligan - Kelly), à l'aube du jour où Blair débutait (accompagné de Campbell!) une tournée en Irak et qui lui a volé la vedette.

L'école française de la torture

Etonnant comme les médias sont discrets sur la révélation d'un documentaire présenté lundi soir (à 23h) sur Canal+: Les Escadrons de la mort: l'école française, de Marie-Monique Robin. Dans le supplément TV du Monde, le week-end précédent, un article de présentation (par Jacques Isnard, le chroniqueur militaire, tout de même), puis le lendemain la chronique de Dominique Dhombres. Pas envie d'en remettre une couche avec le général Aussaresses que Le Monde avait si bien et utilement su faire parler de sa pratique de la torture en Algérie? Mais là il s'agit d'autre chose: le rôle de conseillers techniques et instructeurs qu'Aussaresses et d'autres ont joué auprès des Etats-Unis et, surtout, en Amérique latine, entre la fin des années 50 et des années 70, préconisant d'y rejouer la bataille d'Alger (tortures et disparitions).

Jacques Isnard écrit (l'article est payant):

"Cette face-là, plutôt honteuse, de l'histoire d'une partie de l'armée française n'était pas inconnue. Le mérite de Marie-Monique Robin est double. La réalisatrice a retrouvé les témoins français et étrangers de cette aventure, et ceux-ci en parlent, à l'aise, devant sa caméra. Mais, surtout, elle montre que l'Etat français, à l'époque, savait que son armée, avec son accord tacite via les missions militaires officielles dont il disposait en Amérique latine, avait fait école chez les tortionnaires argentins et chiliens, par exemple."

"Plutôt honteuse"? "N'était pas inconnue"? On connaît surtout la fameuse Ecole des Amériques et ses instructeurs US, dans le canal de Panama, beaucoup moins cet aspect du rayonnement français.

Couples de même sexe (mariage gay)

Une nouvelle étape est franchie en Suisse: une commission du Conseil national (chambre basse) approuve le projet de "loi fédérale sur le partenariat enregistré pour les couples de même sexe" présenté par le gouvernement. J'ai l'honneur d'avoir participé au comité qui a lancé, en 1994, la pétition à l'origine du processus, et d'avoir publié dans Domaine Public (mais il n'est pas en ligne) l'un des premiers articles sur le sujet dans la presse suisse, le 3 août 1989 -- c'était au moment de l'adoption, en première mondiale, d'un statut de partenariat enregisté au Danemark (fin de l'auto-congratulation). Mon site perso présente une chronologie générale du sujet.

Depuis lors, bien du chemin a été parcouru. Et la Suisse est cette fois moins en retard que lorsqu'il s'est agi de reconnaître les droits politiques aux femmes (à l'échelon local, entre la fin des années 50 et les années 80, à l'échelon fédéral en 1971 seulement). Mais ici, pour le meilleur et pour le pire, la décision n'appartient ni à un tribunal (comme au Canada, deux amies viennent ainsi de s'y marier, les veinardes) ni à une classe politique éclairée (comme la France de Mitterrand et Badinter, supprimant la peine de mort en pleine connaissance du fait que le peuple souverain était majoritairement favorable à son maintien), mais au corps électoral se prononçant lors d'une votation. C'est un surmoi toujours présent, particulièrement nocif à l'épanouissement, si naturel à coup d'alternance dans les démocraties parlementaires, de celles et ceux qui vivent de politique... Aujourd'hui, le soutien des élites est acquis (hommage soit rendu à la conseillère fédérale Ruth Metzler, démocrate-chrétienne!), la majorité dans l'opinion publique paraît solide: quel progrès le bon sens a-t-il fait en peu d'années pour reconnaître que gays et lesbiennes n'y peuvent davantage et ne sont pas plus contagieux que les hétéros, qu'ils et elles sont des êtres comme les autres et ont autant droit à la poursuite du bonheur, y compris dans le couple si ça leur chante!

Restent au fond deux questions en débat: le mariage et l'adoption.

C'est pour moi un constant sujet d'étonnement que de suivre les termes de la discussion en cours aux Etats-Unis: non pas tant sur les couples de même sexe mais sur un amendement à la Constitution visant, si j'ai bien compris, à proclamer que le mariage est réservé aux couples formés d'un homme et d'une femme (c'est la jurisprudence constante en France ou en Suisse, le législateur n'ayant pas songé alors à le préciser). Il s'agit d'interdire aux Etats (dont relève là-bas le droit civil) d'étendre simplement le mariage aux gays et aux lesbiennes. Cet amendement, s'il était adopté, supprimerait-t-il aussi les statuts de partenariat tel que le Vermont (en anglais), par exemple, l'a institué? J'avoue trouver passablement byzantine la querelle entre mariage ou partenariat, et d'une géométrie excessive la revendication du mariage en tant que tel. D'un autre côté, la campagne de l'Eglise catholique romaine qui prétend protéger le caractère spécifique du mariage entre un homme et une femme attaque en réalité tout autant le partenariat pour les gays et les lesbiennes...

Il est vrai que je n'ai pas encore lu Virtually Normal, d'Andrew Sullivan, auquel Oliver Kamm adresse le plus bel hommage: celui de l'avoir convaincu que rien moins que le mariage n'était acceptable. Mais il fait lui-même la confusion en citant en exemple le pays d'origine de sa femme: or le Danemark a, justement, adopté un statut de partenariat distinct du mariage. A ma connaissance, seuls à ce jour les Pays-Bas, la Belgique et, par voie judiciaire, le Canada ont étendu le mariage aux gays et aux lesbiennes. Les autres pays qui ont légiféré ont adopté un statut de partenariat. Comme de juste, la France se distingue avec une solution particulièrement hypocrite: un statut de partenariat moins étendu que dans les autres pays et ouvert aux hétéros rétifs au mariage comme aux couple de même sexe; cela ne satisfait pas les besoins réels de ces derniers tout en maintenant l'inégalité de choix, entre deux statuts -- l'union libre ou le partenariat -- plutôt que trois -- le mariage en plus.

Quant à l'adoption par des gays ou des lesbiennes, seuls ou en couple, cela reste un sujet chaud: le Danemark l'avait expressément exclue dans sa loi pionnière de 89 (la question a-t-elle été revue depuis?). Les anglo-saxons sont plus pragmatiques, qui la connaissent de cas en cas depuis longtemps (et la Grande-Bretagne, qui ne fait rien comme tout le monde, a même légiféré pour reconnaître l'adoption par un couple de même sexe avant même d'avoir un statut de partenariat -- il est en cours au parlement). Pour la Suisse, la commission du Conseil national a maintenu par 12 voix contre 9 l'interdiction stipulée dans le projet de loi. En séance plénière, deux propositions de minorité seront présentées: permettre l'adoption seulement dans des situations spécifiques (enfant de la ou du partenaire, p.ex.), ou ne rien stipuler à ce propos et laisser la décision, de cas en cas, aux autorités compétentes; après tout, l'adoption n'est pas le droit d'adultes à adopter un enfant, mais le droit d'enfants à se voir attribuer un ou des parents adoptifs lorsque les parents naturels font défaut.

Peut-être bien qu'un débat de société sur l'adoption par des couples de même sexe serait utile. Et peut-être bien qu'il ne suffirait même pas à faire dérailler la loi en votation populaire. Mais j'avoue ne pas avoir envie de prendre le risque, et préférer la politique des "petits pas", à la suisse. Que la minorité parlementaire soit la plus élevée possible, bien sûr. Que les organisations de gays et de lesbiennes revendiquent, c'est dans leur rôle (mais attention, pas au point de laisser penser qu'un échec sur ce point rendrait la loi moins digne de soutien!). Mais je préfère une interdiction dans la loi, qui limitera le débat au partenariat lui-même. Elle n'empêchera pas de revenir spécifiquement sur la question, d'ici quelques années, à l'occasion d'une révision générale des dispositions sur l'adoption. Ce genre de position, c'est le confort du commentateur sur son blog, qui n'a pas (ou plus, du moins pas en ce moment, dans mon cas) de mandat électif...

MISE A JOUR DU 22.09.03: Andrew Sullivan indique que l'amendement en discussion aux Etats-Unis annullerait également les statuts de partenariat. Cet amendement a au demeurant fort peu de chances de succès (outre le vote du Congrès, il faut un vote d'une majorité de législatifs des Etats). Mais personne ne l'aurait imaginé si la revendication des gays et des lesbiennes était un statut de partenariat et non le mariage lui-même.

On ne le rappellera jamais assez

Dans cette même entrée, Andrew Sullivan se rebranche sur le thème de l'Irak comme s'il n'avait jamais fait la moindre interrution dans ses commentaires. En passant, il rappelle un point dont il me semble qu'on l'oublie facilement : il ne s'agit pas de soutenir Bush, mais de savoir si son action va s'avérer être une réussite.

3.9.03

L'anniversaire de Sullivan

De retour au clavier, Andrew Sullivan révèle que son Shangri-la s'appelle Provincetown. Une petite recherche Internet de ce mot couplé à "Chomsky" nous apprend ainsi qu'il a fêté ses 40 ans le 10 août... CQFD.

Trotsky, Juif universaliste

Norman Geras donne sur son blog l'original anglais inédit d'un texte passionnant qu'il a publié en français dans Les Juifs et le XXe siècle: Dictionnaire critique (sous la direction d'Elie Barnavi et Saul Friedländer, 816p., Calmann-Lévy, Paris 2000). Il n'y est toutefois pas question du rôle de Trotsky comme praticien et justificateur de la terreur (évidemment ce n'était pas le sujet), puissamment évoqué par la philosophe française Monique Canto-Sperber dans la foulée du 11 septembre 2001.

2.9.03

Irrationalité des émotions

Pourquoi les crashs aériens présents ou passés nous émeuvent-ils plus que d'autres tragédies similaires par la violence du choc et par le nombre des victimes ? Le fait de voler représenterait-il un tabou en dépit de tous les acquis de notre modernité ? Y a-t-il un héritier de Freud dans l'avion pour s'attaquer dignement au complexe d'Icare ?

Continuité de Schwarzenegger

Pour une fois que je lis dans un journal francophone quelque chose susceptible d'intéresser le public anglophone, plutôt que l'inverse! Le Monde d'hier:

"(...) En 1966, ce couple de culturistes domine la scène du body-building londonien. Wag est un des juges du concours de M. Universe, auquel participe un Autrichien de 19 ans, mal dégrossi, beau gosse à l'anglais rudimentaire.

Instinctivement, Wag sent qu'il tient là une star en puissance. "Schwarzie" s'installe dans la maison de Romford Road où les Bennett vivent avec leurs six enfants.
"Arnold avait tous les attributs pour devenir un champion. Son assiduité à l'entraînement était incroyable", se souvient notre interlocutrice.

Pendant deux ans, le natif de Graz dort sur le canapé des Bennett. Il sort peu, évite les pubs et courtise les jeunes filles qui s'entraînent dans la salle de musculation. (...)

En 1968, sur les conseils des Bennett, Arnold émigre aux Etats-Unis. (...)"


Schwarzenegger continue d'appeler tous les mois Mme Bennett, qui à son mariage était à la table de Jackie Kennedy.

J'en profite pour donner mon avis sur la sulfureuse interview donnée à Oui en 1977: le futur politicien y apparaît déjà à la fois ouvert (aux gays, au sexe, à l'usage récréatif de drogue...) et de droite (travaillant dur -- et s'étonnant que certains de ses concurrents touchent des allocations de chômage...).

Globalisation

Dans mon quartier de Londres, il y a un traiteur portuguais où j'aime bien boire un expresso; manifestation triomphante du cosmopolitisme... Mais qu'est-ce qui peut pousser des expatriés à venir y acheter leur brique de lait chocolaté Nesquik by Nestlé - imprimé en portuguais?

1.9.03

J'en suis tout chocolat

Tristan Cerf ironise dans Le Temps (article payant) sur le fait qu'une des plus anciennes et vénérables institutions aurait perdu son âme zurichoise en franchissant le pas de se vendre désormais sur internet. Cette démarche impliquait un usage (abusif, forcément abusif) de la langue de Monica, ce qui équivaut à vendre son âme au diable. Tristan Cerf se croit malin (souvent à juste titre), mais, cette fois, son article produit chez moi l'effet apparemment contraire (ou bien - pervers ! - était-ce voulu ?). Grâce à lui, j'apprends avec gratitude que je n'aurai plus besoin d'être à Zurich, d'écrire ou de téléphoner pour savourer les produits de la maison Sprüngli et pour en faire profiter d'autres. Et si mon surconscient me l'interdit, je peux quand même rêver sur le site.

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