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30.11.03

De retour

Le blog était léger ces derniers temps: Guillaume Barry est toujours très accaparé par ses autres activités, et j'étais de passage à Genève pour quelques jours, comme à la fin de chaque mois, où je suis rarement au clavier.

En rattrapant la consultation de mes blogs favoris, j'ai relevé quelques infos intéressantes:

-- Une interview des auteurs du livre In Denial: Historians, Communism and Espionnage, par un Américain lui-même fils de dissident soviétique. Ils s'interrogent sur la poursuite de l'aveuglement de certains intellectuels à l'égard du régime soviétique et sur l'absence dans la plupart des cas de procès ou d'un processus du type Vérité et réconciliation, tel qu'il a eu lieu en Afrique du Sud après l'apartheid (signalé par Andrew Sullivan).

-- Une excellente réponse de Johann Hari (un chroniqueur de The Independant que je tends un peu à considérer comme mon double: d'origine suisse, gay, blairiste et pro-intervention en Irak...) à des adversaires de l'intervention. Il illustre la contradiction dans laquelle se trouve se trouve une gauche "plus pure que pure" par l'exemple de John Pilger, l'une des stars de l'alter-mondialisme tiers-mondiste britannique: il fut l'un des premiers à défendre la cause du Timor occidental, prêchant dans le désert pendant des années; mais lorsqu'enfin la communauté internationale est intervenue, il était contre... (relevé chez Harry's Place).

Mariage: faire droit à la différence

Pour ce dimanche, voici quelques réflexions sur le mariage originairement destinées à l'ami Emile (prénom fictif - cf. son commentaire du 15.09.2003) qui m'écrivait:

"La décision de l’Etat du Massachusetts (relative à la non impossibilité du mariage homos. que Sullivan rapporte ici et commente ) (...) met en pièce la notion de différence entre les couples homo et hétéro en relation avec la procréation, relevant que tous les couples hétéro peuvent se marier, pourtant dans un nombre croissant de cas les époux hétéro n’envisagent pas d’avoir des enfants (carrière oblige) et n’en ont effectivement pas."

Ma réponse:

Mon problème est qu'il y a plusieurs points de vue légitimes et nécessaires qu'il faudrait soutenir simultanément.

Qu'il y ait des couples sans enfants paraît évident. Evidente aussi la même valeur, la même dignité inhérente à tout désir de couple: l'amour, l'affection, l'engagement, l'assistance mutuelle etc. n'étant ni homo ni hétéro en soi.

D'un autre côté, faisons une expérience mentale: regardons le monde en partant de notre petite personne. A un moment donné, je suis obligé de reconnaître que MOI, la chose la plus importante au monde, j'existe du fait de l'union (brève ou durable) entre un homme et une femme, ou, à la rigueur du fait de la fusion d'une cellule mâle et d'une cellule femelle. (J'ignore comment un clone ressentirait la question de son existence.) Cette dimension introduit une asymétrie sur ce à quoi renvoie un couple hétéro, qu'il envisage ou non de procréer, qu'il soit stérile ou non.

Cela ne change rien à l'égalité en dignité de tous les couples. Cela apporte seulement une autre dimension. Le catholicisme a vu juste sauf qu'il en a fait une fixation obsessionnelle en décrétant illicite tout acte sexuel hormis le coït. On a assez glosé sur cette hypersacralisation pathologique de la sexualité. Cependant, nier qu'un couple hétéro renvoie aussi à la transmission de la vie, la permet - m'a donc permis de venir au monde - a aussi un côté de dénégation déplaisant, quoique probablement moins grave.

Etre adulte, c'est reconnaître cet aspect de la réalité, reconnaître qu'avec un homme, je ne peux pas procréer. La question de l'adoption reste réservée, sinon je peux bien sûr m'arranger avec une femme ou un couple de femmes. Mais il n'y a pas que ça dans la vie. Il y a peut-être d'autres choses à créer, à transmettre. Sinon, cela reviendrait à dire que pour un grand nombre de gens leur vie n'a pas de sens.

Finalement, nier cette différence revient soit, paradoxalement, à l'exacerber, soit à se mentir à soi-même: je me suis fait tout seul (et je suis donc tout-puissant). Serait-il possible de reconnaître la spécificité symbolique du couple hétéro, sans en faire tout un plat? Et sans refuser aux autres couples l'égalité en dignité?

Ce à quoi Emile a rétorqué:

"Oui, mais l’analyse qui démolit la justification traditionnelle  du mariage sur la base des réalités est intéressante parce qu’elle met en pièce les arguments des traditionalistes qui argumentent en fonction d’un monde qui n’existe plus comme unique référence, mais comme une option majoritaire parmi d’autres qui existent aussi."

Et moi de répartir:

Le fait de la vie et de son mode de transmission n'est pas une option: c'est un fait. Parfois, on est dans l'impossibilité de procréer naturellement. D'autres fois, c'est une option : on choisit de ne pas procréer. Là où il y a encore une option, c'est par rapport à la valeur qu'on veut reconnaître à cet aspect de la réalité. Personnellement, je déplore tout ce qui est (dé)négation de la réalité. Si je déplore le déni d'une orientation homosexuelle, de la possibilité d'avoir des émotions, des sentiments préférentiels pour quelqu'un du même sexe, je déplore aussi qu'on nie la spécificité de l'hétérosexualité comme le moyen inventé par la nature pour se transcender.

26.11.03

Le génie helvétique

Vous avez-vu Etre et avoir, le documentaire de Nicolas Philibert sur une classe unique à plusieurs degrés dans un village du Massif central, avec son instituteur charismatique, M. Lopez, et quelques enfants qui se détachaient du lot?

Transposez cela dans une commission du parlement fédéral suisse et vous obtenez le film bilingue sous-titré de Jean-Stéphane Bron qui recueille actuellement un grand succès dans tout le pays: en (suisse-)allemand, Mais im Bundeshuus, en français, Le génie helvétique (mais il n'y a pas de M. Lopez pour revendiquer ultérieurement une part des droits d'auteur, seulement les enfants -- à vrai dire, le succès international n'est pas non plus acquis).

A l'usage des lectrices et lecteurs étrangers de ce blog (pour ce que nous pouvons en savoir, libéraux de gauche anglo-saxons et libéraux-libertariens belgo-franco-canadiens): ce documentaire construit comme une fiction suit l'année de travail parlementaire qu'a représenté l'examen du projet de loi fédérale sur le génie génétique, au travers de la discussion en commission du Conseil national (la chambe basse du parlement) puis du débat et du vote en séance plénière de cette chambre. Mais en Suisse le travail de la commission n'est pas public: la caméra a donc pris ses quartiers dans les couloirs du Palais fédéral (images superbes où le mobilier Le Corbusier se marie au décor XIXe siècle; et je me dis finalement que les pompes et traditions helvétiques valent bien les britanniques...) et enregistre les confidences des principaux ténors, savamment mis en confiance (on se sent parfois au "Confessional" de ces émissions de Reality TV): Johannes Randegger, un représentant de la droite économique et scientiste, qui a fait carrière dans la chimie bâloise; Maya Graf, députée du parti écologiste qui pratique l'agriculture biologique; Joseph (Sepp) Kunz, un parlementaire de l'UDC (droite conservatrice, le parti de Christoph Blocher), agriculteur traditionnel dont la position sera cruciale; un original atypique, le professeur et député démocrate-chrétien Jacques Neirynck (d'origine belge); et une parlementaire socialiste au solide bon sens, Liliane Chappuis. Ils sont tous présentés d'une façon nuancée et attachante. La toile de fond: les craintes à l'égard des manipulations génétiques d'une part, le souci d'encourager (ou de ne pas décourager) la recherche et l'industrie en Suisse d'autre part. L'enjeu: le caractère plus ou moins exigeant des conditions à poser et la revendication d'un moratoire sur la dissémination d'organismes génétiquement modifiés.

Ce film me paraît une merveille de vulgarisation du processus politique, dans la mesure où il ne trivialise ni ne dramatise l'affrontement entre les deux camps. Surtout, il rend palpable cette réalité de toute politique concrète: le souci d'écouter et de convaincre (le tutoiement généralisé, la familiarité cordiale entre parlementaires de tous bords dans la conscience des rôles respectifs), la recherche de la solution qui permettra de réunir une majorité. En commission, c'est le député paysan de l'UDC qui, à la déception du lobby de l'économie (Randegger) et de la recherche (Neirynck), formulera le compromis donnant une majorité au moratoire demandé par les Verts et la gauche.

Ultime rebondissement, en plénière le moratoire est finalement refusé. Le suspense est digne des meilleurs jeux télé, avec les députés le doigt sur leur touche de vote électronique puis le visage tendu vers le grand écran qui restitue les "oui" et les "non" de chacuns sur l'image de l'hémicycle avant d'afficher le résultat final.

Un seul reproche: le film escamote le rôle de la démocratie directe, qui est à l'origine de ce débat (il y a déjà eu plusieurs scrutins à haut investissement émotionnel et financier) et qui pend comme une épée de Damoclès sur l'ensemble des travaux parlementaires. Mais cela n'enlève rien à la réussite du film: montrer que la politique suisse peut être passionnante, et qu'en elle s'incarne véritablement l'unité nationale du pays par-delà sa diversité linguistique.

23.11.03

Al Quaïda: chronologie

La menace terroriste n'a pas débuté le 11 septembre 2001, si cela a évidemment été un temps fort, et un moment crucial qui a remis en cause bien des alignements (celui de Bush en particulier). Anthony Cox de Black Triangle rétablit dès 1993 la chronologie des opérations d'Al Quaïda, en rappelant également que la fatwa prononcée par Osama Ben Laden date du 23 février 1998, alors que c'était Clinton qui était président des Etats-Unis.

Pour ceux qui croient que c'est Bush ou l'intervention en Irak qui sont la source de tous les maux: les responsables de la terreur sont les terroristes. Et tous les démocrates doivent s'unir pour les combattre.

10 décembre, manif de solidarité avec le peupe irakien?

De Bagdad, Zeyad annonce de grandes manifestations contre le terrorisme partout en Irak pour le 10 décembre. Et il suggère que des manifestations de solidarité soient organisées à la même date en Europe, aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde...

C'est un joli défi à la blogosphère, je le répercute volontiers. A Londres, j'y serai (à Trafalgar Square, j'imagine?).

Tariq Ramadan: attendre encore un peu pour hurler avec les loups

Dans la série: Barry, avocat du diable.

J'ai vu samedi la rediffusion sur TV5 du fameux "100 minutes pour convaincre" avec Nicolas Sarkozy . C'est essentiellement la séquence avec Tariq Ramadan qui me tenait à coeur. Le lendemain de la confrontation diffusée en direct jeudi, la Tribune de Genève avait rendu son verdict : l'intellectuel musulman genevois s'était fait "moucher" par le numéro 2 du gouvernement, ministre de l'Intérieur et des Cultes.

Que ce soit clair. J'ai été confronté au personnage (je parle du Genevois) lors d'un plateau de télévision autour du thème "les religions et l'homosexualité". Le moins qu'on puisse dire est qu'il n'a pas tourné autour du pot, qu'il n'a pas cherché à enjoliver la position du Coran en la matière. Mais dialogue il y avait - du moins dialogue il aurait pu y avoir, s'il n'avait pas fallu subir la condescendance autosatisfaite d'un rabbin et les circonvolutions d'un jésuite.

Il n'empêche. Même pour des ennemis, je réclame la présomption d'innocence. Or j'ai l'impression qu'en France, Ramadan a déjà été jugé. Tout ce qu'il dit se retourne contre lui. Mais la belle unanimité à le condamner et à chercher à l'enfoncer n'a pas valeur de preuve. J'ai envie de le croire sincère, quand il distingue entre ses positions propres qu'il considère être progressistes mais très peu représentatives et l'opinion du reste du monde musulman. J'ai envie de le croire quand il professe une ambition pédagogique, qui explique qu'il ne peut heurter de front la majorité des musulmans qui n'est pas progressiste. Cette ambition pédagogique, si j'ai bien compris, c'est de donner aux Musulmans de France la confiance en eux, la connaissance de leur tradition, mais aussi les moyens pour s'intégrer dans une société fondamentalement laïque, intégration jugée indispensable. Pour autant que je ne sois pas abusé par la propagande, l'influence de Ramadan superéducateur de rue sur les jeunes des banlieues ne serait pas obligatoirement dénuée de toute pertinence. Donc pour ne pas braquer tous ces gens à éduquer, pour ne pas se les aliéner, Tariq Ramadan reconnaît qu'il ne peut leur imposer ses idées les plus progressistes.

C'est une attitude vieille comme le monde. On la trouve dans d'autres religions, et dans les partis politiques. Du genre: "On ne va pas dire aux paroissiens que les récits de la nativité tiennent du mythe, ça les empêcherait de se concentrer sur l'essentiel du message." La version communiste ayant été: "Ne rien dire de ce qui se passe réellement en Union soviétique pour ne pas désespérer Billancourt." Cette stratégie discursive me révulse, mais, dès lors qu'elle est assumée, elle n'entre pas dans la même catégorie que le double langage ou les intentions cachées qu'on prête à Ramadan - des accusations dont Nicolas s'est complu à se faire le relais.

Je suis bien conscient qu'il y a eu des révélations de tels ou tels services secrets selon lesquels Tariq Ramadan aurait eu des contact avec des terroristes. Mais si c'était vrai, je veux croire que s'en seraient déjà émues les autorités genevoises qui l'emploient comme professeur de philosophie dans un lycée - ces autorités qui n'ont pas hésité à licencier l'enseignant Hani Ramadan, frère terrible et collègue de Tariq, pour ses propos "Mondains" sur la lapidation ainsi que pour ses fonctions religieuses incompatibles avec le statut d'enseignant.

C'était la rubrique de l'avocat du diable, lequel diable, en l'occurrence, peut être tellement mignon et de ce fait désarmant - mais n'est-ce pas la moindre des choses pour un diable?

COMPLEMENT de 10h30: Est-il besoin de le préciser: en raison de sa lecture stricte du Coran en matière d'homosexualité, Tariq Ramadan peut me faire craindre le pire pour l'évolution des mentalités dans les banlieues. (Mais on ne doit pas désespérer d'un professeur de philosophie, censé avoir pratiqué le Banquet de Platon.)

Autre fait troublant: la mise en évidence d'un prétendu communautarisme juif comme point commun de certains (rares) intellectuels qui ont eu le courage de dénoncer la condamnation de la guerre en Irak. (Lire ici ce qu'en disait François Brutsch.) Antisémitisme ou pas, l'intellectuel musulman n'a rien fait d'autre que de jouer à "c'est celui qui l'a dit qui l'est" - en l'occurrence c'est lui le communautariste "qui pense avec sa race et pas avec sa tête", selon la remarque aussi cinglante qu'impitoyable de Nicolas Sarkozy.

22.11.03

"Mariage gay": pourquoi je suis un menchevik

A voir comme évolue le débat autour du statut des couples de même sexe, je pense à L'Ancien Régime et la Révolution, de Tocqueville, ou à l'admonestation de Gorbatchev aux dirigeants de la DDR: "Malheur à celui qui vient trop tard!". Si le mariage civil finit par être ouvert aux couples de même sexe, je l'accepterai (je ne crois d'ailleurs nullement que cela aurait des conséquences notables); et pourtant je reste convaincu qu'un statut spécifique de partenariat est préférable.

Le débat a d'abord commencé dans les années 80 parmi les gays, contre ceux (et surtout celles, en tout cas en Suisse) qui ne voulaient pas en entendre parler. Le SIDA avait été un catalyseur (par ce qu'il avait révélé, à la fois de la réalité des gays au quotidien et de la capacité intégratrice de la société occidentale là où l'on avait pu craindre un rejet) mais il y avait encore une forte influence d'esprit révolutionnaire post-soixante-huitard qui critiquait l'embourgeoisement, la volonté de singer le modèle dominant. Un statut de partenariat avait l'avantage de se démarquer du mariage "patriarcal" tout en représentant une reconnaissance institutionnelle que n'offraient pas les "solutions" plus modestes fondées sur une approche contractuelle ou des aménagements ponctuels de la législation.

Encore fallait-il, pour qu'il y ait véritablement reconnaissance des couples homosexuels, que ce partenariat ne soit pas banalisé mais leur soit bien réservé, comme c'est le cas depuis le modèle danois de 1989. Car un statut comme le PACS français, qui ne nomme même pas les couples de même sexe, est en réalité une codification minimale du concubinage pour hétéros réticents au mariage; c'est parfait pour ceux-ci, mais justement insuffisant pour les homos à qui le choix d'un statut plus complet reste fermé (ce qui perpétue l'inégalité entre les deux types de couple, l'homo et l'hétéro). Et je vois par ailleurs toujours à un statut de partenariat exclusivement réservé aux couples de même sexe l'avantage qu'il ne concurrence ainsi pas le mariage pour les couples hétéros.

Car après le débat parmi les gays, il fallait gagner à la cause la classe politique et l'opinion en général (particulièrement en Suisse ou tout finit par une votation). De ce point de vue aussi, ne pas revendiquer l'égalité géométrique du mariage civil pour les couples de même sexe permettait l'économie d'un affrontement émotionnel, comme on le voit justement aux Etats-Unis, qui m'apparaît profondément stérile. Je n'ai pas d'état d'âme à ce que quelque chose s'appelle mariage pour les couples de sexe opposé et partenariat pour les couples de même sexe, et que les effets de l'un ou de l'autre statut aient quelques différences; j'avoue même reconnaître sinon une supériorité du moins une antériorité au couple de sexe opposé, dont toute vie est issue (même si évidemment il n'est nullement nécessaire d'être marié, ni même hétéro, pour cela).

Mon choix n'est donc pas tactique, comme c'est le cas à propos de l'adoption (pour laquelle mon acceptation d'une clause d'interdiction visant le partenariat, en elle-même choquante, se fonde sur la conviction que cette question pourra être reprise ultérieurement -- c'est d'ailleurs exactement ainsi que cela s'est passé au Danemark); je ne veux pas le partenariat aujourd'hui pour revendiquer le mariage demain.

Oui, il est regrettable que la monarchie constitutionnelle n'ait pas pu s'établir en France, comme elle a su le faire en Grande-Bretagne. Et la phrase de Gorbatchev me paraît bien s'appliquer à ces homophobes arc-boutés sur la défense du mariage traditionnel sans réaliser qu'un statut de partenariat pour les couples de même sexe leur éviterait des lendemains judiciaires douloureux... Pour ma part, je ne rejoins pas les fondamentalistes (parmi lesquels je range Andrew Sullivan, par atavisme politico-religieux probablement) et autres bolcheviks à qui cela ne déplaît pas de banaliser le mariage (et je dois probablement citer InstaPundit et autres néo-conservateurs favorables au mariage gay parmi les "idiots utiles", si je veux poursuivre la métaphore jusqu'au bout...).

20.11.03

Tintin en Lettonie

Depuis quelques jours, Melfrid blogue depuis Riga et s'émerveille de l'effet de la libération de ce pays. Dans quelques années il pourra dire la même chose de Bagdad.

Et puisque nous sommes dans la Baltique: sur Liberté, Vincent Bénard célèbre, contre les pisse-froids de France Info, les bienfaits de la société de consommation en Lithuanie.

19.11.03

Bush à Londres

La visite officielle du président américain a donc débuté. Ceux qui manifestent contre sa venue font étalage d'un infantilisme politique qui m'écoeure trop pour que je le commente ici. Quelques liens pour ceux que cela intéresse: Oliver Kamm, Norman Geras, Harry's Place (et pendant que vous y êtes lisez aussi leurs autres billets, sur ce sujet ou sur d'autres).

Il est réconfortant de lire en revanche l'allocution que Bush a prononcée cet après-midi. Avec humour mais aussi avec détermination, elle prolonge, à l'usage plus spécifique du public européen et en l'ancrant dans une histoire qui devrait nous être familière, son discours du 6 novembre. Que peut-on trouver à y redire, surtout à gauche? Je ne vois vraiment pas.

Droits des couples de même sexe: le Massachusetts, 4 ans après le Vermont

En décembre 1999, la Cour suprême de l'Etat du Vermont déclarait contraire à la Constitution de cet Etat des Etats-Unis le refus d'offrir aux couples de même sexe le bénéfice de l'institution du mariage telle qu'elle existe pour les couples de sexe opposé. La Cour avait alors enjoint le parlement de l'Etat de remédier à cette discrimination, ce qu'il pouvait faire soit en ouvrant le mariage civil également aux couples de même sexe, soit en mettant sur pied, pour ces derniers, une institution analogue. C'est la voie du partenariat (civil union) qui avait été suivie, par le vote d'une loi au préambule fort explicite (il illustre fort bien, comme l'a montré Laurent le Polyscopique, qu'une approche "séparée mais égale" n'est pas dans un tel cas de la ségrégation).

Hier, c'est la Cour suprême de l'Etat du Massachusetts qui s'est déterminée. Mais, activisme judiciaire ou force de l'indignation aidant, la Cour ne s'est pas contentée de mandater le parlement. Suivant l'exemple de la Cour suprême de l'Ontario, au Canada voisin, en juin 2003, elle a décidé de substituer de sa propre autorité la notion que le mariage concerne désormais "deux personnes" et non plus "un homme et une femme".

Andrew Sullivan exulte (son titre est une citation de Martin Luther King, ai-je appris chez Roger L. Simon, où un commentateur est moins enthousiaste).

Mes autres billets sur ce sujet sont ici et .

Ces altermondialistes qui soutiennent la terreur et l'oppression

Norman Geras répercute une information de la BBC sur le groupe extrémiste italien qui récolte des fonds destinés à la lutte armée en Irak.

Johan Norberg (18.11 à 20h53, apparement il n'a pas de lien pour chaque entrée?) a une information similaire sur des leaders de l'extrême gauche suédoise: ils justifient les attaques même contre l'ONU ou le CICR, car ceux-ci "font partie" de l'occupation...

18.11.03

Mondialisation: six mythes à dégonfler

Toute la France est occupée... sauf un petit village qui résiste encore (j'ai horreur de cette image prétentieuse, mais là je n'ai pas pu résister). Parallèlement au Forum social européen qui voit l'officialité, de Chirac à Delanoë, courtiser les altermondialistes, les marginaux qui suivent Alain Madelin dans ses Cercles libéraux ont organisé à la Grande Arche un colloque sur "Les quatre vérités de la mondialisation". Toute l'info est sur Liberté, le blog de Vincent Bénard.

C'est en particulier l'occasion de disposer d'un texte synthétique en français de l'excellent Johan Norberg, un Suédois depuis quelques temps à notre blogroll. Jeune et énergique, il est un prophète efficace de l'économie de marché et de la globalisation. Dans le monde anglo-saxon, son livre In Defense of Global Capitalism (2001) a fait sensation. Je découvre qu'il est d'ailleurs traduit en français, sous le titre Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste -- dans une édition canadienne, mais on le trouve apparemment également chez Plon sous le titre Plaidoyer pour la mondialisation [tout court, capitaliste serait probablement grossier]... C'est quand même la version allemande qui a le meilleur titre, je trouve: Das kapitalische Manifest.

17.11.03

L'Autriche ou Chicago - et Calvin

Le quizz de Mises que François Brutsch vient de signaler m'apprend que je suis plus proche des garçons de Chicago que des aristocrates autrichiens. Dans mon ignorance, entretenue par la grande presse, je croyais que c'étaient les premiers qui incarnaient la théorie et la pratique de ce qu'on appelle le néolibéralisme.

La position autrichienne récuse toute assimilation de l'économie aux sciences dures. Elle se fonde en effet sur la liberté, sur l'imprédictibilité des comportements humains, des événements en général. Elle apparaît comme l'opposé du totalitarisme. Et pourtant. D'elle aussi émane une froideur, une insensibilité, celles de la logique implacable, celle l'évidence géométrique irréfutables.

La lecture de Friedrich von Hayek (autrichien ET émigré à Chicago) sur la justice sociale (pour lui, un concept impossible), à l'époque où j'étudiais la théologie, m'avait fait la même impression que Calvin à propos de la prédestination. J'avais trouvé fascinant l'exposé de cette doctrine, qui expliquait tout, en suivant une logique irréfutable (à mes yeux). Dans un deuxième temps, il m'est apparu que l'amour du système risquait de surpasser l'amour divin et ne pouvait être human friendly. (Luther l'avait mieux compris que Calvin - qui de son côté a fait mieux dans d'autres domaines. Rappelons quand même que la doctrine de la prédestination avait tout son sens dans le débat sur l'immédiateté de la relation entre l'homme et Dieu.)

Pour en revenir à Hayek, en le lisant, j'ai d'abord éprouvé une grande jouissance intellectuelle, philosophique, métaphysique. L'impression d'avoir accès à un point de vue sur l'ordonnance ultime du monde. Impression suivie d'un profond malaise. Hayek en sait trop, en dit trop, il a le point de vue de Dieu. Sa bienveillance pour l'humanité est au mieux condescendante.

A noter que ceci a été écrit sous l'effet du visionnement du dernier épisode de Matrix Revolutions - qui est aussi une mise à nu de la logique implacable qui régit le monde, la logique des machines créées par l'homme. Avis aux théoriciens ès choses humaines.

16.11.03

Une doctrine sécuritaire héroïquement sacrificielle (quizz)

Voici une dépêche toute en sobriété neutre de l'Agence Télégraphique Suisse relayée par les quotidiens d'hier. Elle fera l'objet d'un quizz, comme c'est la tendance (une seule question toutefois).

"Une partie du centre ville de Berne est interdite aux militaires. Par cette mesure, l'armée veut protéger les soldats en cours de répétition ou en service long. Depuis deux ans, le nombre de militaires aggressés par des civils a en effet augmenté. Les attaques deviennent même régulières, a indiqué le porte-parole de l'Etat-major général. Berne n'est pas la seule ville concernée. 'Lundi passé, un militaire a été agressé par des skinheads en gare de Lausanne', a-t-il ajouté. La zone interdite se situe entre la gare de Berne et le centre culturel de la Reitschule. Il est habituel que le commandant de l'unité désigne un périmètre d'exclusion. C'était même la règle jusqu'en 1995. Le périmètre d'exclusion ne restreint en rien la liberté du soldat, a-t-il ajouté. La mesure est raisonnable même si elle ne permet d'éviter que deux ou trois incidents. Le problème vient de la tenue des militaires, suppose le porte-parole".

Que faut-il en conclure ?

A - La Suisse est un pays au fascisme démocratiquement assumé : elle réussit en effet à imposer aux citoyens chargés de défendre ses libertés une restriction humiliante (quoi qu'en dise le porte-parole de l'EMG) à leur liberté de déplacement.

B - La Suisse est un pays qui applique jusque dans leurs dernières conséquences les principes pacifistes sur lesquels elle se fonde.

C - La Suisse est avant tout championne en matière d'un pragmatisme que le ridicule ne tue pas.

D - Le respect - avec crainte et tremblements - des citoyens qui vomissent l'Etat de droit est l'honneur d'une démocratie basée sur le respect de toutes les convictions.

E - Le maintien de la tranquillité publique (qui ne se confond pas avec les idéaux pacifistes) prescrit d'éviter tout conflit.

F- Démonstration est faite (notamment aux conservateurs) que pour la Suisse, la sécurité de ses citoyens et la défense de leur liberté ne reposent pas sur l'armée (mais sur le maintien d'un autre genre d'institution comme le secret bancaire).

Réponses enregistrables dans les commentaires.

14.11.03

Quel-le économiste êtes-vous?

Un autre quizz politique, plus spécifique que Political Compass ou (pour les Suisses seulement) Smartvote, signalé par Ase's Corner: celui du Ludwig von Mises Institute.

Dans la meilleure tradition du marketing qui instruit en distrayant, il s'agit de vulgariser les différences entre quatre écoles de pensée économique (en valorisant manifestement la première):
- l'école libertarienne "autrichienne" (von Mises),
- le néo-libéralisme de l'école de Chicago (Friedmann),
- l'école progressiste (Keynes),
- l'école marxiste.

COMPLEMENT DU 18.11.03: Outre le commentaire ébouriffant de Guillaume Barry dans ce blog, Laurent le Polyscopique propose également son analyse.

13.11.03

Amendement constitutionnel sur le mariage (gay) aux USA

Le débat sur l'amendement à la Constitution fédérale américaine destiné à à lutter contre le "mariage gay" tourne à la farce: aux dernières nouvelles (ici et ) il permettrait de donner un statut juridique à toute forme de communauté de vie entre différentes personnes, dans l'effort désespéré d'éviter que le mariage civil lui-même soit ouvert aux couples de même sexe (en plus des couples de sexe opposé), ou qu'un statut parallèle au mariage soit établi spécifiquement pour les couples de même sexe (partenariat, civil union en anglais).

Voilà qui me ramène à un plaisant week-end de réflexion qui s'était tenu à Soleure au début des années 90. Des orateurs avaient défendu trois options: l'ouverture du mariage civil aux couples de même sexe, un statut de partenariat pour les couples de même sexe et un statut pour toutes les formes de communauté de vie. Je me souviens d'Angelika Fankhauser, députée de la gauche du PS au parlement fédéral et présidente de l'Oeuvre suisse d'entraide ouvrière, venue nous expliquer qu'il ne fallait pas oublier les frères paysans exploitant ensemble un domaine... C'est la voie du partenariat qui a été retenue et qui est en voie d'adoption par le parlement fédéral suisse.

Pour combattre la visibilité des couples de même sexe, certains en sont donc à vouloir légaliser les communautés hippies et, surtout, à offrir aux couples de sexe opposé un statut alternatif qui ne véhicule pas une image patriarcale. Et ils croient défendre le mariage! Alors que les seuls mariages menacés par la reconnaissance de la réalité homosexuelle sont les mariages forcés ou de convenance...

12.11.03

Nouveau dilemme

Le Daily Telegraph d'aujourd'hui:

The billionaire financier George Soros yesterday announced $5 million (£3 million) more funding for groups campaigning against President George W Bush, bringing his total to $15.5 million. He said removing Mr Bush from office was "the central focus of my life" and a "matter of life and death".

Les adversaires de Bush acceptent l'argent de l'affreux spéculateur? En fait c'est moi qui suis un peu déchiré, j'appréciais le philantrope en raison de l'appui que son réseau de fondations apporte notamment à la reconstruction démocratique dans les pays de l'Est européen...

11.11.03

Velorution

Grâce à l'ami Melfrid, je découvre ce blog anglophone de cyclisme militant... Il est au blogroll.

Souveraineté métallurgique?

Dilemme pour les altermondialistes:

-- Vont-il se féliciter du jugement rendu par l'Organisation mondiale du commerce condamnant les Etats-Unis? La riposte à l'unilatéralisme américain tout puissant est en marche, un autre monde est possible!

-- Ou vont-ils se solidariser avec la politique du président Bush qui cherche à préserver les bases nationales d'une politique manufacturière indépendante, avec des arguments qui évoquent ceux des adeptes de la "souveraineté alimentaire"?

Pour ma part, je penche du côté libre-échangiste, mais ma religion connaît des phases de doute (en attendant une internalisation complète des coûts externes). Je suis sensible aux deux paraboles: celle qui ridiculise les multiples aller et retour de tomates ou de pommes de terre entre différents pays, de la production à la consommation en passant par le conditionnement; et celle qui proclame que les surtaxes sur l'acier importé en Amérique ont tué plus d'emplois dans les industries consommatrices qu'ils n'en ont préservés dans la production.

10.11.03

De l'inconvénient de ne plus être bête, puissant et dangereux

Il semblerait que le discours de Bush sur lequel François Brutsch s'enthousiasmait (voir ici et ) soit passé inaperçu des principaux journaux suisses romands - ce qui ne laisse pas d'émouvoir my fellow blogger, qui vient de nous le dire en recourant à un euphémisme. Il faut reconnaître que l'actualité électorale fédérale prend une tournure à la fois inédite et non dénuée de suspens - en tout cas jusqu'à l'élection de notre Exécutif, le Conseil Fédéral.

Il n'en reste pas moins que nos quotidiens, qu'ils soient milieu de gamme ou de référence, ont déjà publié des discours présidentiels beaucoup moins sexy et nettement plus casse-pieds que celui de Bush. S'agirait-il d'un parti pris idéologique de leur part ? Mais, dans le (plus ou moins) bon vieux temps, on lisait avec d'autant plus d'acharnement la prose des adversaires idéologiques pour mieux la déconstruire. Alors quoi ?

La conclusion suivante s'impose : aux yeux de nos politologues maison, donneurs de leçons de démocratie et d'ouverture au monde, haïsseurs de l'arrogance mais à qui on ne la fait plus, Bush a cessé d'être un homme puissant et dangereux - s'il l'a jamais été. Il est déjà un looser dont on n'a plus à tenir compte. Lorsque la suite des événements nous contredira, on fera comme nos prédécesseurs qui se sont arrangés pour n'être juste pas les derniers à dénoncer l'horreur rouge (famine en Géorgie, Goulag, Pol Pot, révolution culturelle). Et si nécessaire, on recourra à l'autoflagellation (appliquée aux autres de préférence) qu'on se fera un devoir de dénoncer, et puis on fera des cahiers et des dossiers et des films sur l'antiaméricanisme des années 2000...

Lâchez les lui...

J'en ai eu la confirmation aujourd'hui: j'avais deviné tout juste les dessous de l'affaire concernant le prince Charles et un de ses anciens serviteurs dont les médias britanniques [pardon: d'Angleterre et du Pays de Galles, de sorte qu'en Ecosse c'est déjà sorti] ont, par décision de justice, interdiction de parler. Car tous les détails étaient en accès gratuit aujourd'hui sur le site du Temps (oui, le principal quotidien suisse de langue française, qui n'a pas encore eu le loisir d'informer ses lecteurs du discours fondamental du président Bush, jeudi passé), car il ne s'estime pas lié par cette injonction quand bien même l'article est signé de son correspondant à Londres...

Comment j'avais deviné? Je suis affligé d'un esprit qui retient, bien involontairement, les détails croustillants, et qui fait les connexions entre des anecdotes qui ne sont pas directement liées mais concernent les mêmes personnes. Et si la presse britannique ne peut pas révéler l'affaire complète, elle ne se prive pas d'alimenter le puzzle (même le conservateur et royaliste Daily Telegraph -- car non, je ne lis pas le News of the World dont j'ai vu hier, au supermarché, que la manchette était barrée d'un titre énorme: "Charles est-il bisexuel?").

Les gays, longtemps minorité opprimée, sont portés à se réconforter en se prévalant de listes, parfois fortement exagérées, de personnalités partageant la même caractéristique (moi qui présente de surcroît une malformation congénitale rare, j'ai pu observer le même phénomène dans un groupe de discussion y relatif: nous avons été informés avec une certaine fierté satisfaite que Toutankhamon lui-même en était...). Mais jusqu'à maintenant, le gay de service dans la famille royale était traditionnellement Edward, sur Charles ne circulaient que des histoires de jeunesse comme en connaissent apparemment tous les Britanniques qui passent leur scolarité en internat. Et la famille royale en a vu d'autres, d'Andrew à qui on prête un père qui n'est pas le prince Philip à ce dernier réputé avoir fait assassiner Diana et Dodi...

Evidemment, je ne vois pas ce qu'une éventuelle homosexualité de Charles pourrait avoir de péjoratif! Mais s'il y a quelqu'un pour qui le soupçon comble au ridicule, c'est bien Charles, qui me paraît avoir déjà payé chèrement le droit d'afficher son hétérosexualité -- avec Camilla. Et rappelons à ceux qui ont oublié le "Camillagate" (l'affaire des transcriptions de conversations sur téléphone portable attribuées aux deux amants) qu'il rêvait d'être son Tampax...

Intox que tout cela, pour mieux le couvrir? J'entends déjà les adeptes de la théorie du complot. Allons donc! Si Charles était gay ou bi, il serait toujours avec Diana: elle aurait adoré, c'est si cool.

8.11.03

Si vous avez aimé Smartvote...

... vous adorerez The Political Compass (c'est en anglais).

Il s'agit d'un test interactif qui permet de déterminer votre positionnement politique d'une part sur une dimension économique (droite / gauche) et d'autre part sur une dimension sociale (autoritaire / libertaire). Et le site est très bien fait, avec plein de compléments intéressants (lien trouvé sur British Politics).

Sur Bush

Même mon co-blogger, Guillaume Barry, s'inquiète:

"Ton enthousiasme pour le discours de Bush (qui semble largement inspiré par les néocons - et ce n'est pas une critique) ne sera-t-il pas tempéré par sa semaine de protection du mariage?

J'admire ta capacité à ne pas avoir d'états d'âme au nom de l'intérêt supérieur (liberté et démocratie). Théoriquement, c'est bien sûr aussi l'attitude que je prône. Mais je ne peux m'empêcher de me rappeler une discussion avec une camarade de mon âge
gay friendly mais d'abord sinophile qui estimait qu'en Chine, l'intérêt supérieur de tout un peuple passait par une morale collective et non plus individualiste, et que les homos devraient en prendre leur parti..."

Ma défense: c'est quand même uniquement sur sa réponse au 11 septembre 2001 que j'approuve Bush! Pas sur sa politique économique, pas sur sa politique sociale, pas sur sa politique environnementale, pas sur le mariage ou l'avortement... Il me semble que c'est aussi ce que je sous-entends en déplorant la nullité des Démocrates (et en me référant à deux reprises à Clinton).

Bush est aujourd'hui la seule garantie d'une bonne politique étrangère américaine; à l'inverse, sur les autres dossiers sensibles, il ne me paraît pas en mesure de faire tant de mal (pas autant en tout cas que les Démocrates en feraient à sa politique étrangère): par exemple, l'amendement constitutionnel sur le mariage n'a aucune chance, politiquement, quelle que soit l'émotion qu'il suscite légitimement. Mais surtout, on reste dans un contexte démocratique, alors que l'argument "chinois" consiste à justifier la dictature au nom d'un hypothétique bénéfice supérieur, ce que j'espère ne jamais faire.

Johann Hari a une chronique roborative à ce sujet: The war is just but Bush is awful (quand bien même sa critique me semble excessive sur certains points...).

7.11.03

Un nouveau discours remarquable de Bush

J'avais déjà été favorablement impressionné lors du discours de Bush à l'Assemblée générale de l'ONU le 12 septembre 2002. Faute de blog, j'en avais recommandé la lecture intégrale à des amis par courriel, en ajoutant: c'est du Clinton, ou du Blair (et sans la fièvre évangélique).

Le discours prononcé hier jeudi est de la même eau: complet, nuancé, convaincant, il tourne la page de 60 ans d'accomodement avec les dictatures dans l'idée fallacieuse d'assurer la tranquillité de l'Occident et confirme un effort conséquent ("des dizaines d'années") pour soutenir l'idée démocratique en Irak, au Proche-Orient et ailleurs. Il n'y a guère que l'absence d'allusion à l'environnement et au développement durable qui signale une différence avec ce qu'aurait pu dire un Clinton; mais la liberté syndicale, par exemple, est citée à deux reprises par ce président républicain. Et malheureusement je ne vois pas lequel des candidats à l'investiture démocrate serait capable d'une telle vision.

La transcription que publie la Maison Blanche est impitoyable, du lapsus (Amérique centrale pour Europe centrale) à la maladresse dans l'élocution. Mais c'est un vrai texte de référence, internationaliste et progressiste, qui ne peut que qu'enrager la droite isolationniste et mettre mal à l'aise la gauche contre l'intervention en Irak (voire même, pour certains, en Afghanistan).

COMPLEMENT DU 8.11.03: Incroyable! Le Temps (successeur du Journal de Genève et Gazette de Lausanne, unique "quotidien de référence" suisse en langue française) ne mentionne pas non plus dans son édition de ce samedi le discours fondamental qui expose la doctrine Bush! Je m'étais retenu de critiquer cette omission déjà dans l'édition de vendredi, mais là c'est une faute professionnelle grave avant même d'être du parti-pris anti-américain. C'est l'exemple extrême d'une attitude qui paraît générale: la presse européenne ne voit simplement pas le puck. Mon quotidien londonien, le Daily Telegraph, pourtant conservateur et "bushiste", n'a consacré vendredi qu'un simple compte-rendu au discours de Bush, comme la Neue Zürcher Zeitung ou Le Monde. Instapundit a d'autres liens à ce sujet.

COMPLEMENT DU 13.11.03: Le Temps publie (enfin) de larges extraits du discours de Bush, traduits en français (lien gratuit seulement aujourd'hui). On peut s'étonner de la présentation, qui place un discours stratégique à long terme dans une perspective tactique à court terme, ou regretter que les passages doctrinaux les plus éloquents n'aient pas été repris, mais enfin on ne va pas chipoter...

6.11.03

Partenariat pour les couples de même sexe et votation populaire

Dans la série d'élections et de votations qui ont eu lieu aux Etats-Unis mardi, il en est deux qui sont saluées comme historiques par la communauté gay: l'élection du maire de Palm Springs, Californie, et l'adoption d'un statut de partenariat (domestic partner registry, ça doit être une sorte de PACS) à Cleveland Heights, Ohio (est-ce à dire qu'il ne s'agit que d'un quartier chic de Cleveland?). Et de souligner que, si une telle institution existe dans une soixantaine de localités américaines, c'est la première fois qu'elle résulte d'une initiative populaire.

Aux Etats-Unis, sans doute. Mais un tel vote a déjà eu lieu en Suisse, en septembre 2002 dans le canton de Zurich (le plus peuplé, un cinquième du pays). Ce n'était certes pas à la suite d'une initiative populaire, mais d'une demande de référendum lancée par des fondamentalistes opposés au statut de partenariat pour les couples de même sexe adopté par le parlement cantonal; et le peuple a confirmé la loi avec 62,5% des voix, témoignant que les préjugés homophobes ne font plus recette... C'est de bon augure pour la votation que la Suisse aura prochainement sur un statut national de partenariat pour les couples de gays et de lesbiennes (qui ne sera, lui, pas seulement symbolique comme ces aimables registres).

5.11.03

Encore la judéophobie

Terrifiant sondage européen qui fait d'Israël le premier et des Etats-Unis le quatrième pays représentant une menace pour la paix dans le monde... Même s'il faut faire la part de la bizarrerie de la question et du caractère irréfléchi de la réponse, il s'inscrit dans un contexte bien documenté. Je ne suis pas encore vraiment remis d'une discussion l'an dernier avec une amie très chère, de la génération avant la mienne (qui a donc connu la guerre), grande bourgeoise de la gauche cosmopolite, et qui après le 11 septembre 2001 était indignée de l'admiration satisfaite éprouvée par une autre amie gauchiste; viscéralement pro-palestinienne, elle a soudain lancé: "Et puis il y a trop de Juifs partout!".

Sur cette inexplicable et irrationnelle haine des Juifs, Norman Geras signale un texte de Nathan Chtcharanski. Le nom provoque toujours chez moi un pincement sentimental: de la fin des années 70 au début des années 90, je participais à Genève à un Comité de solidarité socialiste avec les opposants des pays de l'Est (réunissant des sociaux-démocrates, des troskystes et d'autres anticommunistes de gauche), et la libération de ce dissident soviétique a été l'une de nos grandes causes. Depuis il a émigré en Israël, est devenu ministre de Sharon. Son long texte, riche, dense et subtil (en anglais), est en effet éclairant même s'il n'apporte malheureusement pas d'antidote. Et sur la fin il rejoint brièvement une intuition que je voudrais depuis longtemps avoir le talent de développer: l'antiaméricanisme comme forme acceptable de l'antisémitisme (avant que celui-ci paraisse hélas le redevenir!).

4.11.03

Etre tendance dans l'infanterie U.S. en Irak

Toujours pas en mesure d'écrire un vrai billet. Ai seulement eu le temps de découvrir, via Andrew Sullivan, Just another soldier, le blog de Jason, un soldat US qui se prépare à partir en Irak. Aller au 22 octobre (les liens d'archives ne fonctionnent pas très bien) qui est une illustration de ce que Jason appelle en conclusion "les courants homophobiquement homoérotiques dans l'infanterie". Selon un commentateur, toute cette joyeuse équipe pourrait être rangée dans la nouvelle catégorie à la mode des métrosexuels, c'est-à-dire ces hétéros (urbains forcément urbains) qui revendiquent certains aspects de la culture gay et que cela ne dérange pas d'être pris pour des homos. Jason n'a aucun problème à se faire traiter de gay du fait de ses goûts musicaux et "pour de nombreuses autres raisons stupides, comme d'avoir l'air plus jeune que je ne le suis, de croiser les jambes en étant assis, d'être éduqué, d'avoir un sens pour le style et, généralement d'être beaucoup plus en phase avec mon anima que le soldat d'infanterie moyen".

Sinon, en date du 3 novembre, description et photo de ce que j'appellerai un bizutage light, c'est-à-dire gentil.

Certes, ce Jason n'est certainement pas représentatif de TOUS les soldats américains, mais face aux stéréotypes auxquels trop d'Européens adhèrent sans réfléchir, il me fait du bien.

3.11.03

Plaisir du lundi: la chronique d'Eric Le Boucher

L'avantage du Monde, c'est qu'il est assez complet; mais quand même passablement prévisible pour ne pas dire conformiste, voire agaçant. Il y a une exception "maison" à la pensée unique dominante: la Chronique de l'économie d'Eric Le Boucher, à la dernière page du numéro du dimanche-lundi. C'est chaque fois un havre de raison et d'ouverture, original et bien ciselé.

La précédente vantait la politique de l'emploi de Tony Blair... et la dernière s'intitule Pourquoi la gauche n'est-elle plus internationaliste? A partir d'un livre de Suzanne Berger, professeur au Massachusetts Institute of Technology, publié au Seuil, Notre première mondialisation (celle qui a eu lieu entre 1870 et 1914), Le Boucher s'interroge:

"Pour les mouvements ouvriers d'il y a un siècle, le phénomène est positif: l'ouverture des frontières aux hommes, aux capitaux et aux marchandises est un puissant ressort de solidarité internationale. Aujourd'hui, c'est l'inverse. Pour tous les syndicats ouvriers, pour l'ensemble des partis de gauche (et pour une part importante des partis de droite), la mondialisation est un danger pour les emplois, une menace pour le niveau de vie et, au-delà, une remise en question du rôle de la politique, c'est-à-dire de la démocratie elle-même.

(...)

Pourquoi la gauche a-t-elle changé de camp et abandonné la solidarité internationale? Pourquoi est-elle devenue craintive devant l'ouverture des frontières? L'auteur donne trois réponses. D'abord, écrit-elle, parce que le communisme soviétique a détourné l'internationalisme à son profit et l'a ainsi décrédibilisé. Ensuite, parce que, sous l'influence des associations catholiques, la défense du prolétariat a basculé vers celle des défavorisés de France et de l'étranger. Glissement de l'universel au paroissial: les sans-papiers. Enfin, et surtout, parce que s'est établie la croyance que le progrès social ne peut se réaliser qu'à l'abri des frontières nationales. Au XIXe siècle, Ricardo et Marx étaient d'accord: l'ouverture est source de progrès. Ce n'est plus le cas aujourd'hui."


Suit une critique de gauche du mouvement altermondialiste... de quoi donner envie de lire ce livre!

Mgr Robinson

Ouf, il n'a pas craqué! Gene Robinson a bien été consacré évêque du New Hampshire avec toute la pompe qui sied à l'Eglise épiscopalienne, branche américaine de la communion anglicane aux rites très similaires à ceux de l'Eglise catholique romaine.

Il n'est pas le premier dignitaire religieux gay; seulement le premier à pouvoir l'assumer sans se cacher (quitte à devoir affronter des manifestants brandissant des pancartes: "Dieu hait les pédés" -- on les voyait aussi à l'enterrement il y a cinq ans de Matthew Shepard, un Américain de 21 ans qui avait fait une partie de ses études en Suisse, au Tessin, torturé à mort dans le Wyoming).

C'est déjà le New Hampshire qui, il y a 30 ans, a ouvert la voie à l'ordination de femmes que seule une minorité conteste encore aujourd'hui dans l'Eglise anglicane.

1.11.03

Irak: le vrai point de vue impérialiste

A ceux qui régurgitent sans peine les clichés sur les raisons de l'intervention internationale en Irak (le pétrole, l'impérialisme américain, piller le patrimoine des Irakiens...), je suis heureux de pouvoir présenter ce qui est la vraie thèse impérialiste: elle est développée dans ce commentaire du 31 octobre publié par le Cato Institute, un important think tank libertarien aux Etats-Unis.

Le titre est explicite: Comment sortir d'Irak, laisser tomber les néo-conservateurs et assurer la réélection (de Bush).

L'auteur, Leon T. Hadar, ridiculise le dessein de remplacer Saddam par un gouvernement démocratique: l'Irak et les pays arabes y seraient inaptes, tout juste au niveau de l'Italie du 19e siècle. Et de toute façon ce ne serait pas dans l'intérêt de l'Amérique, car seul un extrémiste chiite l'emporterait. Pour lui, l'intérêt de l'Amérique est exclusivement: un régime qui ne s'allie pas aux terroristes, et qui renonce à tout tentative de développer des armes de destruction massive.

Sa solution: soit un pouvoir autoritaire fort à Bagdad, soit une partition du pays, avec un protectorat américano-turc sur la partie kurde, une présence militaire arabo-européenne en pays sunnite et une autorité mandatée par les Nations Unies sur l'Irak chiite (sur le modèle de l'ex-Yougoslavie).

De quoi faire plaisir à tout le monde: on rapatrie les boys et on donne du pouvoir à l'ONU, voire à la France...

Une vision cynique (mais franche, sans l'hypocrisie à la de Villepin) qui a au moins le mérite, par comparaison, de montrer comment Bush, élu isolationniste et unilatéraliste, s'est transformé après le 11 septembre 2001 en internationaliste multilatéraliste, comprenant que le terrorisme a comme adversaire la démocratie, qui est aussi son antidote; c'est pourquoi je désespère des réticences à gauche à l'égard de l'Irak...

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