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17.2.04

Genève y en pas lui être donnée

C'est la nouvelle du jour : l'humoriste Dieudonné a été interdit de spectacle à Genève par Patrice Mugny, le conseiller administratif en charge de la culture (ancien Président des Verts et ancien député des mêmes au Conseil national).

A vrai dire, je ne sais trop qu'en penser. Si j'avais l'esprit mal tourné, je soupçonnerais Patrice Mugny d'être atteint du syndrôme revivaliste à la recherche d'un nouvel esprit de Genève, inauguré avec plus ou moins de succès par la Conseillère fédérale (genevoise) Micheline Calmy-Rey. Cela peut être un bon coup. Après les exploits de l'anti-G-Huitisme accueilli avec force drapeaux PACE par une certaine gauche, Genève pourrait continuer de rêver à retrouver son rôle et son rang de capitale de la paix, de la tolérance... sous la forme de la bien-pensance.

Difficile toutefois de défendre les propos de Dieudonné, qui semble avoir avoir opté pour la stratégie (désespérée ?) du non-retour dans la provocation insupportable. Là où par exemple Patrice Mugny était vraiment crédible (ce soir, en direct au journal télévisé), c'est quand il affirmait à la fois sa critique la plus vive de la politique d'Israël, d'ailleurs même avant Sharon, et son refus absolu d'assimiler cette politique qu'il réprouve au nazisme. Et sa volonté de faire appliquer les dispositions légales en la matière (interdiction des propos racistes, antisémites etc.)

Une chose plaide en la faveur de Dieudonné. Une seule chose: c'est qu'il est extrêmement craquant à mes yeux, en particulier dans le film "Le Derrière" de Valérie Lemercier, un film excessivement décrié, où il joue l'amant d'un proctologue incarné par l'excellent Claude Rich. (Lire ici que Hedra a plus aimé que Matt.) Et craquant, il continue de l'être quand on se bouche les oreilles.

Sur le personnage en général, lire aussi cet article de l'Express du 19 janvier 2004 à la fois sobre et fouillé.

Précision du 18.02.04 à 08 h : Dans un direct avec les auditeurs de la Radio Suisse Romande (dont la majorité désapprouve la décision), Patrice Mugny, a souligné que c'est la location d'une salle appartenant à la Ville qui a été refusée. S'il s'était agi d'un salle privée comme celle d'un hôtel, il n'aurait eu rien à faire du moins préventivement et on aurait jugé après coup les propos effectivement tenus. Vu sous cet angle, je suis moins gêné par ces mesures préventives prises par l'Etat dans son souci de protéger certaines catégories de la population (handicapés, croyants, etc. - gais y compris) contre un humour insultant voire diffamant. Mais quoi qu'il en soit, cela restera toujours de la censure, un instrument légal à utiliser avec la plus grande parcimonie.

Derniers développements au 19.02.04. Dieudonné et Mugny se sont téléphoné et ont trouvé un accord, aux termes duquel, notamment, Dieudonné dans une lettre adressée aux Genevois et publiée dans la presse, condamne l'antisémitisme et regrette que ses propos pris hors contexte aient pu blesser certains. En retour, l'interdiction de spectacle est levée.

Citation du philosophe Alain Finkielkraut dans Libération du 21.02.04.«Je reproche avec véhémence et douloureusement à ceux, je ne sais pas qui c'est, qui ont lancé les menaces (contre son spectacle à l'Olympia, ndlr), d'avoir fait à Dieudonné un cadeau inestimable : ils l'ont transformé en martyr des droits de l'homme.»



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