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30.7.04

Où était DSK

Dans l'incapacité absolue jusqu'au 15 août d'adapter son blog (ou de donner des instructions aux petites mains qui l'assistent dans cette tâche) pour tenir compte d'un développement inattendu de l'actualité: où pouvait bien être Dominique Strauss-Kahn?

En réanimation après un accident cardiaque? Sous le scalpel d'un chirurgien esthétique? S'adonnant dans un ashram à cette inclination pour le jeûne et la contemplation méditative qu'il était vaillamment parvenu à dissimuler jusqu'alors?

Il était bien à des années-lumière du téléphone, de l'Internet et de la politique en général: à la Convention démocrate de Boston pour l'intronisation de John Kerry (selon Le Canard enchaîné lu dans l'avion du retour à Londres).

29.7.04

Un Téléjournal ordinaire

De passage chez ma mère, j'ai regardé hier avec elle le journal du soir de la Télévision Suisse Romande. Cela m'a confirmé dans l'hygiène mentale consistant à éviter autant que possible ce genre d'épreuve.

Séquence Irak: images de l'épouvantable attentat qui a tué 68 jeunes Irakiens qui voulaient s'engager dans la nouvelle police démocratique.

Darius Rochebin assure la transition avec le sujet suivant: "L'armée américaine [dont il n'a pas été question précédemment; mais visiblement les Irakiens ne comptent pas] rencontre aussi des problèmes en Afghanistan."

Séquence Afghanistan: la décision de Médecins sans frontières de quitter le pays, avec des images de ses collaborateurs tués par les Talibans et une porte-parole expliquant que c'est la faute... des Américains car, déplorablement, les militaires [de l'OTAN, y compris des Allemands et des Espagnols] jouent aussi un rôle dans l'aide et la reconstruction. Suggestion que la situation est aujourd'hui pire qu'avant l'intervention [pour un autre éclairage, voir la nouvelle compilation des bonnes nouvelles d'Afghanistan de l'indispensable Arthur Chrenkoff.]

En studio, dialogue sur le même thème entre Rochebin et un journaliste spécialiste du pays, Serge Michel. L'idée que la guerre à outrance est une arme usuelle des totalitarismes, de Trotsky aux Talibans en passant par Hitler, ne les effleure pas. Pas non plus la moindre condescendance paternaliste, voire raciste, dans l'excuse prêtée aux auteurs de ces crimes de guerre (dont le but est ainsi doublement atteint, pratiquement et idéologiquement) que "les Américains" créeraient une confusion empêchant de distinguer entre militaires et civils...

Billet réalisé entièrement sur mon organiseur de poche Palm Tréo 600 (commencé à l'arrêt du tram, achevé sur les marches du Musée de l'Ariana) grâce à Vagablog pour l'édition et la publication et Plucker pour la possibilité de lire hors connection  et de citer mes blogs favoris.

26.7.04

Les contes et légendes du Temps:
l'envol des Saoudiens après le 9/11

Voici le courriel que j'ai adressé ce midi au quotidien de référence suisse de langue française (notre New York Times, Le Monde, BBC - Guardian - The Independant, pour le meilleur et pour le pire), dans la forme publiée dans son courrier des lecteurs mercredi 28 juillet. Un "ramonage" développé (avec les citations pertinentes etc.) figure ici.

Titillé vraisemblablement par l'escale genevoise, Le Temps de samedi ne peut s'empêcher de revenir sur l'évacuation douteuse d'une nomenklatura proche d'Oussama Ben Laden, avec l'appui du régime Bush. Mais là où Michael Moore lui-même ne pèche que par omission, parlant vaguement de vols "après le 13 septembre", Le Temps affirme: "L'évacuation commence le 13 septembre, alors que l'interdiction des vols civils est encore en vigueur aux Etats-Unis". C'est évidemment jouer sur les mots si par là vous visez des préparatifs...

Le rapport de la commission 9/11 du Congrès américain est bien plus affirmatif dans son démenti que vous ne le suggérez: c'est en page 329-30, toute personne lisant l'anglais peut le lire sur l'Internet. Aucun vol n'a eu lieu avant la réouverture de l'espace aérien, le matin du 13 septembre (et la genèse de la rumeur infondée d'un vol antérieur est explicitée dans la note 25). La commission n'a décelé aucune intervention politique favorisant les vols en question (ironiquement, le plus haut placé qui a été consulté et n'a rien trouvé à y redire est Richard Clarke, traité en héros par Le Temps depuis qu'il a démissionné et dénonce Bush dans un livre à succès). Tous les noms ont été contrôlés par le FBI, qui a effectivement interrogé les personnes qui l'intéressaient (note 28) contrairement à ce que vous écrivez. Les deux dernières phrases du rapport sur ce point sont les plus intéressantes: ni le FBI, ni la commission elle-même n'ont depuis lors trouvé le moindre élément remettant en cause le fait que ces personnes n'avaient rien à voir avec les événements, quoi qu'en pensent les esprits soupçonneux que vous citez.

On a coutume de dire qu'en temps de guerre la vérité est la première victime. Ici est-ce la commission 9/11 unanime qui ment?

MIS A JOUR le 1er août.

25.7.04

Le Matin se penche sur l'antiaméricanisme suisse

Le Matin, notre journal de boulevard régional, notre tabloïd à nous, est capable du pire, mais aussi du meilleur. Dans sa dernière édition dominicale, il entend se pencher sur l'antiaméricanisme suisse, donnant la parole à trois "connaisseurs" . Qui nous valent pour une fois quelques propos lucides et sensés en la matière. Oh, on n'y décoche pas des traits acérés et inédits. De plus, le format de ce genre de publication se doit d'être réduit - alors que, pour cette fois, on en aurait redemandé.

Les vaillants priders ont testé Flickr pour vous

Il y a 15 jours, Guillaume Barry (dr) était surpris en train de défiler pour la Pride de Genève dont le mot d'ordre était Alerte rose sur la ville.
P7100141
Originally uploaded by Guillaume Barry.




24.7.04

Le leçon des épouses de Stepford

L'honneur de notre civilisation ne tient-il pas dans sa capacité à dénoncer elle-même son imperfection ? Et ce, quitte à le faire avec la plus grande des mauvaises fois ou des malhonnêtetés intellectuelles. Ceci dit, on peut aussi être féroce à l'égard du système tout en étant drôle, léger et surtout inventif. Entre Fahrenheit 9/11 et La Passion du Christ (que je n'ai vus ni l'un ni l'autre - appréciez ma mauvaise foi et ma malhonnêteté intellectuelle), il y a heureusement d'autres voies. Comme celle que prend Frank Oz dans Et l'homme créa la femme - titre original The Stepford Wives. Difficile d'en parler sans trahir le pot aux roses. Disons que les rapports femmes - hommes y sont développés d'une façon caricaturale qui en devient cathartique, et même les gais en prennent pour leur grade. Et que le tout régi par une utopie de perfection domestique qu'on a très arbitrairement fait remonter aux années 50 (et dont l'équivalent suisse serait peut-être le nain-de-jardin-isme qui a fini par devenir intemporel). Par ailleurs, les fans de Nicole Kidman et de Glenn Close ne seront pas déçus. Loin s'en faut.

Objets

Je ne crois pas être profondément matérialiste, excessivement attaché aux biens de ce monde (j'ai de la peine avec les personnes qui listent "shopping" au nombre de leurs hobbies!), et je suis porté sur le recyclage et la durabilité d'une manière parfois irritante pour mes proches... mais c'est vrai que je suis assez attiré par certains objets (que d'aucuns appelleraient facilement gadgets, de manière dépréciative). J'ai déjà parlé ici de mon Tréo 600; en fait pendant des années j'avais conservé mon Palm Pilot, que je me promettais de ne remplacer que lorsque le nouveau modèle intègrerait un téléphone (ça m'a d'emblée semblé évident comme évolution). Ca ne venait pas, et j'ai fini par craquer pour un Palm Vx auquel je pouvais adjoindre un accessoire faisant téléphone; ça marchait, mais pas très bien. J'ai remplacé cet attelage par un Tréo 180 et n'utiliserait certainement toujours que cela si je n'avais reçu le Tréo 600 en cadeau...

Mais ça peut aussi être un accessoire bon marché purement utilitaire, comme le rétroviseur qui se fixe sur une branche des lunettes que j'utilise à vélo: c'est parfait, je vois tout ce qui se passe derrière et à côté de moi, un léger mouvement de la tête suffit à balayer le champ. Celui que j'utilise présentement, le bien nommé Third Eye, m'a été ramené par un ami qui était en congé sabbatique aux US; comme il vient d'achever un congé sabbatique à Londres, j'en déduis que ça doit faire 7 ans...

Il commençait d'avoir besoin d'être remplacé, les joints en caoutchouc qui appuient contre la branche des lunettes étant sérieusement abîmés. Ne trouvant pas d'équivalent en magasin j'ai voulu le commander en ligne (13 dollars), ce qui est possible en dehors des USA et du Canada mais désuètement compliqué... Or l'entreprise offre une prestation que l'on croirait effectivement disparue de nos jours: contre 1 dollar et une envelopppe affranchie et adressée (aux Etats-Unis), elle envoie des joints en caoutchouc de remplacement. Un coup de fil à ma soeur qui vit en Caroline du Nord et je viens de recevoir non pas un mais deux jeux de joints: mon rétroviseur est comme neuf et je suis bon pour 14 ans (bon, un peu moins, car je risque de ne pas étirer autant la durée de vie de ceux que je viens de mettre...).

Prochain épisode: le Brompton que je viens de commander!

23.7.04

Rapport sur le 11 septembre 2001

D'après les extraits que j'ai pu voir, ça se lit comme un polar! Le rapport de la commission indépendante sur le "9/11" créée par le Congrès américain (10 membres, 5 Républicains et 5 Démocrates, avec un effectif de quelque 80 personnes à sa disposition) fait 585 pages ou 7MB en format PDF, aussi accessible par chapitres à partir du sommaire; il existe un condensé de 35 pages (fichier PDF, 344 Ko) qui est également disponible au format HTML ici (espérons que le rapport complet pourra être mis à disposition en HTML!).

Juste deux commentaires à ce stade:

-- Celui deJeff Jarvis ici et : attention au danger de s'abîmer dans l'introspection, l'essentiel ce n'est quand même pas de chercher ce qui aurait pu être fait autrement, et de vouloir régler des comptes, mais bien l'action qui est nécessaire pour l'avenir (la sécurité préventive absolue est une dangereuse illusion); lui-même survivant du WTC, il raconte comment cela l'a transformé comme cela a transformé l'Amérique. Mais lisez-le vous-même.

-- Pour ma part, je voudrais juste souligner que les Européens défaitistes ne doivent pas s'illusionner. J'imagine qu'ils vont surtout nourrir leur complexité de supériorité avec les dysfonctionnements impitoyablement mis en lumière par le rapport. Mais on n'y trouve guère (bien au contraire!) de quoi alimenter la conception prédominante dans la "vieille Europe" que l'Amérique en fait trop, que ce n'est pas une guerre mais une opération de police à mener selon les moyens traditionnels, et qu'il ne faut surtout rien changer à nos habitudes et au droit international, plutôt continuer d'enfouir tranquillement nos petites têtes dans le sable: en bref, selon la formule attribuée ce politicien emblématique de la IVe République française, Henri Queuille: "Il n'y a pas de problème qu'une absence de solution ne finisse par résoudre".

22.7.04

Le silence probable des béances dévorantes

Le New York Times nous apprend que Stephen Hawking a reconnu une erreur dans laquelle il a persisté pendant 30 ans. A savoir que l'information relative aux objets avalés par les trous noirs n'est pas perdue. Le monde scientifique soupire d'aise, même s'il n'arrive pas à suivre Hawking dans tous ses calculs. Le principal, c'est que le principe de réversibilité du temps est sauf. Cela ne veut pas dire qu'on peut inverser le cours du temps, mais que l'on peut toujours à partir d'un événement remonter linéairement à sa cause. Alors que pendant 30 ans Stephen s'est obstiné, seul contre tous, à prétendre le contraire en matière de trous noirs, qui n'en restent pas moins fascinants, pour les scientifiques comme pour le grand public qui y comprend encore moins. Quand Pascal parlait du silence effrayant des espaces infinis, il ne se doutait pas de l'existence de ces béances dévorantes. La matière y est probablement engloutie en silence, du moment que le son (comme la lumière d'ailleurs) est avalé en même temps... Voilà de quoi nourrir les heures contemplatives qui siéent à l'été.

Blog politique: un malheureux ratage de DSK

Réagissant sans délai à l'agression antisémite dans le RER (qui plus est sur ses terres politiques), Dominique Strauss-Kahn a publié le 12 juillet un texte aussi vertueux qu'indigné sur son blog, co-signé par un autre élu socialiste du coin. Ben oui, un blog c'est fait pour ça, là ou un Emmanuelli, par exemple, doit se contenter d'une tribune dans l'hebdomadaire Marianne. Et comme toujours les commentaires ont été nombreux.

Quand le mensonge de la victime qui avait tout inventé et simulé s'est révélé (voir aussi ici, et ; ou encore ici), DSK avait au moins l'occasion, grâce à son blog, de rebondir en tirant lui-même une leçon de cette mésaventure... Malheureusement il était parti! Pire, son blog est resté à la dérive: dans les commentaires (plus de 60 jusqu'à hier), après l'affaire, puis son traitement par les médias et les politiques, ont est assez vite passé à la dérision à l'égard du blogueur absent et aux conseils entendus sur la manière de tenir un blog.

J'avoue avoir moi-même mis mon grain de sel: il y a quelques jours, je me suis étonné que DSK, même en vacances, soit à ce point injoignable; et hier, après un commentaire de "Thomas (équipe DSK)" qui demandait un peu pathétiquement, à la suite d'un autre commentaire, s'il fallait retirer purement et simplement le billet et ses commentaires, j'ai fait remarquer un peu rudement à "l'équipe DSK" qu'ils avaient largement ridiculisé leur chef de file en n'ajoutant pas d'emblée un nouveau billet intitulé "Vacances" expliquant que DSK n'était plus disponible pour commenter le développement de l'affaire, qu'il reviendrait à telle date, et qu'il ne manquerait pas alors de s'exprimer etc. Il me semble que cela aurait suffi à désamorcer la colère des militants et l'ironie perfide des adversaires.

Au lieu de quoi, aujourd'hui, la page d'accueil annonce que le blog est fermé jusqu'au 15 août (mais que les archives restent disponibles). Pour le mois de juillet, il n'y a cependant plus rien pour le 12 (une version au 16 juillet, qui était en cache chez Yahoo, se trouve ici)... Réaction tardive + action malheureuse: il y en a qui vont se faire frotter les oreilles quand DSK rentrera!

J'espère tout de même que cela ne le dissuadera pas de bloguer! Ce serait dommage.

19.7.04

"Ces malades qui nous gouvernent"

C'était le titre d'un ouvrage à succès dans le monde francophone publié en 1976, avec le journaliste Pierre Accoce, par un médecin genevois, le Dr Pierre Rentchnick. Apparemment il a connu différentes rééditions revues et augmentées, jusqu'en 1996.
 
J'y repense en découvrant, via le blog scientifico-politique d'Anthony Cox Black Triangle, un long et passionnant article de 2002 d'un auteur particulièrement bien placé: David Owen, qui était médecin avant de devenir ministre des affaires étrangères travailliste britannique (puis d'avoir une carrière politique passablement tourmentée). De Mitterrand à Mugabe, de Wilson (Harold, qui fut l'exception confirmant la règle par son retrait anticipé) à Reagan, de Tchernenko à Milosevic, il les a tous pratiqués directement...

Bonnes nouvelles d'Irak (6)

Arthur Chrenkoff poursuit avec raison l'exploitation de son judicieux filon: la compilation de ces nouvelles d'Irak qui ne trouvent pas place dans les grands médias. Mais regardez aussi le reste de son blog, il en vaut la peine!

18.7.04

Week-end Chic

Ce week-end, nous sommes allés jouer les touristes anglais sur la riviera lémanique. Chambre avec vue dans un hôtel qui se donne quelques airs Belle Epoque tout en se flattant d'avoir hébergé Freddie Mercury. Mais notre but n'était pas, d'abord, le paysage et notre nostalgie s'adressait à un autre groupe que Queen. C'était le final du Festival de Montreux où il nous importait de rendre un culte à Nile Rogers et au groupe Chic - qu'il a reconstitué. Du disco funk, a priori, donc tout ce qu'il y a de plus physique, qui en son temps avait réussi à passer, à mes oreilles, pour la musique des sphères célestes.

Du moins c'est ce qui se passait sur les disques. Là, dans l'Auditorium Stravinski, on est sur la terre - et c'est aussi bien comme ça. 90 minutes de tubes enchaînés qui culminent dans "Le Freak (c'est Chic)" et "Good Times". Le meilleur des années seventies finissantes. Les chanteuses ont bien sûr été remplacées, mais elles y croient (sans s'y croire), elles se donnent et sont d'une beauté à vous rendre hétéro. Un des effets freak de Chic, quoi!

Pression médiatique, rumeur et crédulité

Le Monde de dimanche-lundi revient avec une réflexion intéressante de Piotr Smolar sur l'affaire de l'agression antisémite (inventée) dans le RER et l'émotion qu'elle a suscitée, en mettant l'accent sur l'urgence dans laquelle vit le monde médiatique et politique, incompatible avec le temps nécessaire à une enquête: "les journalistes et les responsables politiques, eux, ne craignent rien tant que de passer à côté d'un événement, de ne pas en prendre la juste mesure" -- avec les risques de dérapage que cela comporte (voir aussi ce précédent billet).

Et ils continuent: le même numéro consacre deux colonnes, annoncées en une (curieusement, ou est-ce un remord? le site web du Monde n'en fait pas état) à la "révélation" par le Sydney Morning Herald du 17 juillet qu'Iyad Allaoui, entre sa désignation comm premier ministre et le retour de la souveraineté irakienne, aurait abattu de sa main 6 suspects, pour l'exemple et encourager les troupes, alors qu'il visitait un poste de police en compagnie du ministre de l'intérieur. Voir aussi ce qu'en dit sur place (en Australie, je veux dire) Arthur Chrenkoff.

En réalité le blogeur irakien Zeyad avait déjà parlé le 1er juillet sur Healing Irak de cette rumeur largement répandue et ridicule, absurde ("widespread and preposterous"); je n'y avais pas vu autre chose que l'expression métaphorique du ras-le-bol de l'opinion irakienne à l'égard des terroristes et délinquants et des attentes excessives à l'égard du nouvel homme fort auquel on prête des pouvoirs illimités dans les régimes autoritaires (et de ce point de vue ce n'était pas encourageant). Mais il s'est trouvé un journaliste australien pour lui donner de l'ampleur, faisant état de "témoignages" et du nom de certaines des victimes alléguées, sans pouvoir même citer la date de l'événement; et Le Monde ne demande évidemment qu'à y croire sans attendre que l'on en sache plus, quand bien même la rumeur collective est un phénomène social dont on sait devoir se méfier encore davantage que de la mythomanie individuelle...

Mise à jour du 19 juillet: la version initiale du texte ci-dessus a été corrigée et précisée.

17.7.04

Intendance

Plein de nouveautés sur Blogger, l'outil gratuit précurseur, entré depuis dans la galaxie Google, que nous utilisons ici (mais la compétition fait rage et certains sont passés à la concurrence, comme Norman Geras ou Oliver Kamm, ou menacent de le faire, comme Arthur Chrenkoff; d'autres outils sont d'ailleurs mieux adaptés au français en particulier).  

Outre le paragraphe en retrait, déjà utilisé dans le billet précédent et qui est bien pratique pour les citations, on peut désormais mettre de la couleur dans les textes et surtout intégrer des illustrations (mais il faut les héberger ailleurs, Blogger ne s'en charge pas; ça reste utile pour "citer" des photos ou dessins figurant sur d'autres sites...). Faute de mieux, je vous inflige en guise de test un paysage écossais (ici de l'île de Skye) pris avec le Tréo: nous sommes revenus des Highlands enthousiasmés.

16.7.04

Crédulité et bons sentiments

Bien sûr nous prêtons d'autant plus foi à un récit qu'il coïncide avec ce que nous pensons, que cela soit pour le redouter ou pour l'approuver: ainsi de l'agression antisémite d'une jeune femme par six jeunes gens noirs et maghrébins dans le RER de Sarcelles, tellement vraisemblable tant de tels faits sont courants.

Tout concourait à la dénonciation publique: le dégoût et la fureur par rapport à l'événement lui-même, mais aussi plus politiquement le souci de ne pas prêter le flanc à l'accusation de laxisme dans ce domaine, voire même le désir de marquer le coup pour faire prendre conscience de l'ampleur du problème. Une fois l'imposture révélée, tout le monde est perdant: non seulement bien sûr la jeune femme qui a inventé l'histoire, mais la lutte contre la judéophobie aussi, dont la réalité sera dès lors plus facilement niée par ceux-là même qui la nourrissent. Et même les "Noirs et Arabes" qui étaient les vilains désignés de l'histoire (auxquels Le Monde croit devoir adresser des excuses à la formulation à la fois contournée et excessivement large: "Nous en devons excuses aux jeunes des cités issus de l'immigration maghrébine ou africaine stigmatisés à tort") n'ont rien à gagner à être ainsi confortés dans un déni de réalité; car c'est aussi Le Monde qui rapporte, dans un reportage à Aubervilliers:

Peau chocolat, Adeline, 20 ans, en BTS action commerciale, se rend chez sa cousine pour garder sa fille. Cette histoire de RER l'a confortée dans son sentiment de résignation: "On est fiché. On est grillé. Franchement, même moi j'ai cru que c'était des Arabes et des Noirs qui avaient agressé cette fille. Je ne sais plus quoi en penser."

Sonia, adolescente ressent la même chose mais va plus loin. Près du commissariat d'Aubervilliers, elle explique, avec son léger accent "racaille", pourquoi Marie L. a accusé les "Noirs et Maghrébins". "Je comprends pourquoi les gens parlent des Arabes. La plupart des détenus dans les prisons sont des Arabes, ceux qui foutent le bordel dans les cités et en ville sont des Arabes, ceux qui braquent sont des Arabes. Je dis la vérité." Elle assène: "Et puis, c'est les Arabes qui agressent les juifs. Moi, j'ai vu mes potes le faire. Dès qu'ils voient un juif, ils lui crachent dessus sans explication. Comme ça, soi-disant parce qu'ils nous ont fait du mal il y a bien longtemps. C'est une bêtise, c'est n'importe quoi."
Je voudrais saisir l'occasion de ce climat favorable à la repentance, à l'examen de conscience et à la modération face aux emportements médiatiques pour suggérer que c'est exactement le même mécanisme qui a été à l'oeuvre dans la manière dont les insinuations de mensonges et de manipulations en vue de décider une intervention de la communauté internationale en Irak ont été reçues par le milieu médiatique bien-pensant: elles correspondaient trop à une méfiance acquise à l'égard des pouvoirs établis, aux ressorts de l'antiaméricanisme et de la culpabilisation vis-à-vis du tiers-monde pour ne pas être immédiatement prises pour argent comptant. Mais ici la démonstration de l'imposture intervient des mois plus tard, au travers de longs rapports complexes: pas d'aveu humiliant d'une femme doublement brisée, qui lève toute ambiguïté, mais Gilligan qui persiste et signe... Et pourtant il n'y en a pas eu qu'un, de ces récits mythomanes qui rencontrent une crédulité complice: que l'on se rappelle aussi les photos truquées du Daily Mirror, les photos provenant d'un site porno du Boston Globe, les extravagantes accusations à l'égard de Bush à propos de la recherche irakienne d'uranium en Afrique qui est aujourd'hui confirmée tant par l'enquête du Sénat américain que par celle de la commission Butler (affaire Wilson / Plame).

Ici aussi, tout le monde en fin de compte est perdant: les auteurs de ces accusations et ceux qui y ont cru et les ont répandues, mais aussi, inévitablement, les responsables politiques qui étaient leur cible, dont la crédibilité a souffert (pour certains, c'était évidemment le but), et à travers eux le respect de la culture démocratique, confrontée à la double attaque du populisme et du cynisme; plus encore, les Irakiens qui subissent le contre-coup direct, par défaut de soutien à la reconstruction, de la destabilisation de l'intervention qui est pratiquement un débat interne à la classe politique occidentale.

15.7.04

Des Commentaires des plus lisibles (pour cette fois)

Philippe Barraud, le journaliste écolo-de-droite éditeur de l'hebdomadaire online Commentaires.ch donne parfois, hélas, dans le réac. Quoi qu'il en soit, les quatre nouveaux articles qui viennent de sortir méritent le détour. Il est question de l'isolement d'Israël et de son mur de sécurité, des Juifs dans une France qui a perdu toute espérance etc. etc. Il se paie même le luxe d'avoir pour pour invité le Lieutenant Colonel EMG Ludovic Monnerat avec la reprise de son article magistral sur l'Europe fatiguée qui dit avoir horreur du manichéisme américain tout en faisant des Américains et d'Israël son axe du Mal... article dont François Brutsch nous a parlé lundi. Certes on connaît la chanson, mais pour une fois qu'elle est reprise par un autre Helvète... Enfin, il y a cet article qui épingle la stratégie potentiellement contre-productive de la guerre que les écolos (de gauche) suisses ont lancée contre la présence des véhicules 4X4 dans les villes, des véhicules très à la mode pour qui en a les moyens:

Extrait: Ces milieux, qui d’une manière générale ont notre sympathie (dixit Philippe Barraud) parce qu’ils mènent un combat fondamentalement juste, font parfois preuve d’un manque de psychologie désarmant. Par des propositions maladroites dans leur radicalité, ils desservent gravement la cause qu’ils défendent. En préférant souvent l’interdiction à la persuasion, ils se donnent un profil de tyrans liberticides, fournissant ainsi gratuitement des armes à leurs adversaires, qui ne vont pas les rater.

Cette tendance suicidaire est d'ailleurs commune à bien d'autres causes très nobles, à commencer par celle des réfugiés.

14.7.04

USA: l'amendement anti-gay en déroute

Battu 50 à 48: dans un vote de procédure, il ne s'est même pas trouvé une majorité simple des sénateurs pour soutenir l'amendement à la Constitution américaine destiné à bannir la reconnaissance officielle des couples de même sexe.

Je l'avais déjà écrit ici: ce n'était qu'une diversion sans conséquence (qui ne méritait pas qu'Andrew Sullivan retire son soutien à Bush alors que la question de la riposte à l'islamofascisme est bien plus fondamentale), il était impossible que cette proposition recueille les voix des deux-tiers des sénateurs, puis des deux-tiers des membres de la Chambre des représentants et enfin des trois quarts des parlements des Etats; mais à ce point: un tel résultat ne peut qu'encourager maintenant les Etats, dont la pleine compétence en la matière est ainsi réaffirmée, à adopter un régime de partenariat comme l'a décidé l'Etat du Vermont voire à dématrimonialiser le mariage comme l'ont imposé les juges du Massachusetts...

A l'inverse, toutefois, l'obsession de focaliser sur le mariage amènera aussi des Etats à proposer une interdiction préventive du mariage gay, un durcissement des fronts malencontreux qui ne s'est pas produit en Europe où la question a été, judicieusement, posée sous la forme d'un partenariat enregistré.

Et une nouvelle baudruche qui se dégonfle

Je ne sais pas si le caractère critique à certains égards du rapport de la commission Butler sur les renseignements provenant des services secrets et l'usage qui en a été fait avant l'intervention en Irak (l'essentiel en bref; texte intégral [fichier PDF]), comparé à celui du juge Hutton sur les circonstances ayant entouré la mort du Dr David Kelly, fera mieux accepter ses conclusions: comme le rapport parlementaire américain de la semaine dernière, elles confirment qu'il n'y a eu ni manipulation, ni mensonge, contrairement à ce que voudraient faire croire les adversaires de l'intervention, y compris Le Monde ou Le Temps...

Mais je trouve fascinante cette recherche pusillanime de la "faute" du côté gouvernemental, pour ne pas avoir à discuter du fond: le bien-fondé politique de l'action de Blair et Bush (et donc la faute morale du soutien à Saddam...). Alors que, comme je l'ai lu je ne sais plus où, l'existence concrète d'armes de destruction massive n'est en réalité un élément décisif ni pour un camp ni pour l'autre: pour les partisans de l'intervention, il y avait bien d'autres raisons (ne pas laisser devenir lettre morte la résolution 1441, ne pas rester inerte en attendant la prochaine attaque d'Al-Quaida mais contre-attaquer au fondamentalisme islamiste en illustrant la voie du développement démocratique au coeur du Moyen-Orient etc.); quant à Chirac, Schröder ou Putin, ils s'opposaient à l'intervention ("pas comme ça") quand bien même ils étaient persuadés que l'Irak détenait de telles armes!

Complément de 23h: Le discours de Tony Blair cet après-midi à la Chambre des Communes.

Guillaume Barry me demande, dubitatif, s'il y a vraiment dans le rapport Butler de quoi faire changer d'avis des adversaires (ou simplement convaincre des indécis s'il en existe); sans doute pas, en revanche il faut se représenter la curée qui n'aurait pas manqué si le rapport Butler avait fourni le moindre élément dans ce sens!

13.7.04

Justice internationale

Intéressant de voir si, pour les politiciens et commentateurs français et allemands, l'arrêt de la Cour de justice européenne invalidant la suspension du Pacte de stabilité pour ces deux Etats aura la même autorité (alors qu'il s'agit d'une vraie instance juridictionnelle, appliquant le droit interne de l'Union européenne) que l'avis consultatif de la Cour internationale de justice de La Haye sanctionnant Israël...

Délit de non-intervention

Lors d'agressions dans des lieux publics, on ne manque jamais de relever la non intervention du public qui se contente du rôle de spectateurs. On parle de lâcheté. Mais, si on voulait être plus fin, ne pourrait-on pas l'interpréter comme la rançon d'un paroxysme de l'individualisme - une valeur des plus nobles en Occident lorsqu'elle n'est pas absolutisée.

La non-intervention viendrait de l'absence d'un lien social suffisant, ce qui aurait pour conséquence un processus mental en forme de cercle vicieux: en tant que spectateur enfermé dans ma singularité, je suis incapable de tabler sur une intervention de chaque autre spectateur pris individuellement, donc je ne réalise pas qu'on est plus forts que les agresseurs. Et je me retrouve d'autant plus seul face à ce qui est perpétré devant moi. Cela n'en est pas une excuse pour autant.

Mise à jour de 22h: quand j'ai écrit ce billet, j'ignore ce qui m'a pris de ne pas mentionner ce qui l'a inspiré: la fameuse agression antisémite du RER dont la France s'est tant émue. Aujourd'hui, on apprend que la prétendue victime a avoué avoir menti. Le fait d'avoir donné dans la généralité m'aura sauvé l'honneur...

12.7.04

Sarko sur le couple gay

Pas évident pour un politicien de trouver le ton juste, ni démago, ni cliché. Dans Le Monde de samedi-dimanche, l'espoir de la droite française, Nicolas Sarkozy, s'y emploie avec bonheur je trouve:

"[Je suis opposé au mariage des homosexuels] parce que cela entraînerait automatiquement l'autorisation de l'adoption par un couple gay. Or la vocation du mariage est d'assurer un cadre à la famille, donc aux enfants. En revanche, je suis convaincu que l'homosexualité n'est pas un choix mais une identité; c'est pourquoi il faut que deux personnes qui s'aiment, quel que soit leur sexe, puissent inscrire leur amour dans la durée, sous le regard des autres. Je suis donc favorable à une large extension des possibilités du pacs."

Bonnes nouvelles d'Irak (5)

La nouvelle compilation de tout ce qui va mieux en Irak, par Arthur Chrenkoff.

L'Europe anesthésiée

A partir du lâche soulagement unanimiste qui, en Europe, a accueilli l'avis consultatif de la Cour internationale de justice de La Haye condamnant le mur de protection israélien, Ludovic Monnerat brosse un saisissant tableau de la torpeur défaitiste en Europe sur le site d'information militaire suisse CheckPoint. Un extrait, pour vous encourager à aller lire le tout:

"(...) les Européens s’accrochent encore au monde parallèle qu’ils ont créé de toutes pièces à la fin de la guerre froide. Dans cette réalité alternative, la barrière de séparation israélienne devient un mur de l’apartheid, mais l’interdiction faite aux Juifs de fouler des terres musulmanes n’indigne personne; le camp de Guantanamo et ses 600 détenus souvent capturés l’arme à la main incarnent l’injustice suprême, et non les goulags nord-coréens où 200'000 personnes crèvent en silence; le procès de Saddam Hussein n’est qu’une mascarade de justice, mais le laisser au pouvoir ne troublait guère les chancelleries; les sévices infligés à Abu Ghraib sont une barbarie absolue, et non les décapitations rituelles des islamistes; et ainsi de suite au fil des distorsions et des opinions transformées en faits, avec les "documentaires" de Michael Moore, le "massacre" de Jénine ou encore la "résistance acharnée" de la population irakienne.

Contrairement à ce que l’on affirme souvent, les Européens ne sont pas rebutés par le simplisme consistant à séparer le Bien du Mal; il se trouve simplement que le Mal est incarné à leurs yeux par l’Amérique de Bush et l’Israël de Sharon, car ceux-ci ne respectent plus les règles acceptées par leurs prédécesseurs et sanctifiées sur le continent. Le vrai crime de Bush et de Sharon, c’est qu’ils osent agir sans passer sous les fourches caudines des institutions internationales et des élites dénationalisées que celles-ci ont générées; agir face au terrorisme fondamentaliste et montrer son vrai visage au lieu d’expliquer son existence par des disparités économiques toujours plus imaginaires; agir de manière décisive en utilisant des Forces armées que ces élites méprisent et refusent d’engager, fut-ce pour sauver des vies.

Au-delà de tous les louanges pour la concertation, la négociation ou la prévention, il demeure le triste fait que l’Europe n’agit pas et réprouve ceux qui ne suivent pas son exemple. On ne fait rien pour arrêter le nettoyage ethnique au Darfour, bien qu’il ait déjà fait plus de 10'000 morts, et la France s’est même opposée à sanctionner le régime de Khartoum. On ne fait rien pour empêcher le nettoyage ethnique inversé et progressif que connaît aujourd’hui le Kosovo, où les soldats de la KFOR n’ont aucune marge de manœuvre. On ne fait rien pour aider la population irakienne malgré deux résolutions unanimes du Conseil de sécurité. De toute manière, on n’a rien fait pour le Rwanda ou la Bosnie. Comment des pays qui ont laissé crever 11'700 civils – dont 1500 enfants – à Sarajevo pendant un siège de 4 ans peuvent encore parler de morale reste d’ailleurs un mystère."


11.7.04

Du châtiment de Sodome à la conjugalité de YHWH

Hier c'était la Pride à Genève, qui ne s'est pas résumée à un défilé, loin s'en faut. Un défilé où excentricités et provocations ont été ramenées à la portion congrue, style romand oblige, et c'est tant mieux.

Parmi les activités annexes, il y a eu le cycle de conférences intitulé "Alerte rose sur la théologie" dont j'ai déjà rapporté quelques perles. La quatrième et dernière conférence a notamment traité de Sodome et Gomorrhe, ainsi que du couple mythique que sont David & Jonathan. Une fois de plus, on a rappelé que dans la Bible, le châtiment de Sodome est la sanction d'une très grave transgression de la loi de l'hospitalité - institution sacrée dans le Proche-Orient ancien qui, plus de 5 siècles avant notre ère, ne connaissait pas le système des hôtels. Les prophètes et Jésus lui-même font référence à Sodome en rapport avec ce crime-là, qui a, c'est indéniable, comporté une tentative d'agression et d'humiliations sexuelles (en l'occurrence, les victimes potentielles sont des anges qui ont revêtu une apparence d'hommes, et qui sont les hôtes sacrés de Lot). On trouve d'ailleurs un récit parallèle de viol (suivi de meurtre) d'étranger (cette fois à l'encontre d'une femme) dans le livre des Juges. Là encore, ce n'est pas la sexualité en tant que telle qui est en cause, mais le viol et la violence.

Quant à David & Jonathan, il serait malhonnête d'affirmer quoi que ce soit de trop précis sur leur vie intime, puisque la Bible n'entre pas en matière. En revanche, on trouve dans leur histoire des parallèles frappants avec des passages du Cantique des cantiques, qui est au départ un hymne à l'amour libre (désexualisé et spiritualisé ultérieurement), où la femme prend l'initiative plus qu'à son tour, et où la sexualité est célébrée pour elle-même et non pas par rapport au mariage. D'autres passages font état d'une relation qui va au-delà de la simple amitié. Une conclusion, c'est que l'Ancien Testament (comme le Nouveau) n'est pas univoque, on y trouve des conceptions très diverses sur la sexualité (et sur bien d'autres choses comme on sait).

Dernière surprise de cette conférence, du moins pour les non-théologiens: on y apprenait que le monothéisme de l'Ancien Testament a été précédé par un plurithéisme, le Dieu YHWH étant un dieu parmi d'autres, un dieu dévolu à Israël, tandis que le dieu suprême, appelé El, état le grand dieu du ciel, père de tous les autres dieux,chaque dieu étant le dieu d'une nation. Mieux: le dieu YHWH avait une parèdre, c'est -à-dire un pendant féminin, qu'on appelait une ashéra. Comme certaine gravures, certaines inscriptions et certains passages semblent l'attester. De quoi rassurer les homophobes pieux?

7.7.04

Le capitalisme doit rester à la niche

Dernier livre (en papier) lu ces temps : Misère de la prospérité. Le religion marchande et ses ennemis. de Pascal Bruckner (en Livre de poche, l'ouvrage est d'abord paru chez Grasset et Fasquelle en 2002). On pourrait croire à un énième pamphlet anticapitaliste et antimondialisation. Ce que cela n'est pas, et c'est cela qui est intéressant. Bruckner dénonce la pensée du tout économique, qualifiée d'économisme, mais aussi l'anticapitalisme primaire, l'antimondialisme et et l'antiaméricanisme.

Les renvoie-t-il dos à dos pour autant? Pas sûr. Certes, il donne à voir avec pertinence ce que l'enthousiasme peut faire écrire aux thuriféraires du capitalisme, qui n'ont rien à envier à ses détracteurs en matière d'aveuglement idéologique. Il n'empêche. Pour Bruckner, le capitalisme a une place, une fonctionnalité : c'est un outil. On a rien de trouvé de mieux pour produire des richesses, "simplement" il doit rester à sa place, sans être absolutisé ou divinisé:

"On entretient donc avec le capitalisme un rapport qui n'est ni d'amour ni de haine mais de pur cynisme. (...) On se sert de lui comme il se sert des hommes, sans gratitude ni malédiction, en gardant en mémoire qu'il est simultanément un facteur d'opulence sans précédent et de discorde irrémédiable. (...) On admet le capitalisme en dépit de ses imperfections et parce qu'il est imparfait, ce qui le rend amendable."

Une vision qui colle assez bien à la doctrine (calviniste notamment) du péché universel, même s'il n'est pas sûr qu'un bon protestant souscrirait au terme de 'cynique'. Et pourtant: l'humanité étant uniformément contaminée par le péché, il n'y aucune illusion à se faire à tout ce qu'elle produit. Mais la foi en la Grâce autorise tous les espoirs de progrès (de perfectionnement donc) et interdit le découragement ou la révolte nihiliste. A noter qu'on est ici dans une autre perspective que celle d'un Weber qui met en relation le capitalisme avec la doctrine de la prédestination.

Pascal Bruckner a aussi écrit "L'euphorie perpétuelle". On peut le qualifier de moraliste, au sens littéraire et philosophique du terme. Parfois aussi dans un sens un peu trop généraliste et débiteur de leçons. Mais il a quand même fait partie des rares intellectuels français dissidents sur la question de l'Irak.

A propos de Misère de la prospérité, on peut lire cette brève interview du Figaro étudiant.

4.7.04

Vacances

Mes billets vont se faire (encore) plus rares ces prochains jours: nous partons en Ecosse une semaine. Si jamais, j'aurai quand même mon Tréo...

3.7.04

Paradoxes ascétiques

La troisième conférence du cycle que j'organise était consacrée aux illusions de l'ascétisme chrétien. J'en ai retenu deux sujets d'étonnement.

1) Premier sujet d'étonnement. Dans le christianisme des premiers siècles, l'ascétisme, qui vise à la suppression de toute vie sexuelle, a toujours été le fait d'une minorité. Et il faut savoir que la méfiance envers le corps et la sexualité est totalement étrangère au judaïsme et à la pensée de Jésus, comme à celle de Paul. Certes, ce dernier a exprimé sa préférence personnelle pour le célibat, mais c'était pour des raisons de disponibilité temporelle. (Parce qu'on était à la fin des temps et qu'il y avait plus urgent à faire.) En revanche, il a fustigé l'angélisme de ceux qui négligeaient leur vie conjugale sexuelle sous prétexte de prière. (Il n'est pas bon de se refuser l'un à l'autre et de "brûler".) C'est donc un paradoxe des plus piquant que le christianisme ait évolué de manière à devenir l'incarnation du rejet de la sexualité par excellence (malgré le redressement de la Réforme).

2) Deuxième sujet d'étonnement. A l'époque, il n'y avait pas d'individu, mais la famille, le clan, la société. En allant vivre à l'écart, dans le désert, en cherchant à rompre avec des désirs qui déterminaient toute la société, les ascètes ont inventé la possibilité d'exister comme individus. Or l'avènement de l'individu, c'est justement ce qui caractérise la modernité. On peut donc dire que, à travers ce qui est le plus éloigné de la modernité, le rapport à la sexualité, les ascètes ont été les "modernes" de leur temps.

Matière à dissertations de baccalauréat ?

2.7.04

"Où sont les armes de destruction massive, M. Bobin?"

Parmi les meilleures dissertations françaises de l'examen de maturité (baccalauréat) à Genève, celle d'Alexandre Wullschleger, publiée par Le Temps, commente le texte suivant de l’écrivain français Christian Bobin:

"La vulgarité, on dit aux enfants qu’elle est dans les mots. La vraie vulgarité de ce monde est dans le temps, dans l’incapacité de dépenser le temps autrement que comme des sous, vite, vite, aller d’une catastrophe aux chiffres du tiercé, vite glisser sur des tonnes d’argent et d’inintelligence profonde de la vie, de ce qu’est la vie dans sa magie souffrante, vite aller à l’heure suivante et que surtout rien n’arrive, aucune parole juste, aucun étonnement pur."

Ce qui m'a frappé, c'est juste le dernier mot de la phrase suivante (souligné par moi):

"(...) selon [Bobin], la société, de par l’allure effrénée de sa course à la consommation, glisse sur l’essentiel de l’existence, et méconnaît la nature profonde de la vie et sombre dans une totale vulgarité. C’est cette affirmation que nous nous proposons de discuter, afin de déterminer si cette analyse de notre époque est pertinente, ou si elle relève du mensonge."

Comme si tout ce qui nous dérange, avec quoi nous sommes en désaccord, ou même qui serait factuellement faux doit nécessairement relever de la tromperie.

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