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2.12.04

Débat: la réponse du CICR

La Tribune de Genève d'aujourd'hui publie une réponse à mon article paru le 25 novembre (fondé sur ce billet du 21 novembre):
Les Conventions de Genève ne peuvent tolérer les «bavures»

Genève, 30 novembre. — Dans un article publié par la
Tribune de Genève du 25 novembre 2004 sous le titre «Irak, quand le CICR discrédite l’humanitaire», M. François Brutsch brocarde la réaction du CICR appelant «à un meilleur respect des normes fondamentales de l’humanité» par la voix de son directeur des opérations, M. Pierre Krähenbühl. M. Brutsch s’offusque notamment du passage suivant, relatif à la guerre en Irak: «Le monde entier a été choqué, cette semaine, par deux assassinats, celui d’un combattant blessé et, à nouveau, celui d’une personne retenue en otage, la responsable humanitaire, Margaret Hassan.»

Il faut le répéter: la guerre est un paroxysme. Un paroxysme qui génère la mort, l’horreur et l’abjection, en Irak comme ailleurs. Toutefois, nul combattant— quelle que soit son origine et ses objectifs — ne peut se soustraire, être dispensé ou se voir privé du devoir d’humanité. Transiger sur cette exigence conduit immanquablement à se prévaloir d’une légitimité qui confine pour ceux qui s’en réclament au ralliement à une
«guerre juste». C’est là un terrain délicat, celui du manichéisme, où l’on se fourvoie plus souvent qu’à son tour, car toute violence autolégitimée ne fait qu’envenimer une situation de conflit. En octroyant un certificat de bonne conduite aux forces armées de la coalition en Irak, votre invité fait un choix partisan qui est son affaire. Mais là où il s’égare, c’est lorsqu’il dénie aux combattants irakiens de la guerilla le droit d’être protégés et suggère du même coup leur élimination sans autre forme de procès. «Tous des terroristes!» ça vous rappelle quelque chose? En s’appuyant sur la logique simplificatrice des «bons et des méchants», tout abus commis par «les bons» se justifie moralement et en général on le taxe au pire de «bavure», à l’instar de votre invité.

Les Conventions de Genève ne sont pas un menu dans lequel on fait son choix en fonction de l’inspiration du moment. Elles constituent une synthèse universelle des limites à la violence en temps de guerre. Elles doivent être appliquées par tous et en toutes circonstances. Elles prévoient que ceux qui violent le droit humanitaire soient poursuivis et sanctionnés, sans préalable de réciprocité. Rappeler ces quelques éléments fondamentaux à tous les belligérants fait partie du devoir d’humanité. Et relève du devoir de clarté en ces temps brumeux propices aux rumeurs et aux insinuations, car comme le souligne Albert Camus:
«Mal nommer les choses, c’est ajouter de la souffrance au monde.»

Jean-François Berger, rédacteur en chef au CICR du magazine
«Croix-Rouge Croissant-Rouge»

Je ne dénie bien sûr pas aux combattants irakiens de la guerilla le droit d’être protégés, ni ne suggère leur élimination sans autre forme de procès. «Tous des terroristes!» n'est pas une citation de mon article, ni même de ce blog. En revanche la citation de Camus aurait bien convenu au fait d'appeler «assassinat» deux actes aussi dissemblables que la mort d'un combattant blessé et celle d'une otage civile...



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