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5.11.04

Et un autre scrutin important

Je voulais commenter le référendum qui avait lieu jeudi dans la région Nord-Est de l'Angleterre pour décider la mise sur pied d'une autorité régionale élue. Mais d'abord mon interface avec Blogger est hors-service depuis hier (ça doit avoir un rapport avec la frénésie de consultation des blogs depuis mardi, le nombre de nos visiteurs a doublé), et encore à 23h30 le vice-premier ministre John Prescott présentait le résultat comme "too close to call".

Le réveil a été dur: c'est non à 78%, et cela dans la région qui semblait la plus propice! C'est à peu près le résultat essuyé en Suisse par un projet bien plus iconoclaste dont j'étais parmi les proposants: la réunion en un seul des cantons de Genève et Vaud. C'est un échec douloureux pour le New Labour, dont une des originalités les plus spécifiques est cette volonté de décentralisation démocratique, doublée du souci d'en faire reposer la légitimité sur une votation populaire alors que la tradition nationale permettrait sans autre un décret central...

Les Britanniques ont décidément un problème avec la souplesse créative dans la manière d'exercer la souveraineté étatique, que cela soit vers l'Europe ou vers l'intérieur (le parti souverainiste UKIP a bien vu le lien en faisant campagne contre une autorité régionale). C'est peut-être le revers d'avoir inventé la démocratie moderne en l'investissant toute entière dans le Parlement de Westminster, considéré comme source unique de toute légitimité. Mais le résultat du refus de s'adapter à la complexité du monde moderne est une perte de contrôle démocratique. C'est manifeste à l'échelon supérieur, comme l'expérimente la Suisse hors de l'UE: elle est contrainte de s'aligner sans avoir son mot à dire sur les modalités de ces réglementations pour lesquelles désormais l'espace national est trop étroit. Mais c'est aussi vrai sur le plan interne, quand la centralisation du pouvoir à Londres (comme par hasard la région la plus dynamique) créé un éloignement du terrain et oblige, pour s'en rapprocher, à mettre sur pied des institutions locales non élues en guise d'intermédiaire: c'est ce qui se passe en Angleterre (en Suisse le mouvement est inverse: les cantons devenant trop petits, c'est à l'échelon intercantonal que se développe une technostructure échappant au contrôle démocratique).

La dévolution à l'Ecosse et au Pays de Galles (comme à l'Irlande du Nord) ne rend que plus archaïque la situation de l'Angleterre où entre d'aimables autorités locales (d'ailleurs entièrement sous la coupe des directives de l'autorité centrale) et le parlement et autres ministères, il n'y a que des fonctionnaires et autres "agences". Le transfert de certaines de leurs attributions à une autorité régionale élue, qui n'était sans doute qu'un premier pas, n'a pas convaincu; le projet est manifestement apparu comme "plus de gouvernement", plutôt que comme "un gouvernement plus proche" (et le dépassement massif de la durée de construction et du coût du nouveau siège du parlement écossais voisin a pu nourrir la démagogie à ce propos).

Y a-t-il d'autres solutions que de revenir à la charge une fois que l'évidence se sera imposée? Un parlement anglais (pour plus de 80% du pays) n'aurait pas beaucoup de sens. Plutôt que du sur mesure à géométrie variable, proposer une solution d'ensemble pour les régions d'Angleterre, avec une réduction accrue du pouvoir central? Mais elle se heurterait à une résistance féroce de fonctionnaires imbus de "service public" et de leur indépendance du pouvoir politique. Au minimum, on en viendra sans doute à admettre que le parlement de Westminster siège dans une composition limitée aux élus d'Angleterre sur les questions qui ne concernent que cette dernière, pour mettre fin à cette bizarrerie que le service de santé nationalisé, le NHS, est dirigé par un ministre élu en Ecosse alors que cette dernière a son propre NHS, ou que le nouveau régime des taxes universitaires remboursables à crédit, qui ne s'applique pas à l'Ecosse, n'a passé que grâce aux voix écossaises.

Mais cela ne résout manifestement pas le problème, alors que l'on sent en parallèle une affirmation accrue de l'identité spécifiquement anglaise au sein du Royaume-Uni.



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