< link rel="DCTERMS.isreplacedby" href="http://swissroll.info/" >

31.8.03

Brun vert

Celui qui a donné naissance à la variante poujadiste du populisme est mort (nécrologie dans Libération et Le Monde). Une longue vie compliquée, marquée par l'extrémisme et l'antisémitisme. Mais sait-on que la dernière passion de Pierre Poujade était le carburant vert?

30.8.03

Sergio Vieira de Mello

La Tribune de Genève publie un reportage photos, un article, un autre, un autre et encore un autre à propos des obsèques dans cette ville du représentant spécial de l'ONU à Bagdad. Pas de fausse note du genre "c'est Bush qui l'a tué" ouf! Mais pas mal d'hypocrisie quand on pense à l'activisme déployé à Genève ou par la cheffe du département fédéral des affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, dans le camp des défaitistes face à la terreur dont on pleure aujourd'hui les victimes.

Fini de sourire

Avant de continuer son entreprise de définition du crime contre l'humanité, Norman Geras a brièvement ironisé sur les dernières prescriptions édictées pour obtenir un passeport canadien : défense de sourire. Le Guardian lui a appris en effet que pour suivre les recommandations de l'Organisation Internationale de l'aviation Civile, une expression neutre devait être arborée sur les photos d'identité. L'identification en serait facilitée.

Mais c'est une bonne nouvelle, si on est Canadien. Plus besoin de stresser quand on est tout seul, face à soi-même dans le photomachose. Finie l'humiliation quand le document passe de main en main et suscite ricanements (dans le meilleur des cas) voire rires à gorge déployée. Plus besoin de culpabiliser parce qu'on ne participe pas à l'Euphorie perpétuelle dont se gaussait Pascal (Bruckner). Il faut étendre cette mesure à tous les documents où une photo est requise.

Mais il faut se méfier des effets paradoxaux. Le fait de ne plus être obligé de sourire peut engendrer une cetaine détente qui peut compromettre la neutralité de l'expression. Et il y a aussi cet autre risque à prendre au sérieux : au moment fatidique, est-on sûr de pouvoir garder son sérieux si on s'imagine la tête des bureaucrates au moment où ils décidèrent de fixer ce genre de dispositions ?

Mise à jour : Il semblerait que ce genre de réglementation existe en Suisse depuis un certain temps . (Quelqu'un en sait-il davantage?) Au demeurant (dira l'antihelvète primaire), si cela n'a pas fait l'objet d'une attention particulière, c'est que les principes en étaient déjà intériorisés par les intéressés.

29.8.03

Qu’est-ce que je disais hier ?

Tony Blair savait que, quoi qu’il dise, il aurait tort. Sa force est d'assumer ce côté désagréable de sa destinée politique. Le correspondant du Temps rapporte sur une quasi pleine page (cet article est gratuit) toute la déposition de Tony Blair et la manière dont elle l’innocente entièrement. Ses démentis auprès de la BBC sont restés lettre morte. Quand le cabinet exige une rétractation et des excuses de la BBC, celle-ci se débine en répondant qu’elles n’est pas à la source des allégations. Citation de Tony Blair : « Le public retient que nous l’avons dupé. »

Mais dans son commentaire publié en une du Temps, (un article également gratuit), Thierry Meyer s’empresse d’avertir l’intéressé qu’ il aurait tort de pavoiser trop vite. Au jugement de Lord Hutton, on préférera celui du peuple. En effet s’il n’y a pas eu de bidouillages de documents, il y a eu manipulation de l’opinion.

C’est évident, en régime démocratique, les dirigeants ne doivent surtout pas chercher à convaincre la population du bien-fondé des actions à entreprendre. L’article se veut subtilement intitulé Tony Blair : la vérité est ailleurs. Cette formule a une pertinence bien réelle dès lors qu’on l’applique à celui qui l’énonce.

28.8.03

Aura-t-il raison trop tard ?

Tony Blair a donc démenti, de manière éminemment crédible à mes yeux, tout gonflage (sexing up) de dossier sur les armements irakiens. Il devient clair que c'est Gilligan qui a rendu plus sexy les propos, déjà douteux en eux-mêmes, du Dr Kelly. Mais qui veut encore croire le Premier Ministre ?

Le verdict des médias n'est-il pas, globalement, déjà rendu ? Sur la TSR, par exemple, correspondants et analystes politiques sont convoqués pour ne répéter qu'une seule chose en somme : Tony Blair a tiré son épingle du jeu, il s'en est bien sorti, c'est un brillant avocat. Pas question de laisser entendre une minute qu'il aurait eu raison sur le fond, ou d'un point de vue moral.

Quant à l'opinion du public, va-t-elle lui redevenir favorable ? Même si cela se produisait pour cette affaire-là, il semble qu'il a encore largement de quoi rester impopulaire par ailleurs. D'un autre côté, jusqu'à plus ample information, l'homme de fer (avec un coeur de chair plus humain que la moyenne) n'a jamais flanché. On est donc autorisé à espérer qu'il va trouver moyen de rebondir.

26.8.03

Non-évangélique = rétro

Pour Conservative Commentary, c'est une bonne nouvelle : la tendance évangélique est en train de prendre le dessus dans l'Eglise anglicane. Preuve que le politiquement correct, qui serait le péché mignon de l'aile libérale, au détriment de la morale biblique, est immensément contre-productif. C'est un fait que, partout dans le monde, les communautés ou paroisses à tendance évangélique sont plus sexy : une plus grande ferveur, des chants plus entraînants, plus de chaleur humaine entre les fidèles, un accueil des nouveaux jamais négligé, une bonne représentation de tous les âges, un discours clair et simple à comprendre, qui ne verse jamais dans l'intellectualisme. En plus, pour ce qui est de l'Eglise Anglicane, on a les avantages d'appartenir à une tradition respectable qui se trouve être l'Eglise "nationale", et on ne risque pas de passer pour une secte, avec tous les inconvénients que cela entraîne par rapport aux médias. Bref l'avenir est aux tendances évangliques. Ce que n'a pas encore compris la rétrograde "filiale" américaine de l'Eglise anglicane, dite épiscopale, lorsqu'elle a nommé au début du mois un évêque gai.

25.8.03

Gettysburg en PowerPoint

Apparemment ce site a du succès déjà depuis quelques années... Mais moi c'est seulement aujourd'hui que j'en apprends l'existence, par une charge contre la pensée PowerPoint de Philippe Barraud dans Le Temps (oui, le même que Commentaires.com, la Suisse est petite et il faut bien qu'il vive...).

Donc voici la présentation PowerPoint effectuée par Abraham Lincoln le 19 novembre 1863 pour la dédicace du cimetière de Gettysburg... Et le récit complémentaire de son auteur, Peter Norvig. C'est encore en anglais, je m'en excuse, quelqu'un connaît-il un exercice équivalent en français?

24.8.03

Action directe

J'ai beau me vouloir un homme de la gauche libérale et cérébrale, j'ai parfois des moments portés vers l'action directe, particulièrement comme piéton ou comme cycliste. De la même manière Melfrid a beau avoir plutôt l'air d'un altermondialiste trop sentimental pour mon goût, il n'en a pas moins des moments de réformisme constructif...

Sur son blog vous pouvez télécharger, pour les imprimer sur du papier autocollant ou non, des papillons à disposer sur les voitures garées sur les aménagements cyclables ou les places pour handicapés.

Enquête de mesures ou quête démesurée ?

Toujours le dernier à être au courant des infos essentielles. Heureusement il y a Pointblog. Ne voilà-t-il pas qu'un type a créé un blog (en anglais) consacré à une recherche d'ordre esthéticomédical, une recherche qui pourrait changer la face du monde. Il s'est en effet porté volontaire pour tester des pilules censées augmenter certaines mensurations. C'est déjà sa deuxième semaine de test.

Sa petite entreprise suscite des sentiments ambigus de ma part : curiosité et amusement voyeuristes (pourtant il n'y a pas photos, que des mensurations) mêlés de réprobation (calviniste, forcément). OK pour la grosse b...ête en tant que fantasme. Mais comment peut-on, au XXIème siècle, entretenir l'antique superstition d'un changement possible? Mieux vaut encore embrasser des grenouilles : cette quête-là ira plus sûrement dans la direction de l'autre. Car la science est formelle et il faut se faire une raison : il y a des impossibilités matérielles. C'est la dure réalité. (Seule une main de chirurgienNE peut procurer une éventuelle modification palpable, sans pouvoir exclure des risques de complications désagréables voire embarrassantes.) Et comment, au XXIème siècle, un homme civilisé habitant une ville civilisée du Nouveau Monde peut-il prêter allégeance aux valeurs d'un machisme aussi primaire qu'aliénant ?

Autre question préoccupante : les pilules seront-elles accessibles à toutes les bourses ou resteront-elles un gadget pour les riches, comme le chantait prémonitoirement le groupe ABBA: Mon noeud mon noeud mon noeud / Toujours un jeu / Pour qui n'a pas peu...

23.8.03

De Villepin (suite)

Le hasard veut que Le Monde de ce samedi publie justement une interview de Dominique de Villepin. Pas de question embarrassante sur le Hamas, bien sûr, ce n'est pas le genre du journalisme français, seulement l'occasion pour le fringuant ministre des affaires étrangères de prendre la pose, sabre au clair et la mèche au vent, donnant des leçons au monde entier. Son refrain:

"(...) il faut aller vite, car s'engage dans ces situations une course de vitesse entre des forces de déstabilisation et de démobilisation et l'exigence de recomposition. Et quand je dis qu'il faut aller vite en Irak, il faut aller beaucoup plus vite. D'une manière générale, je pense que la communauté internationale doit mieux prendre en compte les exigences de l'urgence."

Comme si ce n'était pas toujours la France qui avait freiné des quatre fers, d'abord pour la mise au point de la résolution 1441 du Conseil de sécurité, puis pour les conclusions à tirer de son non respect par Saddam Hussein, puis aujourd'hui.

De Villepin est la personnification de ce que la vie politique française a de plus détestable: le divorce entre la forme et le fond, la pureté des objectifs avancés et le cynisme des préoccupations réelles. "[I]l faut faire le choix de la volonté contre le chaos" ne peut que rappeler le mot de Michel Rocard (ou était-ce Pierre Mauroy?) à propos des début laborieux du socialisme de gouvernement: "Le volontarisme est le pire ennemi de la volonté"; mais il y a aussi une citation dans ce sens d'un gaulliste qui n'était pas, lui, d'opérette: "Le plus précieux et le plus rare, en politique, c'est de vouloir les conséquences de ce qu'on veut" (Maurice Schumann). Le panache ne masque pas la vacuité du bilan de Villepin, de l'Irak au Moyen-Orient, de la Côte d'Ivoire à l'affaire Betancourt. Avant d'être ministre, il n'était guère connu que des lecteurs du Canard Enchaîné comme le secrétaire général de l'Elysée, durant le premier mandat Chirac, qui a recommandé la dissolution de l'Assemblée nationale après deux ans, formidable auto-goal de la droite... Ce type a le mauvais oeil d'un flambeur de casino.

L'interview ayant paru hier soir à Paris, Le Temps de Genève répond ce matin dans un éditorial de Joëlle Kuntz:

"Après le massacre de l'ONU en Irak, ne faut-il pas regarder les choses autrement? Participer activement à la défaite des assassins afin de réinstaller l'organisation politique mondiale dans tous ses devoirs et fonctions, solennellement, à Bagdad? Car si l'ONU ne joue plus son rôle en Irak, elle n'en aura plus au Proche-Orient. Elle aura perdu, et nous avec elle, qui ne l'aurons pas défendue. Il ne servira à rien de protester en allant jeter des pierres contre les ambassades américaines."

Une France éprise de paix et de démocratie pour tous les peuples

Blasé et désillusionné, le blog bilingue merdeinfrance m'apprend que la France soutient le Hamas, en se référant à un article de Foxnews: en juin, Dominique de Villepin barrait le chemin à une tentative de l'UE pour coucher les dirigeants du Hamas sur une liste noire, parce que "c'est dans notre intérêt d'avoir des interlocuteurs palestiniens". La proposition émanait de Jack Straw, le ministre des affaires étrangères britannique, compte tenu du refus de la "feuille de route" par l'organisation islamique.

Se faire le champion de la paix à tout prix - éventuellement au nom d'intérêts bassement économiques et au détriment d'un peuple - est une chose, traiter en combattants de la résistance, en représentants de leur peuple des terroristes qui veulent tout sauf la paix et la démocratie en est une autre, que je n'arrive pas à qualifier.

22.8.03

Gérard Delaloye

Je me rends compte que je me suis trompé de cible en critiquant l'anti-américanisme complaisant d'un billet de Gérard Delaloye sur Schwarzenegger: c'était en réalité la manifestation d'un parti-pris systématique. Son papier d'aujourd'hui sur l'attentat de Bagdad exalte une "résistance" irakienne à l'"occupation" (Bush = Hitler, Saddam = de Gaulle?) et dénonce l'ONU comme laquais de l'impérialisme (est-ce par égard pour le lectorat branché de Largeur.com que l'expression n'est pas utilisée?). Et c'est bien dans la ligne de toute la production du bonhomme depuis le 11 septembre...

Salam Pax a répondu par avance depuis Bagdad (en anglais).

21.8.03

21 août

Il y a 35 ans, les troupes du Pacte de Varsovie mettaient fin au "Printemps de Prague". Il n'y avait pas de blogs à l'époque, seulement l'écoute fiévreuse des émissions en français de Radio Prague Libre...

Depuis lors, le communisme soviétique a été vaincu (reste encore la variante chinoise et les épiphénomènes de Cuba, de la Corée du Nord et de Vietnam). Et l'apartheid aussi a été vaincu.

En un jour où la situation paraît sombre en Irak et au Proche-Orient (pitoyable indignation du premier ministre palestinien à l'égard des représailles israéliennes contre le Hamas suite à l'attentat de Jérusalem, tentative grotesque de mettre sur Israël la responsabilité de la fin du "cessez-le-feu"), il est réconfortant de se rappeler le chemin parcouru. C'est désormais l'hydre terroriste qui surgit, mais elle peut aussi être vaincue, et d'autant plus rapidement que les démocraties seront résolues et unies (un article en anglais); reste à savoir si les gouvernements engourdis d'Europe continentale parviendront à se réveiller!

Ouf : les Commentaires nouveaux sont arrivés

Dans sa dernière livraison de Commentaires.ch, Philippe Barraud se montre particulièrement en forme. Son analyse de l'attentat de Bagdad est salutaire, même s'il ne prend peut-être pas assez de gants (quand même) dans son échauffement anti-islamiste primaire, qui pourrait s'avérer contre-productif. Dans tous les cas, cela fait du bien de lire quoi que ce soit qui s'offre en alternative à la production formatée, standardisée et surtout prévisible des grands médias, frappée au coin de l'antiaméricanisme primaire...

Les autres sujets de ses Commentaires de cette semaine sont tout aussi jouissifs - on y trouve : 1° un ricanement suscité par la consternation des médias devant le conservatisme des jeunes (selon un sondage effectués auprès de recrues en 1999); 2° une diatribe contre la dérive de l'individualisme vers l'hédonisme et le culte du moi qui n'a plus rien à faire avec l'individualisme libre et responsable (envers soi-même et la société) des Lumières.

19.8.03

Désarroi et consternation révélateurs

Il aura donc fallu cet attentat-là pour qu'on prenne la pleine mesure de la valeur attribuée à l'ONU et de tout ce qu'on en attend, de tout les espoirs qui y sont placés, en tant que relais ou alternative légitime aux forces d'occupation. L'événement a été annoncé avec une véhémence où se mêlaient le désarroi et la consternation (par exemple sur la Radio Suisse Romande) qui tranchait singulièrement avec le ton employé pour d'autres attentats, même s'ils étaient beaucoup plus meurtriers pour certains. Pour l'instant, il serait indécent et imprudent d'en dire plus.

18.8.03

Au nom du maire

Pouvez-vous citer le nom du maire de votre ville? 100% des Londoniens le connaissent, selon un sondage paru aujourd'hui dans le Daily Telegraph (le tableau est seulement dans la version papier). Bertrand Delanoë peut-il en dire autant à Paris... Cela témoigne de la forte personnalisation du pouvoir exécutif en Grande-Bretagne, même si une part de cette notoriété s'attache à la personne du maire actuel, ancien président du Conseil du Grand Londres tellement insupportable à Margaret Thatcher qu'elle fit abolir l'institution par le parlement, et enfant terrible du parti travailliste dont il a fini par être exclu lorsqu'il a maintenu sa candidature à la mairie contre le candidat officiel, qu'il a aisément battu; le successeur -- il finira quand même une fois par y en avoir un -- fera sûrement moins bien. Les blogs londoniens résonnent encore d'indignation à l'égard de l'annonce par la BBC que tel grand concert gratuit sera "payé par le maire" (en réalité par les contribuables de la ville). Vous avez trouvé? Sinon la réponse est ici.

17.8.03

Faut-il aspirer à la sainteté ?

En proie au remords. Ne voilà-t-il pas qu’hier, je citais cette phrase de Patricia Briel «On ne naît pas sainte, on le devient. C'est le travail de toute une vie » sans évoquer son potentiel d’ambiguïté pour un protestant.

Le tournant pour un Luther redécouvrant Paul aura été de réaliser que la préoccupation de devenir saint était perverse. Plus on s’y efforce, plus on se tourmente, et plus on s’en éloigne. Exactement comme l’enseigne le dicton : « Qui veut faire l’ange fait la bête. » En revanche, dans la perspective de l’amour divin, nous sommes envisagés comme étant déjà (nés) saints. Une perspective qui nous libère. L’analogie la plus parlante est celle du parent (ou du bon enseignant) qui, tout en voyant les défauts de l’enfant (de l’élève), lui dit et lui redira encore : « Tu peux ! ». Alors, sur cette base, on peut effectivement parler du travail de toute une vie. Mais la motivation est autre.

Réforme de l'ONU et du droit international

"Entre une Amérique qui apporte de mauvaises solutions à de vrais problèmes et une Europe qui n'apporte pas de réponses, faute de poser les vraies questions, il y a peut-être moyen de tirer les bonnes leçons de la tragédie irakienne."

Dans Le Monde du 12 août (oui, je lis mes quotidiens avec un peu de retard), un intellectuel français pas complètement aligné sur la pensée unique, Zaki Laïdi, formule une proposition pour la nécessaire réforme du Conseil de sécurité:

"augmenter le nombre des membres permanents non détenteurs du droit de veto (Allemagne, Japon, Brésil, Inde, Afrique du Sud) et prévoir un moyen de contourner ce veto par une majorité des deux tiers".

Bon, dans le cas de la crise née du refus de membres du Conseil de sécurité de tirer les conséquences de l'application déficiente par le régime irakien de la résolution 1441, pourtant votée à l'unanimité, ça n'aurait rien changé, mais c'est un pas dans la bonne direction.

Une autre réflexion nouvelle pour la France:

"Le statu quo actuel, qui sanctifie la souveraineté [au détriment de la démocratie], n'est à l'évidence pas souhaitable. (...) Le Vieux Continent doit dire que le statu quo n'est plus acceptable dans les pays arabes où aucune élection vraiment libre n'a pu se tenir."

Lisez l'article (accessible seulement aux abonnés après quelques jours).

16.8.03

De l'utilité consécutive à la conscience de son inutilité

«Nous sommes joyeusement inutiles, comme la rose et son parfum qui rendent la vie plus belle». Comme cela fait du bien de lire cette si belle profession de foi de sœur Véronique, du Carmel du Pâquier (canton de Fribourg). C'est là que Patricia Briel, la spécialiste des questions religieuses du Temps a passé cinq jours pour son journal.

Une phrase qui devrait faire tiquer un protestant, puisque Luther a qualifié les moines de parasites. Et pourtant. Peut-on rêver meilleure illustration de la Grâce, telle que saisie par Paul, pour être redécouverte par Luther ? La foi en la Grâce, c'est le croyant qui renonce à se prendre pour Dieu, renonce à être une instance suprême de jugement de soi-même et des autres, et par là renonce à juger de sa propre utilité (et de celles des autres). Le voilà rendu libre, libre même et surtout d'être "utile". Etre utile n'est plus sa raison d'être, ni sa raison de désespérer, ni l'objet d'une quête d'autojustification. (Il y a quelques années, cette doctrine a connu une version sécularisée sous le nom de "lâcher prise".) L'effet produit par cette conscience libérée peut bien être comparé au parfum d'une rose.

Cette approche de la foi ne constitue aucun oreiller de paresse. Patricia Briel l'a bien compris, elle qui fait commencer ainsi son article: On ne naît pas sainte, on le devient. C'est le travail de toute une vie.

Quant au journal, il ne manque pas d'ironie, en annonçant que la semaine prochaine se passera dans les coulisses de la rédaction zurichoise du journal de boulevard "Blick".

Antiaméricanisme primaire

J'ai souvent trouvé de l'intérêt aux articles de Gérard Delaloye, dans L'Hebdo puis maintenant sur le magazine en ligne Largeur.com: il apporte une profondeur historique qui fait trop souvent défaut à l'information sur l'actualité (il se présente comme "journaliste et historien"). Mais son dernier papier, mis en ligne aujourd'hui sur Largeur.com, est pitoyable. Un billet estival se voulant sage et distancié, mais dont il sait parfaitement que le point de départ est fallacieux: s'indignant du "carnaval" de l'élection californienne et de la perpective de voir "Terminator" élu gouverneur, il rappelle que la démocratie est le pire des systèmes... après tous les autres et que l'Europe n'a pas vraiment de leçons à donner, des dictatures auxquelles elle a donné naissance jusqu'à Berlusconi. Ce que je trouve complaisant, c'est de jouer avec le préjugé anti-américain (tous des grands enfants) qui conduit à voir en Arnold Schwarzenegger, acteur de profession, le personnage qu'il incarne au cinéma: dira-t-on de Deneuve qu'elle est une pute à cause de son rôle dans Belle de jour? Delaloye ne peut ignorer (c'est son métier à lui) que Schwarzenegger est de longue date un Républicain modéré, déjà associé à l'administration de Bush père, et qui s'est signalé depuis 8 ans par une fondation en faveur du développement éducatif d'enfants des milieux défavorisés; il a été l'un des piliers d'une initiative populaire en faveur des activités extra-scolaires, la proposition 49, approuvée l'an dernier en Californie. Tout cela n'en fait pas vraiment un monstre de foire en politique.

Troisième sexe

Une de ces histoires dont l'actualité britannique est friande dans le Daily Telegraph d'hier (en anglais; lecture gratuite mais il faut s'enregistrer): un juge a donné raison au propriétaire d'un pub qui a expulsé un groupe de 5 transexuelles parce que l'une d'elles avait utilisé les toilettes pour femmes (en réalité, il s'agissait donc d'hommes en voie de changer de sexe mais sans avoir encore achevé le processus, ce qui me paraît clairement les assimiler à des travestis). Soutenues par la commission officielle pour l'égalité, qui craint sans doute rien tant que de paraître bégueule, elles l'ont poursuivi pour discrimination sexuelle et ont donc perdu. Le fait que le propriétaire du pub ait précisé qu'il était gay et n'avait rien contre les transexuel-le-s n'a nullement diminué leur indignation devant une telle étroitesse d'esprit... Je me demande si elles n'ont pas surtout été vexées de ne pas avoir été plus convaincantes: il n'y aurait pas eu d'incident s'il n'avait pas été évident pour tout le monde qu'elles (qu'ils) étaient des hommes habillés en femmes.

D'un autre côté, je ne sais pas ce qu'auraient pensé les clients mâles en train d'uriner leur bière en voyant l'une de ces dames s'approcher et soulever l'avant de sa jupe -- ou même s'enfermer dans le cabinet côté hommes!

15.8.03

Constitution de l'Union européenne

On n'en parle plus beaucoup... Le Monde avait publié le 18 juin une version encore non définitive et surtout incomplète (il y manquait la partie III sur "Les politiques et le fonctionnement de l'Union"). Mais on trouve sur le site de la Convention européenne le texte intégral et définitif (la postérité doit elle vraiment retenir la note de transmission du secrétariat de la Convention à ses membres?), du Projet de traité établissant une Constitution pour l'Europe, du 18 juillet 2003. Un pavé de 263 pages, disponible en 11 langues.

J'avoue des sentiments mélangés: pas mal de déception (la place excessive du Conseil européen et de l'intergouvernemental, l'égalité géométrique des Etats à la commission), une inquiétude (une Constitution beaucoup trop bavarde, imprécise et détaillée, et de surcroît dépourvue d'un mécanisme de révision: ce n'est pas le Traité qui met fin à tous les traités, mais bien un Traité qui en demandera un autre, donc l'unanimité, pour la moindre modification). Et pourtant c'est un pas en avant, faire la fine bouche en s'y opposant serait la politique du pire en rejoignant ultra-nationalistes et altermondialistes (qu'on a vu manifester violemment contre le Conseil européen de Thessalonique en juin dernier)...

14.8.03

Les non-libéraux sont des anthropo... morphistes

Communistes, écologistes, nationalistes : même combat. C'est ce que j'apprends aujourd'hui, dans le cadre de ma quête des différentes manière d'exposer et défendre la pensée libérale.

En effet, pour lep's corner / blog, tous ces non-libéraux voient le monde à travers des lunettes antropomorphistes. Ils veulent lui donner un sens, alors que les libéraux en cherchent la logique :

Le sens (...) fait appel à une bonne dose d'anthropomorphisme. L'univers, le monde ou la société — ce dans quoi l'on baigne — a une forme humaine. Pas physiquement, bien sûr, mais psychologiquement : les "anthropomorphistes" calquent leur rapport au monde sur le rapport à l'autre. Les écologistes prennent la Terre pour une entité qui mérite d'être sauvée pour elle-même, ce qui est très ardu à justifier sinon par un mysticisme ridicule. Les communistes pensent les hommes comme les neurones constitutifs du grand ensemble qu'est l'Humanité, à la personnalité propre. Les nationalistes vénèrent leur patrie.
(...)
C'est pourquoi tous — qu'ils soient communistes, nationalistes ou écologistes — parlent de la politique comme d'un engagement. Une prise de position qui implique toute leur personne, puisque c'est purement de la personnalité que découlent les choix, pas du raisonnement. Les collectivistes anthropomorphistes mettent systématiquement dans la balance leur ego.

Dans ces conditions, la plus élémentaire psychologie suffit à nous faire comprendre pourquoi il est à ce point difficile d'argumenter avec un gauchiste : comment pourrait-il changer d'avis alors que son opinion est ce qui définit le plus profondément sa personne ?


Les libéraux, eux, sont dans le vrai et le juste parce qu'ils sont capables de penser à la fois la simplicité du fonctionnement de l'univers et sa complexité due à la quantité de ses constituants. Leur relation à l'univers est celle d'un observateur prisonnier qui cherche à théoriser et utiliser à son avantage au maximum.

Moralité. Alors qu'un certain marxisme prétendait à la scientificité, c'est maintenant un certain libéralisme qui prétend à l'exclusivité du raisonnement logique. Ce qui n'empêche pas le très grand intérêt de cet article auquel il me faudra revenir.

Cuisine interne

Pas d'entrée de ma part hier... Mais j'ai ajouté, en suivant l'exemple d'Oliver Kamm, un module (gratuit, comme l'outil principal proposé par Blogger) qui permet à nos éventuel-le-s lecteurs et lectrices de laisser des commentaires à la suite de nos entrées dans le blog.

Et les lecteurs anglophones, déjà, commencent d'arriver: rien moins que Norman Geras signale l'existence de ce blog-notes dans le cadre de son tour du monde des voix de gauche pour l'intervention en Irak. Merci! Et Swissroll ce serait un bon titre...

MISE A JOUR: changement de nom adopté! Nous passons de "Un blog-notes à quatre main - Commentaire de l'actualité..." à "Un swissroll - Blog-notes de l'actualité..."

DéDéDé : Défense du Défonceur de Déontologie

Paul Raw, le correspondant britannique de la Tribune de Genève d'hier affichait une solidarité admirative à l'égard de son camarade Gilligan dont on (pourquoi cette généralisation ?) peut deviner l'amertume, la BBC ayant lâché hier son chroniqueur, au moment même où celui-ci était entendu par le juge Hutton (...).

Or, selon Raw, cette audition a pourtant permis à Gilligan de persister et signer. En effet : Notes à l'appui, le correspondant militaire et diplomatique a confirmé les propos du défunt expert accusant Downing Street d'avoir déformé le rapport sur les armes de destruction massive (ADM) irakiennes.

Pire encore : Ancien spécialiste des questions de défense du Sunday Telegraph, Gilligan a confirmé que Kelly avait montré du doigt Alastair Campbell, le directeur de la communication de Tony Blair. A l'entendre, Kelly a bel et bien affirmé devant lui que la phrase sur la capacité irakienne à déployer les ADM en quarante-cinq minutes avait été ajoutée par le conseiller de l'ombre de Tony Blair et ce contre l'avis des services de renseignements.

Paul Raw n'envisage pas un instant qu'il puisse ne pas y avoir de corrélation entre l'exactitude avec laquelle Gilligan a rapporté les propos tenus par Kelly et leur fiabilité. Non, Gilligan est trop fort, on ne la lui fait pas :

Chasseur de scoops, Gilligan joue de la bonhomie comme on joue d'un camouflage. (...) Avec ses cent kilos, son crâne chauve, et ses lunettes, ce quadragénaire à la force et au souffle de taureau a l'air pataud. Mais la finesse est en-dessous.

Y aurait-il toutefois du venin (à l'effet sérum de vérité) en queue d'article ? Ou bien Paul Raw souscrit-il lui aussi au style de Gilligan-le-fonceur (en l'occurrence, il aura plutôt joué les défonceurs) qui n'a que faire des règles de déontologie internes qui exigent une double vérification de toute information ?

C'est lui qui l'a dit.


12.8.03

Le quatre-quarts du généreux Vincent Bénard

Avant-hier, je découvrais le spectre des six sortes de conservatismes. Aujourd'hui, j'ai répondu à la question de Vincent Bénard Et vous, quel libéral êtes vous ?, une question qui conclut une présentation très claire du libéralisme qu'il a classé en quatre catégories. Vous en saurez plus de mes pensées sur le libéralisme en lui répondant à votre tour.

Droits populaires: révocation

L'aboutissement de l'initiative en vue de la révocation du gouverneur de la Californie excite l'imagination, et pas seulement à cause de la candidature de Schwarzenegger. Mais la procédure paraît vraiment mal conçue: l'élection du successeur a lieu le même jour, sur le même bulletin, comme question éventuelle en cas de réponse positive à la question principale (Voulez-vous révoquer le gouverneur Gray Davis?). Même si le "oui" l'emporte par 60% à 40%, cela peut donner plus de partisans de Davis que de son futur successeur, à voir la dispersion des candidatures et des intentions de vote: Arnie mène actuellement dans les sondages, avec 25%.

A ce train là, il serait plus correct de prévoir que l'aboutissement de l'initiative (qui n'était pas aisé) entraîne ipso facto une nouvelle élection (comme l'hypothèse toujours évoquée mais jamais concrétisée, en France, du président qui démissionnerait pour se représenter), à laquelle le gouverneur sortant serait certainement candidat (dans le système actuel, Davis est l'un des rares citoyens à qui il est interdit de se présenter). Plus de détails sur les arcanes de ce scrutin (en anglais) ici et ici.

L'autre vice du système, c'est de court-circuiter la spécificité américaine de la sélection des candidatures à travers le processus de l'élection primaire...

11.8.03

Troisième voie africaine

Le blog de Torpedo donne la parole à Binta qui raconte la solution géniale que sa famille a eue et qui a permis de trouver une issue acceptable à l'obligation traditionnelle de l'excision.

Situation en Irak: contre-information

(...) les fidèles de Saddam et les djihadistes arabes ne sont pas parvenus à infliger des pertes substantielles, alors même que leurs rangs ne cessent de s'éclaircir. Le bilan de la 4e division d'infanterie (DI), depuis le 1er mai, est ainsi sans appel : pour 4 soldats tués, ses formations ont éliminé entre 100 et 200 combattants ennemis. De plus, les raids incessants que ceux-ci subissent multiplient les prisonniers, alors que le nombre de patrouilles et de contrôles limite leurs mouvements et réduit la coordination entre leurs différents groupes. Les apparitions rituelles de combattants masqués sur la télévision Al Arabiya et le ciblage de plus en plus fréquent de civils irakiens ne sont que l'expression d'une situation désespérée.

(...) chaque formation dispose d'un budget propre pour mener à bien des projets de reconstruction dans son secteur, et ainsi améliorer les conditions de vie locales tout en fournissant du travail aux entrepreneurs. La task force Scorpion des Marines, qui compte un millier d'hommes, a par exemple dépensé 350'000 $ dans la province de Babil. La 101e division aéromobile a investi 11 millions de dollars pour 1398 projets distincts dans le nord du pays, dont la remise en service d'un train reliant Mossoul à la Syrie et interrompu depuis plus d'une année. La 3e DI a injecté 2 millions à Fallujah pour la rénovation des services publics. La 4e DI a réparé 27 hôpitaux et 174 cliniques, reconstruit 11 écoles, alors que 35 autres sont en cours de reconstruction - tout comme 5 installations de purification d'eau.

(...) Les 324'000 enseignants irakiens sont tous retournés au travail, et leur salaire a été multiplié par 7. De plus, 1000 nouvelles écoles sont construites et 13'000 sont en cours de réparation. En tout, le 95% des écoles fonctionnent normalement et 5,5 millions d'écoliers ont pu effectuer les examens de fin d'année, tout comme la presque totalité des étudiants. Les 22 facultés universitaires de Bagdad avaient toutes réouvert à la mi-juillet. La disparition des informateurs de la police secrète d'Etat et la mise au rebut des manuels vantant la grandeur du dictateur déchu ont d'ailleurs complètement transformé la vie des étudiants et les pratiques pédagogiques.

(...) A la mi-juillet, un sondage très complet effectué à Bagdad par une société britannique - avec des enquêteurs irakiens - a fourni des résultats on ne peut plus intéressants. Parmi les 798 personnes interrogées, 50% d'entre elles approuvent en effet la guerre menée par les coalisés contre le régime de Saddam Hussein, contre 27% qui s'y opposent. Alors que les deux principaux motifs pour cette guerre leur semblent le pétrole irakien et la sécurité d'Israël, ce qui montre bien leur suspicion à l'endroit des Américains, 76% des sondés estiment néanmoins que ceux-ci doivent rester au moins 12 mois. Par ailleurs, 47% jugent que leur vie est pire aujourd'hui qu'un an auparavant contre 32% qui voient une amélioration, mais 52% pensent qu'elle sera meilleure dans 5 ans contre 11% qui prévoient une détérioration.


Lisez-vous même l'ensemble du texte, sur un site qui contient bien d'autres informations et analyses stimulantes.

10.8.03

Eglise anglicane

Pour moi qui vis à Londres, la nomination d'un évêque ouvertement gay dans la branche américaine de la communion anglicane est venue s'inscrire dans une suite d'événéments qui ont marqué l'actualité quotidienne ces dernières années (l'Eglise anglicane est religion d'Etat, ici):
-- La décision d'autoriser les femmes à accéder à la prêtrise, prise il y a quelques années dans un grand tumulte avec menaces schismatiques: cela s'est soldé par quelques transferts à l'Eglise catholique romaine.
-- La désignation de Rowan Williams comme primat de l'Eglise anglicane (et par là-même chef de la communion anglicane dans le monde): l'un des principaux points contestés alors par ses adversaires était son attitude considérée comme ouverte, favorable aux gays.
-- Le suspense autour de la nomination, finalement avortée, de Jeffrey John comme évêque auxiliaire de Reading, en Angleterre.

Mgr Williams se trouve dans la position peu enviable du traître et de l'apparatchik: il avait approuvé préalablement la désignation par l'évêque d'Oxford de Jeffrey John, qui est un de ses amis personnels; mais soumis aux pressions que Guillaume Barry a rapportées, il a craqué; et plutôt que d'assumer en refusant, comme il en avait le pouvoir, la nomination qui lui était alors formellement soumise, il a obtenu le retrait "volontaire" de l'intéressé. On voit là aussi le défaut d'une procédure, en Angleterre, moins collective: dans l'Eglise épiscopalienne, c'est à trois reprises mais toujours par des collèges que la désignation de Gene Robinson comme évêque du New Hampshire a été approuvée.

Une autre distinction intéressante: en Angleterre on mettait en avant le fait que Jeffrey John n'était depuis plusieurs années plus un homosexuel "pratiquant", se conformant ainsi à une subtile distinction encore opérée par la communion anglicane dans son acceptation des gays et des lesbiennes; il vit pourtant toujours avec son partenaire et a quelque peu diminué la valeur du "sacrifice" consenti en observant que cette situation est aussi celle de bon nombre de couples hétéros après plus de 20 ans... Gene Robinson ne proclame rien de tel, bien au contraire: sa défense de la sexualité dans le couple est pour le moins robuste et paraît tirée tout droit du Cantique des cantiques (citée hier dans le Daily Telegraph reprenant une tribune de Mark Steyn -- qui paraît perdre de vue que le propos a une valeur plus générale, et que l'interdiction à l'ordination d'un prêtre gay ne pénalise pas seulement celui-ci, ou les gays, mais toutes celles et tous ceux pour qui il est le meilleur possible: pourquoi devraient-ils en avoir un moins bon, mais hétéro?)...

Ultime rappel: Gene Robinson est le premier évêque assumant ouvertement son homosexualité, mais il n'est pas le premier gay à exercer une telle fonction, et certainement pas même dans l'Eglise catholique romaine; dans la communion anglicane plusieurs évêques ont fait leur coming-out après avoir quitté leurs fonctions (pour l'Eglise épiscopalienne, l'ancien évêque de l'Utah en 1993).

Sevrage

De retour après trois jours de vacances (dans le Dorset, côte sud ouest de l'Angleterre: une immense plage, très peu fréquentée: idéal par ces canicules). Je ne l'avais pas annoncé car je pensais trouver peut-être un café Internet là-bas, mais non. C'était l'occasion de vérifier si ma dépendance à l'Internet en général (et à la blogosphère en particulier) avait atteint un stade toxique: j'y ai bien pensé, mais sans plus, et j'ai survécu sans dommage, j'en suis moi-même surpris!

Décomposition spectrale des conservatismes américains


* libertariens
* « mainstream conservatives »
* néo-conservateurs
* paléo-conservateurs
* paléo-libertariens
* « néo-paléoconservateurs »


Telles sont les six espèces de conservateurs made in USA répertoriées par Jim Kalb - une présentation hyperanalytique des plus instructives que la synthèse en français de Melodius vient de me faire connaître.

MISE A JOUR : Je viens seulement de finir de lire le FAQ exhaustif de Kalb. Intéressant de voir comment un conservateur, disons radical (ou néo-réac?), qui semble se dire proche de la Nouvelle-Droite française, raisonne et argumente sous forme de questions-réponses. Son attaque en règle du libéralisme (qui, pour un Européen, recouvre aussi bien le libéralisme modéré que la social-démocratie) fait mouche sur un ou deux points. C'est l'opposition classique : d'un côté, l'individualisme considéré comme basé sur l'égoïsme des pulsions et des intérêts, dit autrement, c'est notre société qui ne favorise pas le sens moral, comme par ex. la responsabilité envers soi-même et les autres ; de l'autre côté, on aurait la tradition (globale, qui s'est formée peu à peu à travers l'histoire du groupe, pas forcément ou pas seulement religieuse) qui précède les individus et les transcende, favorisant davantage de sentiments moraux comme la loyauté. Dommage que ces principes respectables soient invoqués dans un autre FAQ pour expliquer que la place des femmes est à la maison, et que la non-discrimination des homos est mauvaise pour la société.

9.8.03

Les positions divergentes interpellent Le Temps

Le Temps d'aujourd'hui nous apprend qu'

Hier, l'Eglise épiscopalienne (anglicane) des Etats-Unis a adopté une résolution autorisant la reconnaissance des rites de bénédiction pour les couples homosexuels dans les diocèses qui les pratiquent déjà.

C'est le début d'un article (l'accès est gratuit pour celui-là) dans lequel Patricia Briel s'interroge avec une fausse candeur sur l'extrême différence des prises de positions en la matière alors qu'elles (les Eglises) lisent la même Bible . Malheureusement, l'espace alloué au sujet l'a contrainte à restreindre les réponses de trois théologienNEs à ce qui est strictement basique. Une fois de plus, le catholique fait un grand écart pour concilier enseignement traditionnel et ouverture. Quant aux deux protestants cités, il et elle défendent des positions pour le moins homoamicales.

7.8.03

Arnold et Andrew

Notre maître à  tous a interrompu ses vacances pour les beaux yeux d'Arnold Schwarzenegger. L'acteur candidat au poste de gouverneur de la Californie s'affichant pro-gay et pro-choix (= pour le droit d'avortement), que lui demander de plus lorsqu'on est un gai Républicain ? (Une info d'InstaPundit.)

Interdiction de discrimination vs liberté religieuse

Une paroisse catholique allemande a été condamnée pour avoir refusé la location d'une salle lorsqu'elle a découvert qu'il s'agissait d'un couple gai. Lire la brève de gay.com. En Grande-Bretagne, plusieurs Eglises demandent d'avoir le droit de ne pas engager (voire de licencier) des collaborateurs dont le style de vie ou les convictions ne correspondraient pas aux standards de l'Eglise.

Pour qui se réclame des valeurs libérales, qui impliquent le refus de toute discrimination en même temps que le respect des convictions religieuses et le droit, pour des personnes privées, de s'associer et de s'organiser comme bon leur semble, sans intervention de l'Etat.

Est-ce le cas typique d'un dilemme libéral ? En tant que gai, je militerai pour qu'on fasse appliquer en priorité les lois antidiscriminatoires. En tant qu'hypothétique patron ou propriétaire, individuel ou collectif, je souhaiterai qu'on me laisse employer qui je veux et la même chose en ce qui concedrne la mise à disposition de mes locaux.

A noter cependant que la paroisse allemande a rompu un engagement. Gageons qu'à l'avenir, les paroisses homophobes (par nécessité ou par choix) seront davantage sur leur garde en matière d'identité sexuelle de leurs usagers.

Disons-le crûment, comme au café du commerce

Le Dr Kelly est quelqu'un qui aura em...bêté tout le monde : Gouvernement, Service des renseignements et BBC - ce, jusque dans sa mort. Travaillé par ses convictions bahaies pacifistes, il s'est mis dans la tête qu'il devait encore (même rétrospectivement) faire quelque chose pour la paix. Il a donc fait quelques fausses confidences auprès de journalistes de la BBC, dont Gilligan, qui de son côté a sans doute également gonflé ( en anglais "sexed up") son récit. Résultat : le responsable de la Communication du Gouvernement est mis en cause. Le nom de Kelly est lâché - parce qu'à ce moment-là, on ne voit pas comment s'y prendre autrement. Kelly comparaît devant une Commission parlementaire à qui il ment aussi. Peu auparavant, ses employeurs lui ont fait comprendre que sa retraite risquait d'être moins dorée que celle qu'il était en droit d'attendre. Confronté à  cette perspective et à  celle de voir ses mensonges étalés au grand jour, le malheureux scientifique, déjà  sujet à la dépression, ne voit d'autre issue que le suicide. C'est triste pour lui et sa famille, mais c'est autrement plus fâcheux pour Tony Blair et son Gouvernement, qui n'avait pas besoin de ça.

Henri Tachan

Il serait improbable que ce blog ne mentionne pas Henri Tachan, un chanteur français dans la ligne de Brel, Brassens ou Ferré -- mais toujours vivant, et moins connu! Je lui consacre un site qui m'a permis de rencontrer une autre communauté virtuelle (dont je crains qu'elle ne comprenne pas beaucoup de partisans de l'intervention en Irak...). Et depuis lundi je me repasse une émission de France-Inter [lien rompu]: Tachan y dévoile les ressorts de la passion pour la musique classique qu'il marie à ses chansons à texte. Si vous ne pouvez pas l'écouter, lisez le programme.

6.8.03

Off the record: Kelly II

Après le Dr David Kelly, c'est Tom Kelly, l'un des deux porte-paroles de Blair, qui a cru pouvoir impunément parler off the record à un journaliste... qui s'est empressé de trahir son anonymat en violation de tous les usages, comme le révèle le Daily Telegraph (la lecture est gratuite, mais il faut s'enregistrer). Je ne suis pas encore suffisamment familier de la culture anglo-saxonne pour apprécier l'injure que représente la comparaison du scientifique qui s'est donné la mort avec Walter Mitty, personnage de fiction caractérisé par sa mythomanie, mais je ne peux m'empêcher d'avoir une certaine sympathie pour l'homme qui s'est fait piéger.

Il y aura certainement bien des occasions de revenir sur le scandale de la campagne menée par le journaliste Andrew Gilligan et la BBC contre l'intervention internationale en Irak, notamment avec l'enquête publique que conduit un juge, Lord Hutton, sur les circonstances qui ont conduit à la mort de celui que Gilligan présente comme la source de son scoop sur la soi-disant manipulation du dossier émanant des services spéciaux sur la menace que représentait le régime irakien. Mais il est inévitable que cela éclabousse également le Dr Kelly: par exemple il a déclaré à une commission parlementaire "ne pas se souvenir" d'avoir également parlé à un autre journaliste de la BBC... Il est bien sûr maladroit pour le porte-parole de Blair d'être celui qui attire l'attention sur ces questions, mais c'est le même Telegraph, dans un éditorial et dans un article de Matthew d'Ancona, tous deux du 27 juillet, qui a publié la mise en cause la plus ferme de celui que sa mort devait rendre intouchable. Un suicide intervenu, je ne l'ai vu relevé nulle part, le jour même où, de manière inattendue, Gilligan était appelé à témoigner une seconde fois devant la commission parlementaire.

Il est donc inévitable que les raisons qui ont pu amener le scientifique à se prêter aux questions du journaliste soient l'un des éléments de l'enquête, et Tom Kelly n'a apparemment rien dit d'autre. Personnellement, j'aurais plutôt invoqué le Le Carré de la grande époque pour comprendre et décrire la psychologie des deux personnages, Gilligan et le Dr Kelly...

Blog francophone

Peut-être que je m'y prends mal... mais comment se fait-il qu'en anglais je navigue de blog en blog, entre euphorie et humilité d'être autorisé à entrer dans l'esprit de Norman Geras, Oliver Kamm ou Andrew Sullivan, pour n'en citer que trois, et qu'en français je ne trouve que des blogs d'informaticiens boutonneux? Où sont les blogs de BHL, Pascal Bruckner ou même Henri Lepage? Les "intellectuels" autoproclamés dont la France est friande craindraient-ils de s'exposer à la populace? Je promets de publier les démentis / compléments (je les appelle de mes voeux!).

Une autre chose qui me fascine, dans ma courte immersion dans la blogosphère, c'est que le blog s'inscrit en somme contre la pensée unique: c'est ce qui nous donne cette galaxie des blogs anglo-saxons de gauche pour la guerre et pour Bush (contre la nullité présente des démocrates américains, des libéraux britanniques et de la majorité silencieuse des travaillistes qui subissent un Blair admirable) et en France ces blogs libéraux / libertaires, contre la gauche mais aussi la droite étatiste de Chirac / Raffarin; mais quel sectarisme...

Les voies du blog...

Sur le blog Biased BBC, Nathalie Solent donne suite à un courriel que je lui avais adressé: c'était à propos d'un message mis en ligne le 29 juillet sur le blog de Jane Galt selon lequel la fiche-pays consacrée à la Corée du Nord, sur BBC online, ne mentionnerait même pas qu'il s'agit d'un régime communiste / stalinien / totalitaire. Publiées à la suite du message, 18 réactions allant de l'indignation partagée à l'accusation de paranoïa (parce que tout le monde le sait, ou que la fiche mentionne quand même un "rigide système de contrôle étatique"). Le 19e ne voit pas où est le problème: la deuxième phrase du chapeau en gras est "C'est l'un des derniers régimes communistes au monde". Le 20e, votre serviteur, signale que la page de BBC online a été actualisée le 1er août: la phrase serait-elle nouvelle?

Nathalie répond hier qu'elle n'en sait rien, qu'il est possible qu'une correction soit intervenue mais aussi que l'on peut se laisser emporter dans la dénonciation et ne pas prêter assez attention au chapeau... Douglas C. apporte ce matin le fin de mot de l'histoire en renvoyant au cache de la page en question sur Google: dans la version du 24 mai, la phrase en question ne figurait pas! Elle a donc bien été ajoutée pour faire taire les critiques du blog...

Moeurs ecclésiastiques : les Américains devancent les Anglais

Début juillet, le premier évêque anglican ouvertement gai a failli être anglais. La mouvance évangélique a eu raison de lui : bien plus que les incantations bibliques, ce sont les arguments d'ordre financier (suspension du reversement des contributions des paroisses les plus riches à la caisse centrale).

A peu près en même temps, de l'autre côté de l'Atlantique, la Cour Suprême des Etats-Unis déclare - enfin - inconstitutionnelles certaines lois anti-sodomie, tandis que le Président proclame son hostilité à l'ouverture du mariage aux homosexuels, tout en les assurant de sa compassion "car nous sommes tous pécheurs" - dit-il. Que fait l'Eglise épiscopalienne pendant ce temps ? Elle est en plein processus d'élection d'un évêque pour le New Hampshire (au terme d'une sélection effectuée parmi plusieurs centaines de candidates et candidats). L'évêque qui a été jugé le meilleur se trouve être gai. Annoncée le lundi 4 août, son élection a été confirmée ce matin.

Je ne sais pas si un chantage d'ordre financier a eu lieu. Je sais en tout cas que, comme dans le cas anglais, des Eglises africaines ont menacé de rompre la communion, refusant de se faire imposer les valeurs décadentes de l'Occident. Il sera intéressant de voir si elles mettront ces menaces à exécution ou si des considérations financières, dans le sens inverse cette fois, reporteront à une date indéterminée le passage à l'acte.

MISE A JOUR : En attendant, gay.com rapporte la réaction de l'évêque de Sidney publiée le 7 août.

5.8.03

L'Irak de Vargas Llosa dans Le Monde

Depuis hier, Le Monde publie une série de six articles de l'écrivain péruvien libéral Mario Vargas Llosa de retour d'Irak. Ca console un peu du parti-pris rédactionnel hostile à l'intervention de la communauté internationale (qui continue avec les "mensonges" de Bush ou Blair assenés comme des faits avérés): avantage des grands journaux, ils sont en quelque sorte contraints au pluralisme et c'est quand même aussi dans Le Monde que j'ai pu trouver bon nombre d'informations intéressantes et de positions à contre-courant.

C'est un peu comme si l'attaque dont la direction du journal est victime au travers du livre de Pierre Péan et Philippe Cohen, La face cachée du Monde, avait amené le journal à opérer une régression infantile: retrouver le temps bienheureux de l'antiaméricanisme et de l'admiration pour les Khmers rouges? Les auteurs s'indignent que Le Monde ait changé: mais c'était pour le meilleur! A-t-on assez reproché à Jean-Marie Colombani d'avoir titré, le 13 septembre 2001, "Nous sommes tous Américains"...

4.8.03

Et les orphelins des Eglises?

La guerre en Irak aura été l'occasion d'un rare moment de concorde, de symphonie quasi parfaite entre toutes les Eglises, quelles que soit leur orientation théologico-politique. Bush n'a en effet été soutenu que par une minorité de dénominations parmi les plus fondamentalistes. Sa propre Eglise, méthodiste, a opté pour l'irénisme, à l'instar de l' Alliance Réformée Mondiale et du Pape. Mais le Souverain Pontife avait des raisons supplémentaires (et peut-être prépondérantes) de s'opposer à la guerre - des raisons qui restent pour l'instant plus ou moins obscures. Il s'agit de l'Eglise chaldéenne (ou babylonienne), c'est-à-dire l'Eglise catholique en Irak, dont Tariq Aziz, le ministre des affaires étrangères de Saddam, est un membre éminent.

A ma connaissance, il ne s'est trouvé aucune personnalité religieuse, aucune instance théologique pour non pas soutenir la guerre, mais au moins refuser qu'on s'oppose frontalement à la libération du peuple irakien. Alors que dans les années glorieuses du combat contre l'apartheid, le programme de lutte contre le racisme mis en place par le Conseil Oecuménique des Eglises lui a valu de se faire taper sur les doigts, dans la mesure où la lutte armée de l'ANC était passée sous silence.

Si quelqu'un a de quoi me détromper en la matière, son avis sera le bienvenu.

La gauche pour l'intervention en Irak

Instapundit signale la reprise, sur un site dérivé du Wall Street Journal, d'un texte que Norman Geras avait publié dans son blog et qui a immédiatement été largement répercuté. Norman Geras est un marxiste, spécialiste de Rosa Luxembourg, professeur à  l'Université de Manchester. Son texte, Une défaite morale -- Pourquoi cette gauche qui manifeste pour Saddam Hussein?, est une adaptation d'une conférence prononcée à un séminaire trotskyste en juin dernier... Geras est probablement le représentant le plus éminent de de ces orphelins de la gauche réunis par la blogsphère, qui ont la naïveté de penser qu'il est juste de renverser un tyran, et que le 11 septembre 2001 est une attaque contre la liberté qui demande une riposte aussi longue et décisive que nécessaire.

Si vous ne lisez pas l'anglais, je ne peux que vous renvoyer aux modestes contributions que je suis pour ma part fier d'avoir apportées dans ce sens en Suisse: un article dans l'hebdomadaire indépendant de gauche Domaine Public, un débat dans la Tribune de Genève et une tribune dans le quotidien Le Temps.

Bonnes vacances Andrew -- et bon anniversaire!

Nous serons privés pour un petit mois de notre pitance quotidienne ("daily dish", titre de son blog). L'occasion ou jamais, si vous ne connaissez pas Andrew Sullivan mais lisez l'anglais, de vous y plonger. Catholique, conservateur et gay, Anglais vivant aux Etats-Unis, Sullivan tire de ces diverses facettes de son identité la matière d'un blog fascinant (outre des publications abondantes sous forme de livres ou d'articles).

Qui saura nous dire la date précise de son anniversaire? Nous disposons de deux indices: c'est avant Labor Day (le 1er septembre) et, preuve irréfutable du complot dont il est cette fois l'instrument et non le dénonciateur patenté, c'est précisément le jour choisi par Chomsky pour venir donner une conférence sur le lieu de villégiature de Sullivan...

"Altermondialistes"

Sur son site pré-blog, l'indépendant de droite Philippe Barraud laisse non sans raison courir son indignation sur la pantalonade d'un participant aux manifestations qui ont créé passablement de dégâts à Genève à l'occasion du sommet du G8 à Evian en juin dernier: protestation de vertu outragée (complaisamment répercutée par les médias) lorsqu'il apprend qu'il est recherché par la police, qui se termine en piteux ergotage sur la nature de sa participation aux faits, une fois confronté à une vidéo...

Droits populaires: naturalisations

La décision du Tribunal fédéral de déclarer inconstitutionnel l'octroi de la nationalité suisse par votation populaire (communiqué en français -- tant qu'il n'est pas remplacé puisque le site du TF n'a pas l'air de les archiver) continue de faire du bruit (Pierre-André Stauffer dans L'Hebdo de cette semaine), et probablement pas seulement parce que c'est l'été. Quand j'en ai pris connaissance, de Londres sur le web, j'ai personnellement été choqué: jugement "politiquement correct" qui marque une tentation vers le pouvoir politique des juges (encore moins acceptable en Suisse que dans d'autres pays parce qu'elle peut mettre le pouvoir judiciaire en conflit non pas seulement avec d'autres pouvoirs de l'Etat, mais avec le peuple lui-même), formalisme dogmatique de traiter la naturalisation comme un acte administratif de la même nature, en somme, qu'un permis de conduire, tendance à  voir de la discrimination partout...

Je m'empresse de préciser que je ne suis pas partisan des naturalisations par votation, et que j'accueillerais avec faveur une dépolitisation du processus d'acquisition de la nationalité: à Genève, cette décision fait intervenir le conseil municipal de la commune concernée (ou l'exécutif communal) et est du ressort du Conseil d'Etat (gouvernement cantonal) in corpore; en cas de refus, la personne concernée peut solliciter une décision du Grand Conseil (parlement cantonal)!

J'ai eu un peu plus de compréhension pour les juges fédéraux en réalisant qu'ils ont statué simultanément sur deux affaires: une demande de déclarer nulle la fameuse votation intervenue dans la ville d'Emmen qui a vu certains étrangers naturalisés, les Italiens, mais pas d'autres, les ex-Yougoslaves (texte de l'arrêt, en allemand); et une initiative populaire de l'UDC qui voulait introduire la naturalisation par le peuple plutôt que par les autorités en ville de Zurich (texte de l'arrêt, en allemand). Pour prendre une analogie avec le droit de vote des femmes: si le TF, alors, a su résister à la tentation d'octroyer par voie judiciaire les droits politiques aux femmes, il est néanmoins clair qu'une initiative populaire qui aurait tenté de les supprimer dans un canton où ils avaient été acquis aurait dû être déclarée contraire aux droits fondamentaux garantis par la Constitution fédérale. Dans le cas précis, il était donc difficile de déclarer l'initiative zurichoise inconstitutionnelle tout en prenant une mesure ménageant mieux la susceptibilité des collectivités mises en cause.

Il me semble que ces arrêts du TF marquent symboliquement l'achèvement d'un cycle de 50 ans: celui de l'apothéose des droits populaires, ramenés aujourd'hui au rang d'instrument contingent. Le cycle a commencé dans les années 50 avec les arrêts Rheinau et Savary: les juges fédéraux faisaient alors preuve de la plus grande largeur de vue pour "sauver" des initiatives que les autorités tentaient d'annuler (pour cause de remise en cause d'un ouvrage déjà  construit, par exemple). Depuis la doctrine dominante et la pratique ont toujours cherché la protection ou l'extension maximale des droits populaires (in dubio pro populo, le doute doit profiter aux droits populaires, selon l'adage forgé en latin par le professeur Jean-François Aubert, application non seulement à des normes mais à des décisions concrètes telles qu'autoroutes et centrales nucléaires).

Aujourd'hui le vent a tourné: la même élite libérale (au sens étymologique) qui a porté ce mouvement n'y voit plus d'intérêt, médias et universitaires qui auparavant louaient la capacité des droits populaires de faire évoluer la société suisse ne voient plus que blocages et populisme. Il y a peu d'années, le TF n'a pas cherché à "sauver" l'initiative qui voulait remettre en cause le stade (et surtout centre commercial) de Genève, et maintenant il ne prend pas de gants pour décréter que, même là où elle existe sans problème depuis longtemps, la naturalisation par votation est intolérable. La boucle est bouclée: dans la Tribune de Genève, la semaine dernière (mais l'interview n'est pas en ligne), le professeur Andreas Auer, naguère à l'avant-garde des droits populaires et toujours directeur du Centre d'études et de documentation sur la démocratie directe de l'Université de Genève, confirme que le réexamen devrait aussi concerner d'autres objets régulièrement soumis en votation (référendum financier, traditionnellement défendu par la droite) tout en niant encore que cela aura aussi des répercussions sur les décisions en matière d'aménagement du territoire (au détriment de la gauche et des Verts).

3.8.03

Sur NOTRE blogue-notes

Je fais le grand saut et me voilà aussi.

A l'eau!

C'est parti pour le plongeon dans la blogosphère!

This page is powered by Blogger. Isn't yours?