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29.11.04

Après eBay, Pierre Omidyar révolutionne le charity business

Le web (ou plus généralement le Net) a déjà révolutionné l'économie (en automatisant et court-circuitant nombre d'intermédiaires, en permettant des valeurs ajoutées nouvelles, comme l'illustrent des plate-formes comme eBay et des entreprises comme easyJet ou Amazon) et la politique (au travers de l'auto-organisation, via des plate-formes comme Meetup ou la mise en place de sites véritablement interactifs comme on les a vus à l'oeuvre dans la campagne présidentielle américaine ou dans le mouvement altermondialiste, et de l'auto-expression, via les blogs, sans oublier la première étape décisive que fut l'avènement du courrier électronique et des listes de discussion, suivies par les groupes basés sur le web avec des outils comme Yahoo ou MSN).

Mais la vie ne se résume pas à cette grande division entre l'économie et la politique, ou le marché et la démocratie, ou l'entreprise et l'Etat. On oublie souvent le troisième larron: le secteur associatif, l'économie sociale, le secteur communautaire, le tiers secteur, le secteur non lucratif (la difficulté de le nommer et d'en fixer précisément les contours est une de ses caractéristiques). On y trouve des groupes fondés aussi bien sur l'entraide (l'échange) que sur le don (purement caritatif) que sur des prestations économiques (mais à but idéal, par exemple écologique, tout profit étant réutilisé dans le même but et non distribué), de l'échelle individuelle non structurée à la multinationale (qu'on pense aux grandes organisations humanitaires telles qu'Oxfam ou écologiques comme le WWF).

Eh bien le tiers secteur est lui aussi à la veille de sa révolution digitale. Non seulement par la mise en place de plate-formes nouvelles, telles que Spirit of America (qui met en contact directement des projets d'aide humanitaire ou de coopération au développement avec des donateurs) mais par l'action de personnes telles que Pierre et Pam Omidyar qui, fortune faite après avoir créé eBay, se consacrent désormais à plein temps à la philanthropie. Selon une tradition tout à l'honneur de l'aile idéaliste du capitalisme, qu'illustre également un Bill Gates, ils destinent la plus grande partie de leur fortune au financement de bonnes causes; l'innovation, c'est qu'ils paraissent décidés à changer aussi le processus d'attribution pour s'en remettre aux destinataires, aux acteurs eux-mêmes, en créant les outils nouveaux nécessaires pour cela.

Vous trouvez tout cela un peu nébuleux? On n'en est qu'au tout début. Pour moi, comme militant politique et associatif à l'occasion actif sur le front des droits de l'homme, du développement ou de l'écologie, la problématique est ancienne: j'avais écrit un article sur la manière dont le Net pouvait transformer l'activitité associative en 1998 déjà, le caractère fictif de la frontière entre ce qui est lucratif et non lucratif dans l'activité à but idéal est un de mes dadas. Mais je n'ai découvert Omidyar que le week-end dernier, au travers de ce billet de Jeff Jarvis qui m'a amené à cet article dans Business Week ainsi qu'à cette interview de Pierre Omidyar (dont les ambiguïtés ne m'échappent pas: est-il vraiment logique de fuir un endroit au motif qu'il est trop cher pour que les fonctionnaires qui assurent le service public y vivent, pour se retrouver dans une de ces gated communities coupées du monde extérieur?), puis à sa fondation et surtout au premier résultat de ces efforts: la communauté virtuelle Omidyar.net. Je viens d'adhérer, reste à voir si je peux encore dégager le temps nécessaire pour m'y impliquer, et si j'ai quelque chose à y apporter et à en tirer...

28.11.04

Les quatre guerres en Irak

Norman Geras suggère une décomposition utile pour discuter les protagonistes et responsabilités de ce qui se passe en Irak:
Les milieux qui, en Occident, persistent à s'opposer à la coalition, dit Norman, ne le font pas par rapport à la guerre réelle en cours, mais par rapport au prélude à la première guerre et par rapport à ceux qui l'ont engagée ou la soutiennent. Il est trop facile de faire porter le blâme seulement d'un seul côté (la coalition), sans opérer les distinctions nécessaires ni voir l'autre côté. Norman illustre le raisonnement en inversant les termes: même lorsqu'il n'y a aucun doute sur le caractère injuste et monstrueux d'une guerre et de ceux qui l'ont commencée, est-ce vraiment Hitler qui est responsable de Dresde, les Japonais d'Hiroshima et Nagasaki? Mais si vous savez l'anglais, lisez l'original!

"Cadavre exquis" pour la Constitution européenne?

En prélude au dénouement (au moins provisoire), du débat gaucho-français sur le traité constitutionnel de l'UE, Le Monde de samedi a publié une tribune de trois chefs de gouvernements socialistes, Stanislav Gross (République tchèque), Gerhard Schröder (Allemagne) et José Luis Zapatero (Espagne): Oui, trois fois oui à la Constitution européenne.

Sur le fond, rien à redire. Rien de très décoiffant non plus; c'est peut-être lié la forme, et cette note finale m'intrigue:
Traduit de l'allemand, de l'espagnol et du tchèque par les services de la présidence du gouvernement espagnol.


Le blog, virus de la démocratie

Réunir des fonds pour mettre un hébergement gratuit et un outil d'édition à disposition des blogueurs de langue arabe: c'est l'un des nombreux projets mis en oeuvre par une organisation d'aide humanitaire et de coopération au développement entièrement basée sur le web et les blogs et née de la situation en Afghanistan et en Irak, Spirit of America.

L'opération se double d'une compétition entre blogs pour voir qui réunira la somme la plus importante d'ici le 15 décembre. Un swissroll s'est inscrit dans un team initié par Jeff Jarvis (Buzzmachine):

COMPLEMENT DU 12.12: Liens actualisés, pour éviter une dispersion des forces l'ensemble des blogs qui réunissent des fonds pour l'hébergement gratuit et l'outil destiné aux blogueurs de langue arabe se sont regroupés sous la bannière de Pajamahdeen - Operation Viral Freedom.



27.11.04

Jacques-Simon Eggly, parlementaire médian

Quel destin! Oh, pas au sens tragique: JSE est plutôt une version suisse de Jean d'Ormesson. Avec son style limpide, à la fois lisse et clair et tellement prévisible, il est depuis plus de 30 ans la voix de la droite patricienne, comme éditorialiste du défunt Journal de Genève puis aujourd'hui comme chroniqueur au Temps, comme élu (nous siégions ensemble, c'est-à-dire face-à-face, il y a quelque 25 ans au Grand Conseil genevois), un temps comme président du parti libéral suisse.

Et voici qu'une étude sur les votes nominatifs le désigne comme le parlementaire médian du Conseil National: celui qui a autant de collègues sur sa droite que sur sa gauche.

Finira-t-il trotskyste?! Je ne crois pas, sa continuité est au contraire remarquable. Edgar Faure se défendait d'être une girouette, "c'est le vent qui tourne"... J'ai comme l'impression que le nouveau positionnement de JSE au centre est révélateur d'un glissement du paysage politique suisse autour de lui.

COMPLEMENT DU 28.11 DE GUILLAUME BARRY: La comparaison avec d'Ormesson joue pour le côté droite patricienne et prévisibilité. Mais elle est injuste en raison du côté narcissique du Français, de l'image imbu et satisfait de lui-même qu'il donne. JSE est certes très sûr de lui, mais, en bon protestant, il respire le sens de l'intérêt supérieur.

Architectes de stades

Je ne suis pas vraiment porté sur le football, mais l'architecture me passionne. Mon oeil a dès lors été attiré, à la page Sports du Financial Times du week-end, sur cet article à propos des architectes bâlois Herzog et De Meuron. Ils sont connus à Londres pour la Tate Modern, mais ils sont aussi les auteurs des stades de football de Munich (Coupe du Monde 2006), Beijing (Jeux Olympiques 2008) et Bâle (Championnat d'Europe 2008) et rêvent d'en construire un en Angleterre.

Comme je suis sûr qu'ils y pensent aussi, j'aurais bien voulu connaître leur réponse à la préoccupation de ceux pour qui un stade évoque surtout Santiago en septembre 1973.

26.11.04

Même Le Monde est capable d'autocritique (sans le dire)

Dénigrer la démocratie américaine, c'est, comme souvent dans le passé, s'aveugler sur les problèmes de l'heure et retarder le moment d'en débattre.
Patrick Jarreau signe, en Une de l'édition datée d'aujourd'hui, une analyse intitulée Crispation américanophobe (sans même un point d'interrogation) qui tranche agréablement avec l'ordinaire du journal.

Mais pas de surprise: il ne figure pas au hit-parade des dix articles les plus recommandés par les internautes qui fréquentent le site!

25.11.04

Du blog au papier

Mon billet de l'autre jour sur le CICR en Irak a les honneurs de L'Invité dans la Tribune de Genève d'aujourd'hui (la photo, publiée dans le journal imprimé mais pas sur le site, est toutefois celle de mon frère Yves!)... Sous une forme revue et corrigée qui illustre deux caractéristiques reconnues du blog face aux médias traditionnels:
L'exercice de réécriture était à la fois facilité par l'existence de la matière première et stimulant par le rapport différent au public qu'il exige (également du fait de l'absence de ces hyperliens qui, sur un blog, permettent au lecteur de ne pas prendre pour argent comptant ce qu'on lui raconte, et de chercher par lui-même à en savoir plus).

COMPLEMENT DU 2.12: Le CICR répond.

24.11.04

Election ukrainienne

Vaclav Havel parle (via InstaPundit, qui le propose à la succession de Kofi Annan).

COMPLEMENT DU 26.11: Suivez l'évolution de la crise en direct sur A Fistful Of Euros ou sur le blog de blogs Ukraineblogs.

22.11.04

Theo van Gogh, Pim Fortuyn et la résistance à l'islamofascisme

Stephen Pollard renvoie à deux articles, en particulier une analyse lucide publiée par le Spectator particulièrement importante pour qui est de gauche.

Irak: "Bonnes nouvelles" No 15 et d'autres

Allez lire la nouvelle compilation d'informations rassemblées par Arthur Chrenkoff!

Et pourquoi n'iriez-vous pas également lire un peu Iraq The Model, le blog de trois frères qui vient de célébrer son premier anniversaire avec un message émouvant de Mohammed, Ali et Omar? Il y a bien d'autres billets passionnants, par exemple celui-ci sur l'éducation civique en cours en vue des élections parlementaires fixées au 30 janvier 2005.

21.11.04

Encore une organisation qui se discrédite

Le monde entier a été choqué, cette semaine, par deux assassinats, celui d’un combattant blessé et, à nouveau, celui d’une personne retenue en otage, la responsable humanitaire Margaret Hassan.

Un cas classique de fausse équivalence hypocrite, vous direz-vous. Comme il est tout de même difficile de défendre la mise à mort de sang-froid, après l'avoir contrainte à être filmée dans des déclarations humiliantes, d’une otage britannique qui était opposée à l’intervention en Irak et a consacré 30 années de sa vie à ce pays, on la met sur le même plan que ce qui est, au pire, une bavure (à sanctionner comme telle), et peut-être un acte excusable de la part d’un soldat se croyant menacé dans le feu de l’action. Cette déclaration, qu’on croirait émise par un quelconque comité de soutien à la «résistance» irakienne, ou des pacifistes dont la sentimentalité oblitère les capacités de raisonnement pour qualifier les deux actes d’assassinat, émane pourtant très solennellement du directeur des opérations du Comité international de la Croix-Rouge, Pierre Krähenbühl, sous le titre «Le CICR appelle à un meilleur respect des normes fondamentales de l’humanité» (je ne le soupçonne évidemment pas de minimiser l'assassinat de personnes «retenues» en otage, mais je lui reproche de surfer sur la confusion générale par démagogie, compromettant ainsi sa propre mission pour laquelle le respect des faits paraît cruciale).

Après Amnesty International (mais ce n’est qu’une organisation privée), après l’ONU, dont le Conseil de sécurité n'assume pas ses responsabilités et dont le secrétaire général, Kofi Annan, multiplie les déclarations malheureuses, s’empêtre dans le scandale de la corruption du programme Pétrole contre nourriture (son interruption va finir par donner à lui tout seul une justification suffisante à l’intervention: il s'agit tout de même de 21 milliards de dollars) et vient même, c'est le bouquet, de se faire désavouer par son propre personnel pour son indulgence vis-à-vis d’un cadre poursuivi pour harcèlement sexuel, le CICR était la dernière grande organisation active dans le droit humanitaire conservant un semblant de crédibilité.

A mes yeux, elle l’avait déjà perdue en abandonnant, parce qu’il s’agissait des Etats-Unis, sa politique d’intervention confidentielle au printemps dernier; quand le CICR aura mis à jour sa liste de donateurs, il cessera de m’envoyer des invitations telles que celle que je viens encore de recevoir pour une «Rencontre de l’Humanitaire» sur le thème «Trop peu, trop tard pour les victimes du Darfour?». Mais là il donne une nouvelle preuve qu'il n'est pas, plus, une de ces «organisations humanitaires neutres, indépendantes et impartiales» dont il se lamente qu'il leur est «devenu difficile (...) d’apporter assistance et protection aux victimes du conflit en Irak».

«En cas de violation de ces règles, ou de toute autre règle applicable du droit international humanitaire, les personnes responsables doivent être tenues comptables de leurs actions», nous dit aussi vertueusement le CICR. Faut-il préciser que c'est bien le cas pour les soldats US, mais évidemment pas pour les tortionnaires islamo-saddamistes sinon par l'intervention des forces de la coalition?

Il est vertigineux de voir à quel point le comportement de l'armée régulière s'est amélioré par rapport aux conflits passés, de la deuxième guerre mondiale au Vietnam (et le CICR pourrait se féliciter de voir ses efforts inlassables porter ses fruits!): où sont les viols massifs? Où sont les prisonniers exécutés de sang-froid par la coalition, où sont les femmes et les enfants assassinés par jeu par les soldats? Contrairement à ce qu'on nous laisse croire, la coalition parvient à mener une action d'une efficacité remarquable, dans des conditions effroyables, tout en ménageant autant que possible non seulement ses troupes (et ce n'est qu'une préoccupation extrêmement récente de la part des militaires) mais aussi les civils, tout en assurant dans la foulée l'aide humanitaire et la reconstruction.

Car l'affaire Margaret Hassan illustre le bluff des organisations humanitaires qui se plaignent d'être privées du monopole auquel elles prétendent: ce n'est pas la faute de la coalition si elles ne sont pas en mesure d'agir. C'est leur refus de prendre en compte l'évolution de la nature des conflits qui les rend sourdes, aveugles et incapables de s'adapter.

COMPLEMENT DU 25.11: Sous une forme retravaillée, ce billet est publié dans la rubrique L'Invité de la Tribune de Genève [et une réponse du CICR le 2.12].

COMPLEMENT DU 26.11: Ajouté deux liens à propos du combattant blessé tué par un Marine à Fallujah: sous "bavure" le récit du cameraman, témoin direct (via Intel Dump), et sous "peut-être" l'analyse de deux spécialistes -- merci Emmanuel!


Chirac qui parle de l'Afrique, c'est Senghor qu'on assassine

Bon sang mais c'est bien sûr! Sur la Côte d'Ivoire j'aurais dû aller lire Torpedo plus tôt. Chirac prend une volée bien méritée...

Bienvenue dans l' e.s.p.a.c.e. européen!

A l' i.n.s.t.a.r. de mes co-blogueurs, je pense que l'intégration de la Turquie dans l'U.E. relève d'une évidence impérieuse - étant entendu bien sûr que toutes les exigences pré-requises soient satisfaites, à commencer par celles qui touchent aux droits de l'homme.

Hier, j'ai été conforté dans cet avis par un (sixième?) élément inattendu, un o.v.n.i. au propre et au figuré: le film G.O.R.A. dont j'espère qu'il va faire un m.a.l.h.e.u.r. en Europe. Il s'agit d'un film de science-fiction parodique dans le genre héneaurme, qui fait passer un très bon moment et se dire: ils sont des nôtres. Un pays capable de produire de l'humour et de l'exporter: n'est-ce pas là un argument décisif?

20.11.04

Classement des universités

Emmanuel de Ceteris Paribus revient sur ces classements des meilleures universités, chez lui pour relever les positions des universités françaises: la mieux placée est entre le 27e et le 65e rang.

La Suisse ne s'en tire pas mal:
Pour les réserves d'usage à l'égard de la portée de ce genre d'exercice, je vous renvoie aux commentaires sur Ceteris Paribus...

19.11.04

Traité constitutionnel de l'UE

Il en avait lancé l'idée, il l'a réalisée: Versac annonce Publius, un blog collectif consacré à la Constitution de l'Union européenne.

Traumatisme et ignorance

Moins risible que celui des électeurs de Kerry psychologisés après la réélection de Bush, un traumatisme plus spécifique se fait jour aux Etats-Unis: celui des gays à la suite du coup de boomerang des 11 scrutins contre toute extension du mariage civil aux couples de même sexe, amplifié par la part prêtée (de manière exagérée tant par Karl Rove que par les bushophobes) à la mobilisation homophobe dans le succès du président.

Les fréquents scrutins que l'on connaît en Suisse donnent régulièrement des cas d'application du phénomène de l'incompréhension de l'élite libérale, ouverte, cultivée, urbaine (j'en fais le plus souvent partie) à l'égard du point de vue de la majorité. Ainsi le refus, fin septembre, d'une procédure de naturalisation facilitée pour les étrangers de la deuxième et de la troisième génération (et les intéressés ont certainement ressenti très directement le même sentiment de rejet que les gays selon l'article mentionné ci-dessus); le plus traumatique a probablement été le refus de l'adhésion de la Suisse à l'Espace économique européen en 1992 ("Un jour noir pour la Suisse").

Instapundit se fait l'écho d'une réflexion très pertinente à ce propos:
One of the election lessons for Democrats is that while the Left doesn't understand the Right, the Right can't help but understand the Left, because the Left is in charge of pop culture. Urban blue staters can go their entire lives happily innocent of the world of church socials and duck hunting and Boy Scout meetings, but small-town red staters are exposed to big-city blue-state values every time they turn on the TV.


17.11.04

Après Falloudja

La poussière commence un peu à retomber alors que se termine la bataille pour libérer Falloudja, tout en assurant simultanément que d'autres villes comme Mossoul ne tombent pas à leur tour entre les mains de ceux qui s'acharnent à empêcher la reconstruction de l'Irak et les élections démocratiques prévues pour janvier dont ils ne veulent à aucun prix.

Et l'image que l'on voulait nous donner d'une "résistance" à l'occupant, ou d'une ville "sunnite" face à la majorité chiite irakienne commence enfin à se lézarder pour laisser apparaître une population qui était prise en otage par des nostalgiques de la dictature baassiste et des islamistes extrémistes dont bon nombre ne sont d'ailleurs pas Irakiens. Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais un article significatif a paru aujourd'hui dans la Tribune de Genève (le quotidien local, parfaitement représentatif du défaitisme antiaméricain qui prévaut encore):

Huit mois dans l'enfer islamiste de Falloudja

Huit mois de terreur. Chambres de torture, corps brûlés, mutilés, décomposés… Depuis que les Américains ont déclenché la semaine dernière l’assaut sur le bastion sunnite de Falloudja on commence à découvrir avec horreur ce que fut véritablement le quotidien de la population soumise à la loi des rebelles irakiens et des islamistes étrangers. Depuis la première offensive des marines en avril, le Conseil des moudjahidines a gouverné ce sanctuaire de la résistance à grands coups de décrets religieux. Un huis clos effrayant, à seulement 50 km de Bagdad.

Envoyé spécial à Falloudja de l’Agence France Presse (AFP), Ned Parker a recueilli de sombres témoignages. Sous la direction du cheikh Abdallah Janabi, le Conseil des moudjahidines avait interdit la vente de musique, de cassettes vidéo ou d’alcool. Une censure appliquée à la lettre par des hommes en armes. «Ils portaient des masques noirs, se promenaient avec des kalachnikovs et des roquettes antichars», raconte Iyad Assam, 24 ans. Tout contrevenant aux règles édictées était flagellé. Quant aux femmes, elles devaient être voilées de la tête aux pieds. Sous peine d’exécution. (Est-ce pour cela que les marines ont trouvé dimanche des corps de femmes mutilées?) Le même sort attendait les habitants soupçonnés de collaborer avec les Américains. «Tout suspect était égorgé. Chaque jour, vous pouviez voir des corps d’inconnus gisant dans les rues de la ville», se souvient un sexagénaire qui ne veut pas être identifié par peur de représailles. «Quand ils avaient un problème avec quelqu’un, ils le tuaient ou l’emprisonnaient», résume un adepte du soufisme, doctrine mystique de l’islam exécrée par les moudjahidines. «C’était très difficile. Nous n’osions pas même aller travailler!»

Voir aussi cet article dans The Times de Londres.



Demandez les derniers Commentaires!

Dans la dernière livraison de ses Commentaires, Philippe Barraud propose un article pertinent sur la notion de 'nation arabe' qui ne peut être qu'une approche raciale voire raciste. Avec le journaliste français Guy Sitbon, juif d'origine tunisienne, il craint que s'affirmer arabe ne débouche sur la pureté ethnique et/ou religieuse sur le sol arabe et au-delà.

A part ça, dans sa rubrique Grands mots, Ph. Barraud nous donne cette citation de Vàclav Havel curieusement peu invoquée dans les débats sur l'Irak (il me semble qu'André Glucksmann l'a fait):

«Si nous ne voulons pas être dépassés par des forces anonymes, nous devons faire en sorte d’appliquer les principes de liberté, d’égalité et de solidarité – fondement de la stabilité et de la prospérité des démocraties occidentales – partout dans le monde.»

Partenariat à la Chambre des Lords -- en direct

Depuis plus de deux heures je regarde sur le site du Parlement britannique le débat de la Chambre des Lords sur le partenariat enregistré (civil partnership) pour les couples de même sexe. Très mauvais pour les nerfs!

Invitée à se rallier à la version adoptée par les Communes (massivement, tous partis confondus), la Chambre des Lords est saisie d'un amendement qui reformule, et de manière plus habile, la précédente tentative de dévier la loi de son but en étendant le cercle des bénéficiaires à d'autres que les couples de même sexe. Confrontée au refus des Communes et aux arguments techniques opposés à sa version précédente (que les Lords avaient approuvée), la baronne O'Cathain propose la main sur le coeur une simple délégation au gouvernement pour établir un régime "parallèle" (et simplifié, excluant des éléments comme les assurances sociales) pour les membres d'une même famille en ligne directe qui le souhaiteraient, avec l'exemple de deux soeurs vivant ensemble.

Le raisonnement avancé, et repris comme une évidence par de nombreux orateurs, est que la loi, en remédiant à une injustice faite aux couples de même sexe, créerait une injustice à l'égard de ces parents qui, eux non plus, ne peuvent pas se marier ensemble [mais ils peuvent en revanche potentiellement être mariés ou partenaires de leur côté, contrairement à des partenaires enregistrés auxquels on prétend les assimiler, ndla]. Comme d'autres orateurs le font remarquer, la loi ici répare une injustice, s'il y en a d'autres à réparer également ce n'est pas elle qui les créé -- mais visiblement elle exacerbe un sentiment d'envie alors que la prétendue injustice existait déjà auparavant par rapport à un couple marié! Lord Tebbit, homophobe patenté, vient d'en faire la démonstration, n'hésitant pas à, simultanément, utiliser la tragédie personnelle de l'attentat de l'IRA qui, il y a 20 ans, l'a sévèrement blessé et a laissé sa femme invalide, et trivialiser la nature de la relation entre partenaires de même sexe: si j'étais décédé et que c'était un de nos enfants qui avait pris en charge les soins de leur mère, dit-il, au décès de celle-ci il n'aurait aucun droit particulier; si j'avais été laissé veuf et que je m'étais alors mis en partenariat avec un homme rencontré peu avant, à mon décès il aurait tous les droits [mais c'est la même chose en cas de remariage, ndla], c'est une inégalité injuste.

L'hypocrisie est patente même si elle n'est pas soulignée par le gouvernement et les adversaires de l'amendement, qui pour la plupart jouent sur le registre de la compréhension à l'égard de ce "problème réel", qui doit être traité pour lui-même (ce qui permettra d'ailleurs d'étendre une solution à tous les "carers", également ceux qui ne sont pas apparentés à la personne soignée à plein temps). Seule la baronne Howarth of Breckhard fait remarquer que, dans le contexte d'une série récente d'agressions homophobes à Londres, le vote d'un tel amendement (qui empêcherait la loi d'être adoptée d'ici la fin de la session parlementaire, demain) ne pourrait que renforcer l'image négative d'une Chambre des Lords déconnectée de la réalité.

Le débat est maintenant terminé après une intervention ferme et exhaustive de la représentante du gouvernement sur ce dossier, la baronne Scotland of Asthal (elle s'est offert le petit plaisir de "moucher" Tebbit qui, comme la coutume le permet, l'interrompait par une question se voulant perfide; il persévère dans la finesse en évoquant "deux frères homosexuels").

Le vote se déroule ensuite par la "division" de la Chambre, dont les membres quittent l'enceinte par deux portes différentes selon qu'ils approuvent ou refusent l'amendement... Il est refusé, et même nettement (251 à 136) -- comme quoi il est des débats qu'il vaut mieux pour sa sérénité ne pas suivre en direct! La suite est "poutzée" en 5 minutes, les Lords se rallient sans mot dire aux 94 divergences introduites par la Chambre des Communes. La loi peut maintenant être promulguée par la reine, elle entrera en vigueur à une date qui sera fixée par le gouvernement. Hourra! (En Suisse, le souverain c'est le peuple et ce sera le 5 juin).

16.11.04

Chirac toujours aussi maquignon

Et dire qu'il se veut l'héritier du gaullisme! Les déclarations de Chirac à la presse britannique, à la veille de sa venue à Londres pour marquer la fin des célébrations du centenaire de l'Entente cordiale, sont révélatrices de son étroitesse d'esprit: "Blair n'a rien gagné en échange de son soutien à l'intervention en Irak" -- comme si la question était là!

15.11.04

Bonnes nouvelles d'Afghanistan (6)

Une nouvelle compilation de ces informations qui n'intéressent guère les grands médias mais qui pourtant aident à comprendre ce qui se passe, par Arthur Chrenkoff.

Ah Le Monde...

Je n'ai acheté qu'aujourd'hui Le Monde du week-end...

Il est conforme à sa caricature, au-delà de mon attente, à propos des déclarations de Bush sur la situation israélo-palestinienne: sarcasme en Une ("Bush d'accord pour un Etat palestinien, mais plus tard"), complété par un reproche infantile ("le président américain a refusé de s'engager précisément à ce que cet Etat voie le jour avant la fin de son second mandat") -- quand Bush n'est pas un idiot, s'enfonçant dans un bourbier en Irak, il serait tout puissant -- puis un article "George Bush refuse toute échéance pour un Etat palestinien" et un éditorial "Bush trop prudent".

Mais il contient aussi une analyse subtile et sévère pour la diplomatie française de la situation européenne: "Le 'noyau dur', dernière illusion française", par Arnaud Leparmentier...

Au-delà de la gay friendliness

Il est hétéro, il est croyant et depuis son enfance, il pense qu'il est amené à jouer un (modeste) rôle dans le combat pour l'intégration des homos, des bis et autres transgenres. Au point qu'il donne un cours d'histoire américaine gaie et lesbienne. Et qu'il se plaît à fréquenter les bars et les discothèques gais. Pour autant, il est tout le contraire d'un métrosexuel branché.

Cet oiseau rare s'appelle Hugo Schwyzer (avec un patronyme pareil, il doit avoir des ascendants helvétiques) et son blog, où il aborde bien d'autres sujets encore, est aussi intéressant qu'il est atypique.

13.11.04

Pas de paix sans liberté

C'est un vieux slogan de gauche (du moins ça l'était). Mais Bush ne dit rien d'autre, et cela avec constance, depuis qu'il en a pris conscience sous le choc de l'attaque contre la démocratie le 11 septembre 2001. Et il l'applique au conflit israélo-palestinien avec la même détermination, profitant de la fenêtre d'opportunité ouverte par la mort de Yasser Arafat, comme le démontre la conférence de presse commune avec Tony Blair donnée hier. Il vaut la peine de lire la transcription complète (ou de regarder la vidéo).

Ce qui est fascinant, c'est de voir avec quelle méfiance et quelle cynisme de tels engagements sont accueillis par ceux-là même qui prennent pour argent comptant la moindre déclaration d'un Arafat, justement, ou d'un Chirac. Sur la BBC (mais c'est sans doute la même chose à la télévision romande ou française, dans Le Monde ou Le Temps), l'information est accompagnée d'une analyse dubitative et même un commentateur subtil comme Andrew Marr se croit obligé de jouer l'étonnement. Or Bush n'a pas varié sur ce sujet au moins depuis son discours à l'Assemblée générale des Nations Unies, le 12 septembre 2002, dans lequel il déclarait déjà:
In the Middle East, there can be no peace for either side without freedom for both sides. America stands committed to an independent and democratic Palestine, living side by side with Israel in peace and security. Like all other people, Palestinians deserve a government that serves their interests and listens to their voices. My nation will continue to encourage all parties to step up to their responsibilities as we seek a just and comprehensive settlement to the conflict.
Si la conversion de Bush à l'internationalisme démocratique est d'autant plus remarquable qu'elle est contraire au programme sur lequel il a été élu en 2000 (mais elle a été répétée à maintes reprises, appliquée dans les faits a été dûment confirmée par sa réélection), la conviction de Blair est, elle, conforme à la meilleure tradition de la gauche démocratique et avait déjà trouvé son expression complète dans un discours prononcé à Chicago le 24 avril 1999.

12.11.04

Arafat: l'arbre qui cache la forêt

En France, c'est de Le Pen aux trotskystes en passant par Giscard et Jospin que s'affichent les hommages sur le thème, comme a dit Chirac, de "l'homme de courage et de conviction qui a incarné, pendant 40 ans, le combat des Palestiniens pour la reconnaissance de leurs droits nationaux". C'est aussi le refrain de tous les grands médias conformistes.

Mais comme James Taranto du Wall Street Journal le rappelle:
Of course, "the Palestinian people" would have had a state in 1948 had the Arabs not immediately declared war on the nascent state of Israel. Arafat, who founded the Palestine Liberation Organization in 1964, was instrumental in developing a Palestinian political culture centered on rejectionism, anti-Semitism and terrorism.


11.11.04

Lu ailleurs

Via Econoclaste, une tribune vigoureuse dans Libération du 9.11: La concurrence est-elle de gauche ou de droite? En France, ni l'une ni l'autre.

Chez Hugues de Commentaires et vaticinations:


9.11.04

Pas de quoi avoir la gueule de bois

Décidément certains partisans de Kerry sont des petites natures: ils paraissent maintenant convaincus d'avoir été battus par une majorité morale obscurantiste, et évoquent qui l'émigration qui la sécession ou le rattachement au Canada des parties "saines" du pays.

La réalité est nettement moins dramatique -- ou elle l'est encore davantage. Une analyse plus fine des résultats ne conforte nullement la thèse d'une élection portée par l'homophobie et le fanatisme évangélique. C'est bien plus traditionnellement la fermeté de Bush face aux hésitations de Kerry qui paraît avoir fait la différence, sur fond d'Irak et de lutte contre le terrorisme. Et si l'électorat est divisé, les cartes par Etats donnent une vision trompeuse, les partisans de l'un et ceux de l'autre sont partout, côte à côte: rien à voir, comme le montre, cartes à l'appui, Laurent Le Polyscopique, avec l'élection de 1860, où Lincoln n'a emporté que 2 comtés sur 996 dans le Deep South.

Corruption et banques suisses

Tout finit par se savoir:
Dans les deux cas, les banques suisses paraissent bien ne pas être citées seulement à titre de métaphore ou pour céder à un cliché facile...

Comme frères et soeurs?

La manoeuvre avait réussi à la Chambre des Lords, elle a échoué piteusement à la Chambre des Communes aujourd'hui: un amendement tendant à étendre les droits prévus par un projet de loi du gouvernement britannique sur le partenariat enregistré (Civil Partneship) pour les couples de même sexe aux frères et soeurs vivant ensemble depuis plus de 12 ans (?) n'a été soutenu que par 74 parlementaires contre 381.

8.11.04

Bonnes nouvelles d'Irak (14)

La compilation quinzomadaire d'Arthur Chrenkoff est en ligne. Indispensable pour comprendre vraiment ce qui se passe en Irak, impressionnante par son ampleur et sa diversité: de la production pétrolière au développement de la culture politique, du succès de la nouvelle monnaie irakienne introduite il y a près d'un an à l'amélioration des relations de l'Irak avec ses voisins, par exemple la Jordanie, du réseau électrique aux richesses archéologiques, des infrastructures de transport à l'amélioration des renseignements sur les adversaires de la transition démocratique, fournis par une population mise en confiance à l'égard des forces de la coalition, des écoles à la santé -- il y est même question d'un centre de réadaptation pour handicapés mis en place par la Direction du développement et de la coopération suisse!

7.11.04

Great Awakening?

Alexandre Delaigue a commenté récemment dans "Un 4ème éveil au goût un peu amer" le livre de Robert W. Fogel "The fourth great awakening and the future of egalitarianism."

De cette analyse, il ressort que l'histoire de l'Amérique est marquée par des bouleversements religieux, les "grands éveils", qui correspondent à une évolution de la pensée religieuse dominante associée à la construction de l'égalité entre américains (doctrine de l'égalitarianisme). C'est "dans un premier temps l'essor spectaculaire de la religion" qui est présenté comme le moteur de l'évolution politique et sociale vers plus d'égalité; les cycles politiques sont "dictés par des 'grands éveils' religieux". L'auteur reconnaît ainsi trois "grands éveils" historiques. Le deuxième, qui aboutit à l'abolition de l'esclavage, et le troisième, qui consacre la disparition de la ségrégation raciale et la protection des minorités, sont attribués par Fogel à l'essor respectifs des mouvements religieux puritains et évangélistes noirs (Martin Luther King).
Cette thèse des religions comme moteurs de l'évolution sociale lui permet d'introduire son hypothèse: selon Fogel, les USA vivraient aujourd'hui leur quatrième Grand Eveil, lié à l'essor des religions évangélistes qui soutiennent des idées novatrices...
Mais où est l'antithèse? Quelques recherches rapides permettent d'en apporter les premiers éléments!

Si on recherche une définition simple de ce qu'est un "grand éveil", on trouve qu'un "grand éveil" se déclare quand les changements sociaux sont tels que les religions traditionnelles deviennent incapables de fournir des réponses pertinentes aux questions soulevées par la société contemporaine. Il existe alors un décalage entre les courants religieux majoritaires et le monde réel et de nouveaux systèmes de croyance se développent pour combler ce décalage. Autrement dit, les "grands éveils" ne sont pas les causes premières des évolutions sociales, ce sont les conséquences de ces évolutions au sein-même des mouvements religieux.
L'histoire du mouvement anti-esclavagiste montre qu'il est resté du début (1831) à la fin (1867) indépendant des églises traditionnelles, qui sont restées très silencieuses à ce sujet. Parmi les leaders du mouvement, il y avait bien des Méthodistes, quelques Baptistes, de très rares Unitariens, Episcopaliens et Catholiques, mais tous ceux qui se sentaient mus par des motivations religieuses agissaient d'abord en tant qu'individus, leurs hiérarchies religieuses respectives restant opposées ou indifférentes à l'abolitionnisme. Beaucoup de leaders abolitionnistes étaient ouvertement détachées de la religion, certains affichaient même un fort anti-cléricalisme (Garrison). Seuls les Quakers ont apporté leur soutien (non-violent) en tant qu'organisation religieuse. Cent soixante dix après, ce qu'on retient surtout, c'est que les églises dominantes ont montré leur attachement aux intérêts esclavagistes, en accord avec leur support habituel de l'ordre social et économique dont elles bénéficient.
De même, l'histoire de la lutte contre les ségrégations raciales (et contre le sexisme à la même époque) a été écrite majoritairement par des hommes et des femmes agissant en dehors d'un cadre religieux. Le premier leader religieux influent du mouvement pour les droits des minorités noires est Martin Luther King, dont l'action débute en 1955, soit plus de 40 ans après la création de la NAACP (National Association for the Advancement of Coloured People). Martin Luther King est certes un leader profondément religieux, convaincu que son combat est en complet accord avec le Gospel, mais on remarquera qu'il agit aussi en tant que membre de cette minorité noire opprimée. Dans une lettre écrite en prison qui est restée célèbre, il dit en 1963 sa désillusion envers les églises de son pays: "So here we are moving toward the exit of the twentieth century with a religious community largely adjusted to the status quo, standing as a tail-light behind other community agencies rather than a headlight leading men to higher levels of justice." ou encore "The contemporary church is often a weak, ineffectual voice with an uncertain sound. It is so often the arch supporter of the status quo. Far from being disturbed by the presence of the church, the power structure of the average community is consoled by the church's silent and often vocal sanction of things as they are."

L'étude historique montre donc que les institutions religieuses agissent bien plus comme des freins que comme des moteurs de l'évolution sociale; les religions établies assurent en quelque sorte une cohésion sociale dont le corollaire est la rigidité. Toutefois, si les évolutions constatées dans la société civile ont une origine largement séculaire, on peut aussi argumenter en rappelant que quelques sectes religieuses minoritaires ont joué un rôle dans ces évolutions. Les religions évangélistes font-elles partie de nos jours de ces mouvements religieux révolutionnaires porteurs d'un nouveau système de croyance, en adéquation avec la société civile? La question mérite d'être posée. (à suivre)

6.11.04

La France, l'ONU et l'Irak

En marge de la dernière grossièreté de Chirac (boycotter le déjeuner du Conseil européen avec le premier ministre intérimaire irakien, Ilyad Allawi), je découvre avec retard, chez Omar de Iraq The Model, cette pétition d'Irakiens demandant à Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, d'intervenir principalement auprès du gouvernement français afin qu'il cesse ses manoeuvres hostiles à la reconstruction du pays, précisées dans le texte (via Liberté). Bon, c'était peut-être optimiste puisque Kofi Annan pense qu'il est préférable pour la bonne tenue des élections en janvier de laisser la ville de Falloujah entre les mains de ceux qui s'opposent à de telles élections et font tout pour destabiliser le pays...

5.11.04

Une Latino lesbienne élue shérif de Dallas

Et cela dans un comté qui a voté Bush pour la présidentielle...

Comment les Démocrates (et la gauche) ont perdu pied

Ce n'est pas une thèse que je fais directement mienne, mais elle me semble intéressante cette analyse dans le Wall Street Journal qui fait remonter au développement de l'antimilitarisme et du New Age le décrochage de l'élite démocrate avec le pays profond. En France, on traduirait sans doute par "pensée 68". Et il se confirme que la Troisième Voie de Clinton et Blair est bien la bonne pour la gauche, qui combine le progressisme avec le pragmatisme et la priorité à des valeurs morales élémentaires (et non à des baudruches idéologiques).

COMPLEMENT du 6.11 à 10h45: Une intéressante analyse d'un Démocrate, avec en particulier une liste d'arguments de bon sens qui n'ont jamais été pris en compte (via InstaPundit). Deux exemples:
Dans son billet suivant, le Backseat Philosopher raconte son coming-out d'électeur de Bush à sa mère juive démocrate...

Attentat en Irak: 3 morts

Je ne voudrais pas avoir l'air de manquer de respect, mais franchement le torrent émotionnel que répandent (et suscitent) les médias britanniques à l'occasion de la mort de 3 soldats du régiment écossais Black Watch au sud de Bagdad dépasse les bornes: le Daily Telegraph avait un titre barrant toute la largeur de la page et les autres font pire, interrogeant complaisamment les proches endeuillés! A son départ, on nous a rappelé que ce régiment avait déjà battu Napoléon, le Kaiser et Hitler, mais ce n'était sûrement pas sans une seule perte? Car je ne crois nullement que les guerres passées avaient une légitimité supérieure à la mission actuelle des troupes en Irak, qui est de permettre la tenue d'élections libres comme elles viennent déjà d'avoir lieu, démentant les prédictions des Cassandre, en Afghanistan. Et bien sûr la mort dans un attentat n'est pas aussi héroïque que des Black Watch peuvent le souhaiter, mais c'était aussi certainement le cas de nombre de morts du passé. A l'époque les médias avait plus de distance, et il n'y avait pas de forum électronique où exhiber ses condoléances...

Palestine: Bush réaffirme son engagement

Comme je ne pense pas que ce sera souligné par les médias bushophobes, je voudrais citer ici ce qu'à dit Bush, interrogé sur l'agonie d'Arafat:
My first reaction is God rest his soul. My second reaction is that we will continue to work for a free Palestinian state that's at peace with Israel.


Et un autre scrutin important

Je voulais commenter le référendum qui avait lieu jeudi dans la région Nord-Est de l'Angleterre pour décider la mise sur pied d'une autorité régionale élue. Mais d'abord mon interface avec Blogger est hors-service depuis hier (ça doit avoir un rapport avec la frénésie de consultation des blogs depuis mardi, le nombre de nos visiteurs a doublé), et encore à 23h30 le vice-premier ministre John Prescott présentait le résultat comme "too close to call".

Le réveil a été dur: c'est non à 78%, et cela dans la région qui semblait la plus propice! C'est à peu près le résultat essuyé en Suisse par un projet bien plus iconoclaste dont j'étais parmi les proposants: la réunion en un seul des cantons de Genève et Vaud. C'est un échec douloureux pour le New Labour, dont une des originalités les plus spécifiques est cette volonté de décentralisation démocratique, doublée du souci d'en faire reposer la légitimité sur une votation populaire alors que la tradition nationale permettrait sans autre un décret central...

Les Britanniques ont décidément un problème avec la souplesse créative dans la manière d'exercer la souveraineté étatique, que cela soit vers l'Europe ou vers l'intérieur (le parti souverainiste UKIP a bien vu le lien en faisant campagne contre une autorité régionale). C'est peut-être le revers d'avoir inventé la démocratie moderne en l'investissant toute entière dans le Parlement de Westminster, considéré comme source unique de toute légitimité. Mais le résultat du refus de s'adapter à la complexité du monde moderne est une perte de contrôle démocratique. C'est manifeste à l'échelon supérieur, comme l'expérimente la Suisse hors de l'UE: elle est contrainte de s'aligner sans avoir son mot à dire sur les modalités de ces réglementations pour lesquelles désormais l'espace national est trop étroit. Mais c'est aussi vrai sur le plan interne, quand la centralisation du pouvoir à Londres (comme par hasard la région la plus dynamique) créé un éloignement du terrain et oblige, pour s'en rapprocher, à mettre sur pied des institutions locales non élues en guise d'intermédiaire: c'est ce qui se passe en Angleterre (en Suisse le mouvement est inverse: les cantons devenant trop petits, c'est à l'échelon intercantonal que se développe une technostructure échappant au contrôle démocratique).

La dévolution à l'Ecosse et au Pays de Galles (comme à l'Irlande du Nord) ne rend que plus archaïque la situation de l'Angleterre où entre d'aimables autorités locales (d'ailleurs entièrement sous la coupe des directives de l'autorité centrale) et le parlement et autres ministères, il n'y a que des fonctionnaires et autres "agences". Le transfert de certaines de leurs attributions à une autorité régionale élue, qui n'était sans doute qu'un premier pas, n'a pas convaincu; le projet est manifestement apparu comme "plus de gouvernement", plutôt que comme "un gouvernement plus proche" (et le dépassement massif de la durée de construction et du coût du nouveau siège du parlement écossais voisin a pu nourrir la démagogie à ce propos).

Y a-t-il d'autres solutions que de revenir à la charge une fois que l'évidence se sera imposée? Un parlement anglais (pour plus de 80% du pays) n'aurait pas beaucoup de sens. Plutôt que du sur mesure à géométrie variable, proposer une solution d'ensemble pour les régions d'Angleterre, avec une réduction accrue du pouvoir central? Mais elle se heurterait à une résistance féroce de fonctionnaires imbus de "service public" et de leur indépendance du pouvoir politique. Au minimum, on en viendra sans doute à admettre que le parlement de Westminster siège dans une composition limitée aux élus d'Angleterre sur les questions qui ne concernent que cette dernière, pour mettre fin à cette bizarrerie que le service de santé nationalisé, le NHS, est dirigé par un ministre élu en Ecosse alors que cette dernière a son propre NHS, ou que le nouveau régime des taxes universitaires remboursables à crédit, qui ne s'applique pas à l'Ecosse, n'a passé que grâce aux voix écossaises.

Mais cela ne résout manifestement pas le problème, alors que l'on sent en parallèle une affirmation accrue de l'identité spécifiquement anglaise au sein du Royaume-Uni.

3.11.04

Reconnaissance des couples de même sexe

Il n'y avait pas que l'élection présidentielle: onze Etats ont également approuvé un amendement à leur Constitution dans le but de spécifier que l'institution du mariage est réservée aux couples formés d'un homme et d'une femme. Plus gênant, un certain nombre de ces amendements sont libellés de manière à interdire au législateur d'établir un statut analogue pour les couples de même sexe (civil union en américain, partenariat enregistré en français).

J'y vois le résultat d'une stratégie de la confrontation voulue par la droite religieuse à l'origine de ces propositions, bien sûr, mais aussi l'échec d'une stratégie tout aussi brutale de la part du mouvement gay américain ou de certains de ses leaders fondée sur le fondamentalisme d'une revendication d'égalité géométrique entre couples hétéros et couples homos, d'une part, et une vision idéologique et juridique de la question, d'autre part. On aura je l'espère la confirmation définitive de la différence entre cette approche et la démarche pragmatique à l'européenne (depuis le Danemark en 1989) lorsque le peuple suisse approuvera, comme c'est vraisemblable, la loi sur le partenariat enregisté pour les personnes de même sexe le 5 juin 2005.

Où sont les différences? Dans l'accent mis sur les situations concrètes de personnes comme vous et moi, plus que sur des principes ayant la froideur du marbre, laissant cela aux adversaires. Dans la modération de la revendication, en distinguant les questions plutôt qu'en les accumulant: le partenariat et la question de l'adoption ou de l'insémination artificielle peuvent être traités successivement, chacun pour lui-même; dans le souci de ne pas "choquer le bourgeois" inutilement si l'on se rend compte que c'est heurter le sens commun de vouloir "dématrimonialiser" le mariage. Et on peut faire tout cela ouvertement, sans tomber dans l'hypocrisie française de cacher un statut pour les couples de même sexe derrière un statut pour les couples hétéros non mariés, avec un résultat insatisfaisant pour les gays et les lesbiennes.

En Amérique, les militants ont cru bon de s'adresser aux juges plutôt qu'aux citoyens, laissant à la droite religieuse le beau rôle de se tourner vers ces derniers! Ce sont des actions juridiques qui ont conduit la Cour suprême du Vermont à rendre un verdict favorable aux couples de même sexe, tout en laissant encore le soin au parlement de l'Etat de légiférer: sous l'impulsion du gouverneur Howard Dean, il a refusé le mariage gay mais établi un partenariat enregistré sur le modèle européen, que ses adversaires ne sont pas parvenus à empêcher. Au Massachusetts, la Cour suprême de l'Etat a choisi d'aller plus loin, lisant dans les droits fondamentaux la "dématrimonialisation" du mariage et déniant au parlement et au peuple tout droit de regard sur la question. C'est peut-être satisfaisant pour les esprits cérébraux, mais cela prend les autres aux tripes: d'où les 11 référendums d'hier. Entre parenthèses, l'approche par les juges plutôt que par la politique est déjà responsable de la fossilisation de la question de l'avortement aux USA...

COMPLEMENT de 23h30: De l'invraisemblablement détaillé sondage "sortie des urnes" (comme on dit curieusement) de CNN, j'extrais les éléments suivants:


Génie des alpages

Le Monde d'aujourd'hui présente l'excellent documentaire Le Génie helvétique. Je ne peux qu'encourager nos lecteurs de France à aller le voir, même si c'est faire injure au film que le comparer à du Michael Moore: l'un de ses ressorts est l'empathie à l'égard de tous les protagonistes, pas la haine et la manipulation. S'il faut une analogie, pensez plutôt à Etre et avoir, de Nicolas Philibert, comme je l'écrivais à l'époque.

Et maintenant sortir du déni de réalité

Est-il prématuré de commenter la réélection du président Bush? Je me souviens qu'il y a 4 ans j'étais allé me coucher, satisfait, après avoir entendu que Gore avait gagné en Floride et était donc élu... Les choses semblent toutefois plus nettes aujourd'hui: si Bush est en tête en Ohio sur les bulletins décomptés, il est franchement pathétique d'espérer que le résultat sur les bulletins provisoires soit non seulement l'inverse, mais dans une proportion telle que cela permette de modifier le résultat général.

J'ai souhaité la réélection de Bush pour une seule raison: je lui fais davantage confiance qu'à Kerry pour poursuivre la contre-offensive engagée dans la guerre déclarée par Al-Quaida contre les valeurs de liberté, qui se déroule sur de multiples terrains parmi lesquels l'Afghanistan et l'Irak: ces deux pays sont aujourd'hui libérés de tyrannies meurtrières, en voie de reconstruction et de développement, pour autant qu'on leur en laisse la chance ce qui implique un soutien résolu, et armé, de la communauté internationale. Je ne crois pas que Kerry l'aurait fait, je n'ignore pas le risque que, finalement, Bush ne cède aux sirènes (réellement) conservatrices, de droite comme de gauche, qui le poussent à replier ses troupes, mais je crois et j'espère qu'il se montrera à la hauteur: il m'a toujours surpris en bien jusqu'ici sur ce dossier! Prochaine étape: les élections irakiennes en janvier, et sans doute la situation en Iran où le pouvoir des mollahs fait face à une révolte intérieure impressionnante (et dont on entend peu parler en dehors des blogs).

Si tant de politiciens, particulièrement en Europe, ont pu s'accrocher à l'espoir qu'ils seraient débarrassés de Bush pour refuser d'agir jusqu'à présent, on peut espérer que le principe de réalité les amènera dorénavant à voir où est leur intérêt, l'intérêt commun de toutes les démocraties. Ca ne se fera certainement pas en un jour, quand je lis l'éditorial du Temps d'hier:
Nous avons tous été américains le 11 septembre 2001 devant la tragédie des tours effondrées. Nous sommes tous devenus anti-américains après l'invasion de l'Irak et la découverte des mensonges dont George Bush l'a entourée. La suite des opérations n'a fait qu'amplifier le sentiment de désastre. Tous les effets de cette politique, jusqu'à présent, vont en sens inverse du but recherché: le monde n'est pas plus sûr aujourd'hui, la démocratie n'a pas progressé au Moyen-Orient, le crédit des Etats-Unis et des valeurs que cette grande nation prétend incarner s'est affaibli presque partout.
Jean-Jacques Roth, qui paraissait la quintessence de la culture, de la raison et de la modération, en vient à présenter comme des évidences le fruit d'un révisionnisme semblable à celui de ces étudiants saoudiens, cités l'autre jour par Le Monde, pour qui il n'y avait pas de Juifs dans les tours du WTC: quelque chose entre une erreur et une divergence d'appréciation sur les renseignements alors disponibles et la menace des armes de destruction massive devient, après-coup, un mensonge de sang-froid (dans le supplément TV du Monde de ce week-end, il était mis strictement sur le même pied que le mensonge, lui réel et d'ailleurs légitime, de Clinton sur Lewinsky!) et il n'y a manifestement pas eu d'élections en Afghanistan...

Un voeu et un espoir, donc: qu'après la réélection de Bush l'Europe sorte de l'attentisme et du déni de réalité (la réalité de la menace, la réalité de l'Amérique qui n'est pas la caricature qu'on en fait) dans lesquels une élection de Kerry l'aurait dans un premier temps confortée et fasse maintenant sa part, sur le plan militaire comme aussi sur le plan économique.

Et un autre voeu: que les Démocrates eux aussi sortent du déni. Ils ont toutes les chances de reprendre la Maison-Blanche en 2008 pour autant qu'ils sachent réinventer la synthèse progressiste de la Troisième Voie qu'avait initiée Bill Clinton.

2.11.04

Turcs européens... et même un peu suisses

Le Monde d'aujourd'hui a une intéressante page: Comme consommateurs aussi, les Turcs se veulent européens, complété par le portrait d'une flamboyante pédégère, Güler Sabanci.

Les lecteurs suisses auront particulièrement remarqué ce qui est dit de "(l)'enseigne locale Migros, leader du secteur [de la distribution, qui] accueille 120 millions d'acheteurs dans ses 453 magasins (...) Les supermarchés Migros existent en trois tailles différentes": M, MM et MMM!

En Suisse, petit pays éclaté par l'histoire, les langues et les cultures, avec les chemins de fer et la poste Migros est un des rares symboles véritablement nationaux: à part de l'alcool, une voiture et un cercueil, on peut pratiquement tout s'y procurer, de l'alimentation à la banque en passant par les loisirs. Elle a été fondée par un entrepreneur hors du commun, Gottlieb Duttweiler, en 1925. Et, même si cela est omis dans la chronologie officielle, il a également fondé Migros Türk. J'ai été frappé, lors de notre récent séjour, de la similitude de "look" qui subsiste quand bien même les deux entreprises ne sont pas (plus) liées depuis belle lurette.

Si l'on ajoute que Mustapha Kemal (Atatürk) avait importé le code civil suisse lorsqu'il a refondé le pays sur les ruines de l'empire ottoman, voilà de quoi amener de l'eau à mon moulin d'une adhésion simultanée de la Turquie et de la Suisse à l'Union européenne... Un élargissement par l'extrême centre et par la périphérie!

[J'espère que vous appréciez l'effort consenti pour parler d'autre chose?...]

1.11.04

Exotisme

Pour le trouver, il n'est pas nécessaire d'aller bien loin: en Grande-Bretagne. C'est une phrase lue dans le défunt Journal de Genève qui m'avait marquée et que je vérifie souvent. Ainsi aujourd'hui avec cette page (par ailleurs passionnante) dans le Daily Telegraph (gratuit mais il faut s'enregistrer) sur le rôle étonnant joué par des animaux dans les guerres: chevaux, chiens, canaris, vers luisants... La princesse Anne en parle avec intelligence, qui va inaugurer un nouveau Mémorial en leur honneur (et il y a aussi un site web).

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